I. — L' Académie
Nous sommes à la Diète de 1825. Les travaux commencent le 18 septembre*. Le pays attend des réformes radicales ; les députés des comitats ont reçu le mandat d'obtenir la réalisation des promesses que le gouvernement avait faites dès 1790,
""'mm'mkwmm
310 LHTIE n
mais que les guerres de la Révolution et la Sainte- Alliance avaient toujours retardées. Une des grandes (juestions était d'obtenir des garanties pour la langue nationale. Dès le mois de novembre commencent, dans les réunions i)réj)araloires, les discussions sur le moyen de relever le niveau de l'instruction et de former une sociét(\ une Académie, dont la tâche principale serait de cultiver la langue hongroise, afin d'opposer une digue à la germanisation d'un côté, à la domination du latin de l'autre. Le gi'and orateur, Paul Nagy. à la lin de son discours, fit remarquer avec raison que tous les projets n'aboutiraient à rien si les riches Magnats ne faisaient pas de sacrifices d'argent: car. pour fonder l'Institut projeté, il faut, comme pour la guerre, de l'argent, encore de l'argent, et toujours de l'argent !
C'est alors que, dans la réunion du 3 novembre, un jeune comte, en uniforme de capitaine de hussards, se leva et iirouonça ces j)aroles : « Je n'ai pas le droit d'intervenir dans la discussion, mais je suis grand propriétaire et si l'on fonde un établissement qui cultive la langue magyare et rende par cela i)ossible l'éducation intellectuelle de notre pays, je sacrifie les revenus d'un an de mes j)roprietés ;oi),000 U.^ '. Ces paroles parcoururent toute
1. Pour coiiipiendre les preiniors mois de cotte allocution, il faut savoir que S/éclienyi, coiuino uiaj^nat. n'avait pas le droit df discussion à la Table d.-s députés. Du reste, le> réunions dcs'J «M .3 novoiiibio n'étaient «juf }»répai-atoires. une assemblée do district .Kciubti f.vulés , ou Ion ne volait pas.
(l|PP*^^»ffli»"»«W»*^WP«»W"WIWWPW"^W^l^^^i^P-^»WPi>^^^
rassemblée comme une étincelle électrique. A Széclieiiyi se juigiiaienl immédiatement les comtes Georiies Kârol\ i Kl.OX) flj et Georges Andréssy (^10.000 n. , j.uis Abraham Vay (8/X)0 fl.;. Le capital (les (|iiatre jn-emiers fondateurs (118,000 fl.) fut presque doublé à la lin de la Diète, et le chiffre de la dotation s'éleva à 250,000 florins.
On demanda au Palatin, l'archiduc Joseph, de l»rendre l'Institut s<»us sa protection et aux deux J'ah/rs de la Diète de choisir les membres directeurs. Vnv commission devait élaborer les statuts. Les délibérations commencèrent le 17 février 1820. L'Académie devait avriir six classes : grammaire, ]iliiiosuidiie, histoire. Jurisprudence, sciences naturelles et mathématiques. Les quatre premiers fondateurs devaient désii^ner viniit et un membres (pli avec eux formeraient le conseil d'administration. Ce conseil élirait deux membres dans chaque classe. Lorsque la Diète eut fini ses travaux en 1827, l'article XI décréta : L' l'érection d'une .\ca-
uiais ou lo jtublic Oiaii a<liiiis. Szécljcnyi avec beaucoup tlauiivs mav'nats y assistait coniiae audileur. — Celte ^C'-no iiii'iiiorablf rsi représenlt-e dans un haut-relief en bion/e ilù au cis.au di- Holl<'>, rl"''ve do Stiobl, que l'Acadt^niif a l'ail placer en ls?02 à un des anodes de son palais. — Pour la fondation et les travaux de lAcadéinie, voy. Charles Szdsz, Le comte Etienne SzècJieniii^ et lo. fondation de CAcadèiiiie 1880 . la brochure publie^' par \v Secrétariat lors du cinquantenaire (1881 , le bulloiin de TAcadéDiie (Akadeniiai Erlesito . surtout la nouvelle série dirigée avec beaucouji de soins depuis 18W par réniinent secrétaire perpétuel. Kolonian Szily.
