Traduits en allemand par M. Silberstein
Atr.
devint, par ses Chants cVim soldat sur la terre étrangère fqui est la Bosnie), le représentant poétique de la vie du soldat hongrois. Son roman en vers Alice est peu réussi.
On peut encore rappeler Antoine VXrady, que nous retrouverons au chapitre suivant parmi les dramaturges ; le jeune sceptique et pessimiste Reviczky, le poète d'une Anthologie slave, serbe, croate et roumaine, Emerich Gaspar ; Antoine Rado l'habile traducteur de poètes Ij-riques français et italiens, dont les essais promettent beaucoup, Joseph CsuKASSY, Udvardy. Aladâr Bexedek, Louis Posa, Œdun Jakab, Rudxyanszky, Daniel Erodi qui ont enrichi la romance, l'épigramme et le conte poétique ; Louis Palagyi qui a fait retentir le premier des idées purement socialistes et dont le poème philosophique Le jeune Moine (1894) montre une élévation d'idées peu commune .
Toute cette pléiade est dominée par Joseph Kiss, le premier poète IjTique de la Hongrie contemporaine, le premier juif qui soit entré dans le concert des rapsodes magyars. Né en 1843, il fut secrétaire de la communauté israélite à Temesvâr ; depuis 1882 il vit à Budapest. Ses poésies (1878) furent une révélation; elles eurent plusieurs éditions et furent traduites deux fois en allemand. Depuis, il a donné des poèmes IjTiques et épiques d'une grande envergure et un volume de poésies religieuses, inspirées par les psaumes et les prophètes. Kiss réussit surtout dans la ballade, la romance et le conte poétique ; il donna aussi quelques essais de
poésie philosophique. Ses ballades ne sont pas historiques ou légendaires comme celles de Aranj^, il puise ses sujets dans le présent, dans la vie de ces pauvres paysans dont Fexistence simple et obscure cache souvent des tragédies ou des drames poignants. C'est un rêveur qui sait donner une forme classique à ses rêves. On dirait que tout le talent poétique de sa race s'est concentré en lui et qu'il s'est fait, à l'instar des grands poètes juifs espagnols du moj^en âge, l'interprète inspiré de la douleur de ses coreligionnaires, de leur oppression, de leur joie à l'aube naissante de l'émancipation. Kiss n'est pas exclusivement juif; telles de ses ballades : La belle dame Batô, Szomor Bani, La fille du Knez Lazar, Mademoiselle Agata, sont de vrais joyaux dans le ton populaire magyar. Ces pièces montrent des qualités de premier ordre ; pour la profondeur, la richesse des couleurs, on peut les comparer avec les sujets juifs traités par Heine et autres poètes du Ghetto, comme Kompert. Nature sérieuse, Kiss a glorifié, dans le conte La machine à coudre, le travail obstiné par lequel la pauvre Thérèse arrive à élever ses cinq sœurs qu'une marâtre maltraite. Et lorsqu'un jeune médecin qu'elle aime en secret lui demande la main de sa cadette Marguerite, elle cache sa douleur pour faire le bonheur de sa sœur. Jèlwca, un de ses poèmes dernièrement publié, est puissant par le souffle poétique comme par la langue. Nous y voyons l'ancienne foi juive inébranlable et ferme comme le roc en conflit avec les exisrences des
temps modernes et leur influence destructive. Le vieux Job avait trois fils et une fille. Ses fils sont perdus pour ses convictions religieuses : Tun, quia amassé une grande fortune en Amérique, a épousé une chrétienne ; l'autre, un savant, est athée ; le troisième est mort sur le champ de bataille pendant la Révolution. Sa fille, qu'il couvait comme un trésor, s'enfuit avec des acteurs. Job dont la douleur est immense, semble anéanti par ce dernier coup, mais sa foi le sauve ; dans une prière ardente, il trouve la consolation, car Jéhova n'a fait que reprendre ce qu'il avait donné. Chaque vers est forgé de main de maitre. Aussi ces poèmes sont-ils accueillis avec enthousiasme, traduits aussitôt dans le mètre original par Neugebauer, Sturm ou Steinbach, ces intermédiaires entre la poésie hongroise et l'Allemagne *.