‹ La Hongrie littéraire et scientifiqueChapitre 19 sur 34 · V. — Ecrivains politiques et orateurs · texte numérisé non relu

V. — Ecrivains politiques et orateurs

Notre tableau de la vie littéraire ne serait pas complet si, à côté des poètes, des dramaturges et des romanciers, nous ne mentionnions pas les princi-

paiix écrivains qui, i»ar leur plume comme par lour action }»oliti(|ue. ont transfoi-mé Tancienue Hongrie aux mœurs léodales on un Étal moderne, basé sur (les principes démocratiques. Nous n'avons pas l'intention de retracer Ihistoire politique et parlementaiie de la Honi:rie depuis la Diète mémorable de 1S25 Jusqu'à 18(J7 ; nous voulons seulement marquer «lans quelle mesure la vie politique a influé sur la littérature. En parlant des hommes dont le génie a présidé aux destinées de la Hongrie, nous trouvons des noms qui ne sunt i»oint inconnus en France : Széchcnyi, Kossuth, I>eâk n'ont pas besoin d'être présentés au public français. Leur action politique a été l'objet de mainte étude et si nous leur consacrons ici quelques pages, c'est uniquement au point de vue littéraire "(pie nous nous plaçons. Certes, leur rôle dans la littérature ne peut être comparé à leur action politique : quelque grands qu'ils soient comme écrivains et comme orateurs, leurs pami)hlets, leur p<.)lémique et leui-s discours ne sont devenus des monuments littéraires qu'à cause de riniluence.. (pi'ils ont exercée.

La littérature politique est née en Hongrie en 1830 lorsque Széchenyi a publié sou premier livre : Ilitcl [Crédit).

Etienne Széchenyi, que son adversaire politique, Kossuth. avait api»elé « le plus grand des Magyars », naquit, en 170L à Vienne. Il a passé sa jeunesse sur les champs de bataille, puis il a voyagé dans toute lEui'ope, lisant, observant ets'instruisant toujours. Dès 18M, il a consigné ses im])ressions dans les

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2()0 LIVRE l*RE>nER

Joi'rnaii.r (juo rAcaili'iiiic «'iliti' cil ce moment. Ils sont écrits en ;Ul<'nia)i(l. en Irançais et en an.L'-lais. S/éclienyi na]»}irit le honiirois que vers 1820. aussi ne récrivil-il Jamais avec iierfcction; doinint' ]tar ses pensées et ses sentiments, il se |»réoccu]K' <1u fond jtlus (juc de la lnrm<'. L'eiichaineuieut lojjique ne fait pas défaut «laiis ses (ouvres, ccjicndant les digressions et les liors-d(JMivi-«' n'y sont i>as rai-es. J^e's jiarlies n'Qw sont pas syuK'tricpies, resj)rif. ctincelant lutte avec les dillicultés de la Terme et de la jiin'asr. Kcri\ aut iiuur lui-même, il ne sentait aucum' entrave, donnait libre essor à ses sentiments et à ses idées, et ce débordement de vie, ces traits humeristit^ues et satiriques se retrouvent dans ses écrilN pMliti(pies. Les trois iiremiers livres : Crôh'f. Lt(ni(Ci-c et \eShi</<\ ne sont que le développement progressif d'une même idée; C'est un cri «le guerre contre l'ancien état de choses (jui doit dis]iarailr<» pour faire i»lace à une patrie nouvelle. Le ju-e- •miei- ]iam})bl('-l umnire jilus deiitbnusiasuie et b' «lei'nier ])lu< (b^ vcdu-mence. S/éclieuyi v«>it la source de tous les u»aux du l>ays dans l'état féodal, dans les bds sur l'iuijiôt et la Juridiction, dans la pauvreté "des moyens de comuninicati<»ns. dans cette poliiicpie ([\n cherche toujours (pierelle à l'Autriche j^our de< droits lésés et (pii, au lieu d'agir, se lige ensuite dans sa i»rotestation. Si la Hougi'ie veut vivre, il faut (pielle agisse, (pi'elle sicultiNe, (pielle écoiioiuise." (]u'elle se groupe : ce n'est qu'alors (juc le nioudc lui fera crédit. 11 faut prendre comme exeuiide les pays ci\ili^és. l'Angle-

teiTO surtout, où Széchonyi se sentait si à Taise etdont il admirait l'^'uergie et Tactivité. Assez de rêves sur le passé glorieux; il faut i^egarder dans l'avenir, car « la Jlonarie n'a pas ètè, mais elle sera ».