^^^m^mf' IL t wmmmr'mmmr^mmmmfm m ui. im i«jn»»ww^w»»
demie à Post ; 2" que lAcadémio, sous la haute Ijrutectiuu du Palatin, comniouccrait ses travaux et soumettrait ses statuts au gouvernement. Le Palatin institua une commission de vingt-six membres, sous la i>résidence du comte Joseph Teleki. qui se réunit jiour la première fois le lô mars 18'28, et. aigres viugt-«pialre séances, elle i)Ut non seulement rédiger les statuts, mais aussi indiquer l'ordre des travaux à entreprendre. La sanction royale ne fut doiiuée que le 7 juillet 18:^0. Les devoirs de l'Académie sont ainsi formulés : « L'Académie * a pour but la culture de la langue hongroise dans toutes les branches des sciences et des lettres. Elle doit rendre cette langue plus i)olie et plus riche, tant par des travaux originaux que par la traduction des chefs-d'œuvre anciens et modernes. Elle doit recueillir les chartes, les manuscrits et autres monuments linguistiques ou historiques, et publier les plus importants. Elle aura soin que le théâtre national, ce puissant auxiliaire de la langue, ne manque pas de bonnes pièces. Elle favorisera les belleslettres par des concours annuels: elle fera une juste critique des travaux parus et couronnera les meilleurs. Les manuscrits qui lui seront présentés, s'ils obtiennent son approbation, seront imju'imés à ses frais, et leurs auteurs recevront des honoraires.
1. Le titre primitif de l'Acadôuiic était : Magtfar Tt((1'''S Tiîrsnsf'nj (SociOti' liouirroist' dos srioncos'. Ce n'est tjue |»lus tant quelle piit )o litre : Maifijar tinlûnidnifos Akailèmia (Acadcuiie liongroise des sciences .
Elle publiera ses Annales avec les meilleures dissertations et les travaux <les séances. Pour mieux connaitre la langue nationale et déterminer ses orij^nnes, elle fera entrei»rendre des voyages tant dans le pays même quà Tét ranger. »
Le pro^rramme ainsi tracé dès 1828 est resté en grande partie le ri'gk'ment <le l'Académie jusqu'à nos jours. Le Palatin devint le protecteur; le conseil d'administration, qui ne s'occupe que du côtématél'iel de la s<;ciété, fut composé de vingt-cinq membres qui se recrutaient eux-mêmes et désignaient tous les ans le ^trésident et le vice-président. L'Académie se composait d'abord de vingt-quatre membres honoraires, (juai-ante-deux membres ordinaires et un nombre indéterminé de membres correspondants et d'associés étrangers élus à la majorité absolue. Les six classes de l'Académie tenaient leurs séances alternativement toutes les semaines. Une fois par an, il y avait une séance solennelle. Le pi-emier conseil d'administration fut composé de nobles à l'exception d'un seul membre. Le président Teleki fut réélu tous les ans jusjju'à sa mort, en 185r); le vice-président, le comte Etienne Széchenyi, jusqu'en 1818. Les jtremiers membres ordinaires étaient : Charles Kisfaludy, Vr.rosmarty, Alexandre Kisfaludy, Krdcsey, André Horvât, Isidore Guzmics *. Charles Kisfaludy étant mort quatre jours
1. Nous avonrî d<'-Jà fait la connaissanro do oos écrivains. — Ciuzinics (1780-1831» <lai1 un savant bénédictin connu pour SOS travaux tliéoloiriquis »t «ros traductions do quolques pièces do St»]diuclo ot d"Eurii»ido.
"•WBW"»»
rmimmmry^^*iÊffm
après scm ('lection, lui i'oni[»lac('' ]iar FraiK;oi> Schedel (jui a plus tard mai:yarisô son iioui en celui de Toldy et est devenu le i»ère de Ihistoire littéraire hunijrroise : dans la classe de pliilosopliie : Dobrentei, Jean hnre, Berzseuyi. Szilasy : dans la classe dliistoire : Èiienne Horvâth, qui a refusé cet honneur, Pein^vich. Kazinczy. Kis: dans la classe de matliéinati(iues : Tittel et Bit niez: dans celle de jurisprudi-nce : Szlcmenics et Kr.leles: enfin, dans celle des sciences naturelles : (iebhardl. Bugât, Joseph Hurv.'it et Bah'izsh.'izy. Le ]ireniier secrétaire perpétuel était le savant iK.brentei qui a raconté, dans le i)reinier volume des Annales. Ihistuire de la fondation de l'Académie \S33 .
La première séance S(dennelle eut lieu le 14 février 1831; c'est aloi's qu'on élut les membres hon»»raires au nombre de seize: parmi eux Ihisturien Budai, le romancier et fabuliste André Fây, aident patriote qui fil tous ses efforts pour créer un théâtre natiniKil et (pii diriiiea pendant un certain temps avec Dobrentei le théâtre deBude: le baron Nicolas Wesselényi, le j^rand orateur: dix-neuf membres coitc^jMjndants, jjarmr les(piels nous trouvons les noms de Bajza et de Czucz(»r. ei enfin les deux premiers associés éti'an.L'^ors : Fessier, l'historien du peuple hongrois, et r(.>rientalisie autrichien. lIammer-Pur.L:st ail. Les travaux coiumencérent aussitôt : quatre commissions étaient chargées de faire des raj)ports : 1° sur uni' iirammaire et un dictionnaire hoii-rois; 2" sur l'édition des Annales: 3** sur l'tMlilion d'une Revue : r >ur les jnix.