Les conservateurs et les hobereaux étaient consternés. Vn comte, issu dune des plus grandes familles, osait attaquer larclie sainte de leurs privilèges, voulait faire table rase de cette politique des comitats «[ui, malgré les plaintes, s'accommodait fort bien des institutions séculaires. Aussi le cr)mte Desewlfy a-t-il publié uue Analyse du Crédit à la(iuelle Széchenyi réjiondit dans le Vildg '. Ce livre n'est pas de pure polémique. V Analyse de DesewfTy ne sert que de point de départ ; il y développe encore mieux les idées émises dans le Crédit en illustrant, par de nombreux exemples pris, sur le vif, l'état du pays. C'est une critique acerbe de la société magyare, et les lettres d'un Anglais sur la Hongrie que Széchenyi intercale ne sont que les opinions du noble comte résumées en trois points : La Hongrie est ari'iérée sur tous les points et tant qu'elle ne reronnailra pas ce fait, le progrès n'est pas possible; h' Hongrois est un jeune peuple débordant de sève (pii jicut s'élever très haut, atteindre à tout s'il développe sa culture et sa nationalité: la cn^ation dune capitale, d'un centre politique, social, littéraire et comuiercial qui

l.Ce mot dans la hin^'-uo de Széchenyi ne signifie pas Monde. cûDiuie le liadun Sainl-Kené Taillandi»*!-. tnais Lumière.

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rayonne sur le pays, est une nécessité inéluctable. Le Stade, enfin, le mieux composé des trois, énumère en douze articles les réformes que la Diète devrait votei', réCurmes qui se résument dans Taf- Iranchissement du sol, dans léj^alité devant rimi)ôt et la loi. dans la sui)i)r('ssion des monopoles, dans l'usage de la lan;4ue hongroise comme langue oïlicielle, dans la publicité des débats judiciaires. « Ce n'est i)as dans un jardin français, ni même dans un \}Avc anglais, dit Gyulai, que Széclienyi nous conduit, mais dans une forêt immense où nous perdons le sentier : une végétation luxuriante d'idées nous entoure, les torrents de l'enthousiasme frappent nos oreilles, quelquefois nous découvrons un lac qui reflète le ciel, la lumière et la frondaison des arbres et fascine notre imagination: plus nous avançons et i)lus notre chemin est barré par des chutes d'eaux, des plantes grimpantes ; les épines de la satire jtiquent jusqu'au sang notre visage et nos mains; mais lorsqu'enfin nous sommes arrivés, fatigués, en haut de la montagne, une vue superbe s'offre à nous : nous voyons l'avenir de la Hongrie ^ )^ Cet avenir commençait à j^oindre grâce à l'activité infatigable du noble comte qui ne prisait que l'action. 11 n'était pas seulement adoré de la jeunesse, qui voyait eu lui un nouveau Messie : bientôt tout le i»ays entrait dans ses vues. Ce renouveau semblait compromis par l'action rév(dutionnaire

1. Le comte !szccltrii>ii cuiUme t'cricahi. Di5=cour? lu a lAcadOiuio on li<ii2.

(le Kossulh ci de son parti. Kossuth dirigeait depuis quelques mois le Journal Pcsti Ilh'iap lors(|ue Széclienyi publia son volume Kelet nèpc {Le Peuple de l'Orient). Dans ses irois premiers livres, ses nombreuses brochures et ses articles, il s'êlait moniré l'homme de la réforme pacifique; maintenant il voyait avec angoisse le déchainement des forces démocrali(iues dont il ne pouvait l>lus êlre luaiiro. Il voulait jicrsuader à raristocralie et à la noblesse que tout ce qu'elles i>erdaient momentanément proliterait à la jtatrie et que ce profit ne tarderait jtas à comi)enser largement les sacrifices qu'elles se seraient imprisés. Kossuth demande l)0ur le peui)lc les mêmes droits que ceux dont jouissent les nobles et leur lance le mot fameux : « Par vous et avec vous s'il vous i)lait ; sans vous et même contre vous s'il le faut. » Széchenyi craignait les violences de la démocratie, Kossuth meitait en elle toute sa confiance ; Széchenyi voulait un progrès lentement acquis, raisonnable etréfiéchi, Kossuth voulait un bouleversement général ; Széchenj'i ne perdail jamais de vue l'union de la Hongrie avec l'Autriche, Kossuth ne considérait que l'État hongrois en lui-même ; Széchenyi voulait que les charges de l'imiiôt fussent égalisées peu à peu, Kossuth voulait que les principes égafitaires fussent immédiatement appliqués.

Dans son Peuple de l'Oiient, Széchenyi donne libre carrière à ses craintes, il élève sa voix prophétique et, huit ans avant la Révolution annonce la catastrophe. A la politique de -sentiment il oppose

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la mesure t't-la lactique liarlementaire. Les sentiments sont sans bornes, c'est pourquoi on ne peut gouverner avec eux: l'imagination ne connait pas de limite et ne dira jamais : Jusque-là et pas plus loin; la politique dirigée par le cœur devient tyrannique, sans pitié, érige les autodafés et la guillotine. Il faut de la réflexion et des idées, le succès qui s'annonce si bien est à ce prix ; le progrès doit être dirigé par des mains sûres et non en précipitant If* pays vers la Révolution.

Le Peuple de l'Orient, comme œuvre littéraire, dépasse les précédents écrits de Széchenyi : la composition eu est meilleure, les digressions se rattachent davantage à lidée principale, le style est jtlus alerte, Tenthousiasme ninius exagéré: les sentiments sont plus i)rol\)nds: la mélancolie, l'ironie, la verve comique, font un mélange qui était l'âme môme de Széchenyi. Cependant, cette iiublication fut ])eu goûtée. Le pays ne comprenait pas que le grand réformateur qui. au fond, partageait les idées de Kossuth. se scandalisât si fort de sa manière de pratiquer cette politique ; l'opposition se détacha de lui. Széchenyi semble alors un héros (pli, au moment décisif de sa vie, combat énergiquement les obstacles qui l'obsèdent de tous cotés jusrprà ce qu'il succombe. — En 18-12, jiar son discours à la séance s(dennelle de l'Acad«.'Hii«\ il déchaîna les fureurs. Il s'agissait de l'emploi de la langue hongroise, celte pierre d'achopj)em«'nt de la législation, cette (piestion brûlante qui souleva alors des tempêtes d'indignation

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à cause des races mulliiiles qui habilciU le pays. Széchenyi.tout eu demaDclaul certaines garanties pour la lau;iiie nationale, ne voulait pas Timiioser par une lui aux autres natinualités; il voulait que le hongrois douiinât jiar sa culture intense, i)ar sa suprématie intellectuelle, sur le slova(pie, le serbe et le roumain. C'est ce que les chauvins ne voulaient pas admettre '. Une des causes de la Révolution que rAutriche. du reste, a adroitement exi)lnitée, fut la haine des naiinnalités contre les réformes de Kossuih ail jMiint de vue de la langue. La Idëte allait se reiuiir m ISIT, lorsque Szécheuyi lança son dernier ]>amphlet hoiigrois, le Fraf/ineuf d'un pi o- [ira niiKC nUKJiidr. T'est une» suite amère et mélan- (•o]i(lue du Peuple de ('fh-icut. Szécheuyi lutte pour la deiniére l'<ns contre Kossuth, lidole <k' la nation. 11 le conjure de sarrêter. Tantôt pathétiques, tantôt satiriques, ces jiages sont les plus fortes "de son (puvre. Szécheini. comme Petofi, voit venir la Révolution, mais le poète la désire de toute son âme, tandis que rh«jmnie politique, qui avait usé ses dernières forces pour remi>êcher, succombe et l»asse le lesle de ses jours dans une maison d'aliénés. î)ans un ujoment de lucidité, il répond à un reptile oïlicirux qui, sous le titre Eiii L'i'ckhlick, avait vanté au monde les bienfaits du régime de

1. \ uy. l'<iu«lc H'iiiaKiualjlf «If ZsilinszKy : IS^t'clifiii/i rt lo fjtu'sdon d<'s iiftiotinlitra, lue à la séance solonnollo do l'Aca- UOiiiio 1801. La iraduction allemande a iiaiii dau^f la Cmja)-. Revue. 1894.1

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Bach. Et II Dlich oj-I la réjioiise que Széchenyi adresse moins à son pays qui sai;j:ne de mille i)laies, (]u'à la cour de Vienne, à lélranger, pour ridiculiser le {^gouvernement de Bach et se venger des méraits commis contre la Hongrie.

L'Académie édile maintenant les œuvres complètes de Széchenyi. Elle a déjà publié son Jowiial iittiiiiC, sa Correspondance, ses Lniri-essiOdS de roi/af/es à travers l'Europe et a chargé Aniuine Zichy de recueillir les articles dispersés dans les journaux et les revues depuis 1820. C'est un monument di^'^ne du « i)lus i^rand des Magyars », plus durable que la statue qui s'élève devant le palais de l'Académie.

Le plus, ancien ami et coreligionnaire de Széchenyi était le baron Nicolas Wesselényi ;17U7- 185t);, le leader et l'orateur de l'opposition dans les diètes de 18:iO-ls:V2. Son ouvrage, Les Prèjuijès (18:33), est ué sous linlluence du Crédit et contient, outre la critique acerbe de la vie i)olitique et sociale de l'ancienne Hongi-ie, des idées de réforme. En 18-i;i, il a écrit son Appel à la natioa hoiigroisc et slave où, le premier, il montre les périls du panslavisme pour la Hongrie et recommande à son pays de s'unir encore plus étroitement à la monarchie autrichienne et de former un Eiat fédéraliste. Orateur excellent, ses discours ont agi non seulement par leur forme littéraire, mais aussi parleur fougue et leur énergie.

A côté du groiijio des réformateurs nous voyons, vers 18 IJ, le groupe des centralistes qui deman-

daieut sinun la siii)i)ressioii des i>rivilègesdes comitals du nioiiis nue- «limiimliuu uulable de ces privilèges au piulil (lu gouvernement central et une constitution parlementaire. — L'ànie de ce groupe était SzALAY qui devint plus tard le délégué du gouvernement hongrois auprès du Parlement de Francfort et le baron Eutv<»s. Nous avons déjà caractérisé le baron Eittviis comme poète et romancier; homme politi(iUC, il est une des plus nobles figures du Parlement hongi'ois. Éiiris de la civilisation de rOccident dunl il devint un des plus ardents jirnpagateurs dans s<»n pa} s, il Joua, pendant la Réaction, comme président de lAcailémie, un rôle consolant et réparateur. Les nombreux discours (prit }»ron<tnça, tantôt dans les sociétés savantes, tantôt dans les occasions solennelles, ont trouvé un écho profond dans le pays, lorsque la tribune i)arlementairc était muette. Il est, avec Denk, un des promoteurs du dualisme et s'est acquis, comme ministre de l'Instructiou publique, une gloire immortelle.

Le chef des conservateurs était le génial Aurèle Dkskwffy (1808-184:2), le fils de Joseidi, l'adversaire polilicpie de Széchcnyi. Il a combattu avec une verve extraordinaire Kossuth et Széchenyi, non <iu'il tût ennemi déclaré du progrès, mais i>arce qu'il craignait (pi'eji ébranlant la base de l'édifice, celui-ci ne croulât complètement et n'entrainât la luine de son pays. Ses articles parus dans le Monde, puis réunis sous le titre : Le Urre X Y Z, classe l'auteur jiarmi les meilleurs écrivains de son pays. Comme orateur, il était remarquable par sa facilité

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dimpi'uvisatiun. son calme, rélévalion de ses idées. Sa mort itréinaturée a été une perle seiisil)le pour le pays.— I^irmi les orateurs des diètes antérieures à 1818, on jteut encore citer : Paul Naov, immortalisé par Berzsenyi, qui a j'»ué un rôle prépondérant en 1825; Oedon Bk<»tuv. un parl\iit «u-ateur i)opulaire ; le palhéiique Gabriel KL.\rz.4L, (jui devint ministre vn 18 18 v\ Bertalan S/.kmkrk. <lont le style lapidaire ei oncis cnnu-aslait avec celui <le Klauzâl: Kiti.rsEY, leur niiiitre à tous <lans le sentiment de la mesure et de riiarmonie. Lonuvics et Szalay étaient aussi des orateurs très écoutés. Mais celui qui les dépassait tous est Louis Kossi TH 180'2-18'J4 , le I>émosthène ma^Mar, d«>ni le< discours soulevèrent le pays contre la domination autrichienne. Son talent admirable n'a pas fasciné la Hon;jrie seule: lAngleterre et 1 Amérique, dont il avait appris la langue dans sa prison et dans son exil en Turquie, l'ont fêlé non seulement comme le champion de la liberté, mais aussi comme orateur. Tous les dons de la nature se réunissaient i)<>ui' faire de lui rid<dede la nation. Beau comme lllermès de Praxitèle, dit François PulszKy. sou coinpajrnon d'exil, doué d'une voix et d'un l'e^^ird (pii (Imninaient la foule, d'un talent dimprovisation >ans é;^al, il se sentait tnut à fait maiire (piand il se tmuvait en l\\ce des jjrrandev assemblées du Parlement. En 1818. le moment était criticpie, car chaque jour apjiortait di's nou^ elles importantes et ce n'étaient jias de vaines pan des (pie l'on attendait, ("haque discours de Kossuth devint un acte. Le feu de s<»n imajjination et de ses

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soiiiinicnls em]M»iMaii luiit. l)i-isaii los plus grands obstacles. 11 est vrai qu'il ne briliail ni par la profondeur do SOS pons('es ni ]>ar son érudition, mais il a su adniirabli'inont moltro à profit les idées anil)iantos, les revéïir do couleurs brillantes et montrer. \k\v des anlitlièsos habilonjont choisies, que riieui-c décisive était arrivée. Ses discours en an;j-lais munirent natundlemont plus de préparation, une lf»i:i(iiie i»lus serr«''e et, au dire des Anglais, ils j»ouvaieiil se c-«»mparei- à ceux des ineilleurs orateurs du Parlement. Knssuîh perd beaucoup à la lecture, ses articles entre 181U et 1S18 ont certainement enllammé la l(»ule, mais c'étaient des discours écrits.

La lirjKHis^' au comte Széchenyi, où il nie ses ieiidanccs révolutionnaires, jiuis ses Mômoircs (fr l'cntiiii-(iii<j,i dnut on a traduit le preiuier volume en français, smit autant de documents intéressants jiour répnipu^. mais n<>n pas des chefs-d'onivre de ]U'<»so hongroise». Les nombreux articles qu'il a adressés deiiuis 1S<>7 au Journal Kf/iictri-lrs de Hudai»es1 à l'occasinn dos ('vénements politiques impoli ants. ont encore (pielques-unes des qualités du ^naud écrivain et font quelquefois oublier le point de vue erroné où un long exil avait amené peu à i»eu cet ardent patriote.

Apiés la Kévtdution. la Ihjngrie devint un <lésert : la ]iai*ole n'était j»lus libre, la presse muselée; les yeux de la jialion se tournèrejit abu's instinctivement vers l'avocat et le légiste consommé qui avait fait <os débuts dans la l>iéte de 18:û et (pi'on

Il m ■i«i»i.iiii . , ijn><aiwpp<w|Bp^wWiWWP«WP1H)l

a iiummé le ScKjcdc la nation . François Deak i1803- 1876:. Il eut de brillaiils débuis; ses plaidoyers en faveur de la Pcdu^ine el des serfs, ses attaques contre la violation du droit magyar nnt fait de lui le leader de lopposilion dans la Chambre des députés. En 1841 , il a rédigé, avec Aurèle Desewfly et Szalay. un projet de Code pénal tout à fait à la hauteur de la jurisprudence eurojiéenne. Kn 1818, ministre de la Justice, il se retira à la camjiagne et revint dans la capitale après lissue fatale: depuis, il ne cessa d"encoura^'er et de soutenir j^ar ses conseils les cipurs défaillants. Lœuvre de la réconciliation fut lon;:temi»s méditée; en 18C»1, c'est Deak (pii. dans r.D//r.s\sr // 1(1 c<nirotinL\ se fit l'interprète des vd'ux de la nation; c'est lui qui a revendiqué les droits du royaume contre le professeur de lUniversité de Vienne, Lustkandl, dans ses IxCnia/yiœa ;18<»5 . S(jn article mémorable du Pcsd yajflr', paru à Pâques 1805, a i>ruclamé les principes du dualisme et sa conliance en l'empereur pour l'ceuvre entreprise. Sadowa a montré «ju'il avait i-aison. Le itronioteur du dualisme, fort de ses vertus civiipies, refusa toute distinction, tout emploi; il resta le chef vénéré de st)n parti et dc-signa ses amis pour les portefeuilles. 11 acheva ainsi sa vie modeste, entouré dei'estime et de l'admiration de tout un iteuple et jdeuré par une reine (pii tint à déposer elle-même une couronne sur son cercueil. Ses discours recueillis par Kouyi cherchent à convaincre et non a entlammcr. l>e.ik est l'homme de la raison pure, de la ju>tice, du droit et de la

lo^nque. Il expose sinii»lement les faits; les éclaire à Ta lumière «le la jurisprudence et élève bientôt le débat Jusqu'aux idées générales. Il décompose et résout avec une clarté admirable les questions les plus difliciles.

•Deâk a loriné un -xrand nombre de politiciens; le parlementarisme, depuis 1807, n'a pas fourni" de noms aussi brillants <iuà lépoque de la lutte; les grands orateurs ne font pas défaut, mais ils ne recherclient pas les beautés du langage : ce sont de bous avocats «jui exposent clairement et qui, munis dun arsenal de faits et de chillres, veulent convaincre, j.ersuader, mais non pas émouvoir; ce sont d'excellents dcbatcrs, comme le comte Andkassy, dont les discours sont édités par Bêla Ledi-rer; Cob.man Tisza , l'ancien chef de Cabinet, LôNYAY et Kkkkâpoly, anciens ministres des nuances, Balthasar Hokvath, ministre de la Justice dans le premier ministère hongrois. Un grain de poésie orne les discours des héritiers de Kossuth, lR.iNVi et Helky. Le chef de l'opposition modérée, le comte Ai>i><»nyi, et le président de la Chambre, ancien minisire de la Justice, l'âme des lois politico-ecclésiastiques dont le vote rehausse les fêtes du Millénaire, Désidèrc Szilagyi, sont é-'-alement des orateurs de premier ordre. \vec la vie i)uldi(iue plus intense, les sciences économiques et politiques ont pris naissance et se sont rapidement développées. Mais comme le chal.itre qui suit sera consacré à tout ce qui a trait à la Hongrie scientinque, nous nous occuperons de ces

travaux daurs les ]iaires consacrées à la deuxi<'iiio classe de rAcadémie.

Nous avons i.arcouin le vaste champ de la linéraliire honirroise. Depuis 1772 jusqua nos jours, que de n«.nis et de cliefs-d"onivre ! Certes,* plusieurs de ces éci-ivains mériteraient d'être r(»bjel de travaux i\u genre de ceux que Ion consacre en Sorbonne à des écrivains allemands de moindre envergure que les chefs du Parnasse magyar. Nous ne désespérons pas de voir un jour ces poètes et écrivains mieux étudiés que nous n'avons j,u le faire dans ce rapide coup d'œil. Le lecteur j.ourra se convaincre dès aujourd'hui que la Hongrie littéraire a produit, au cours de noti'e siècle, des o'uvn^s dignes d'attention et dont pourrait s'enrichir le patrimoine commun de l'esprit humain, si la langue hongroise était mieux connue à l'étranger; car^les traductions ne peuvent donner qu'une lailjle idée de la beauté de cette poésie qui, pour être goûtée, doit éti'e lue dans l'on^'inal.

A côté des Belles-Lettres proprement dites, nous trouverons également, dans la vie scientilique du pays de])uis 18;{(), des (uivrages de premier ordre, des noms qui ont déjà franchi les frontières de leur pays et qui accroi^-ent tous les an^ le trésor scien-

\1^lfirmin^nammmmtmf^^mm^mmyrwitiffmm^mm-^mmrmmmmmm^^mmmf9l'^^i^r'^mim^i9fmmmm^'

tifiquc <le rEurnpe. La même cause empêche ces travaux detre lus à lelrauger. Les Alleraauds en ira.luisent bieu des exlrails, mais tout ne peut être traduit. Ou comi>reud assurément que les savants étrangers adressent souvent aux Hongrois cette question : " Pourquoi avez-vous cessé d'écrire en latin? •> On sexplique Max Millier disant que les petites nations doivent écrire leurs rmvrages scientifiques eu français, en allemand ou en anglais, si elles veulent qu'on les lise. Renan, dit-nu, mani- IVsta un jc.uir quelque mauvaise humeur en recevant, à titre dassoeié étrauger, les publications de l'Académie hongroise. « Les Hongrois ne devraient écrire <iue leurs poésies et leurs chansons en magyar et publier leurs travaux d'érudition en latin. » Ces désirs sont naturels, mais malheureusement difiiciles à satisfaire.

L'Académie hongroise a reçu la mission, dont elle s'acquitte avec ardeur, de propager la science m ]io,vjrois\ elle sait et tout le monde sait qu'un peuple ne vil que par sa langue et qu'il lui est impossible, à moins de perdre sa raison d'être, de cesser d'écrire ses travaux dans cette langue. Par l'intensité de la culture qu'elle répand, l'Académie veut donner la suprématie intellectuelle k l'élémeut hongrois, qui possède déjà la suprématie juridique. Les pages suivantes montreront qu'elle V contribue dans une large mesure.

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