La première commission accepta, grâce aux eflorts «le V«tr<ismarty et de Toldy, les théories du chef des néologues, Kévai, dont le système grammatical devini obligaluire; elle invita tous les membres de rAcad(''mie à recueillir les tei-mes techniques de leur sj»écialité et à les présenter dans l'ordre alphabétique à rAcad(''mie, à cnlliijier les diflérents patois et les ternies de métier. Comme modèles pour le dictionnaire, on i)rop()s;i celui de TAcadémie française, celui de la Crusca, dAdelung et de Johnson '. La commission des Annales i»roi)')sa. itour le premier vohim(\ rilistoire de la fondation et des projets dAeadémie avant 1825: la iiublicalioii des éloges des membres décédés et i\v< jtoésies en l'honneur de l'Académie. La çommissioji de la Revue i)roi)psa de donner quatre v* dûmes par an où l'on ferait connaitre les travaux et les séances de l'Académie et où l'on rendrait com])te des meilleurs ouvrages magyars et étrangers. La commission des prix proposa qu'à tour de rôle, deux classes eussent à désigner deux ({uestions à traiter: les manuscrits seraient lus en tiois mois et les prix proclamés à la séance solennelle. Le i)remier grand prix de 200 ducats serait décerné au meilleur ouvrage j)arn en 1831 "-.
1. Tous les uiau''iiau\ locuoillis alors furent utilises dan? le iMeiiiit'i" Dictionnaire de VAcadèinic ivdig^é j>ar Czuczor i'i Fo;^\'\rasi (0 vol. l!^<V>-187i : ce travail lut c'onii)lélé, il y a lioi« ans, ]iar \o lJirtio)tvoire historique de la lan^'ue <iej)uis li's ti'injis les plus anciens jus<]u'à 1770, rédigrc par Szarvas et Siii!onyi (3 vol.'..
2. Il fut décerné à lépoiiéc Arinnl de Pàzmàndi liorvâth : en
I^ première séance liobdoniadaire eut lieu le 2S février 1831. Au conimencemeiil, on s'occu|ta surluut (le la critique des livres parus et de la cuiifection «lu ]>icti<>ijDaire. A cet ellct, on dis- U'ibua srpt cent quatre-vingt-deux ouvrages entre les membres pour y recueillir les termes techniques des sciences, des aris et des métiers ; les mathématiciens et les philos» rphes remirent leur travail dès l'année suivante. Il fut décidé que ces recueils, une f<»is imj)rimés, seraient lartrement distribués, afin que tout le monde iJiii faire ses observations. Le pays collabora ainsi à la confection des termes techniques; l'Académie joua seulement le rôle d'un cnnseillei- et non celui d'un arbitre qui imiiosc ses mois au public. On fit recueillir en même temps les tei*mes des patois et les exjtressions tombées en désuétude: on établit les règles de l'orthographe et de la conjugaison. Pour doter le théâtre naissant de pièces viables, ou choisit soixante et onze pièces étrangères que les écrivains furent chargés de traduire ; eu outre, on décida la traduction des ouvrages indisjtensables de l'étran- 'ger K Le premier volume publié par l'Académie
18.33, il fut j»ailaj.v cuWo Akxandri' Kisfaludy ti Voiôsmarty. cr dernier l'obtinl «'luoro en l.Sîs ,i Iï>ii. Los luviniors ouvrages do statistiqu»' do la Hon;.'iio dus à Alo\is K.'nyi's fui<nt couronnés on IKJO et 1813. A jtarlii do L*^15 If ;>'iand ])iix est décerné au meilleur ouvrajre qu'une dos six sootions présente à tour de rôle.
1. Les i»iécos fianvaisos indiquées étaiont los suivaniis : Le Ci(f, Amiroitioqi'c. Urittoniiccs, Phùdrc, Athalie, Zatre.
parut en 18::52; lo volume cuiiteiiail la liste des membres, les statuts et les rapports des travaux «les (lilléreutes ô»mmissioiis eu 18:31, puis les bioiirajihies des membres décèdes. Après la séance solennelle qui eut lieu sous la présidence du Palatin, le <s septembre \KV2, dans la grande salle du comitat de Pesi le i»alais de lAcadémie ne lut construit cpien IMCC) , jiarut le premier volume des AtiHolc^ 18H:|i ipii c<»utient, outre le travail déjà mentiMuné de D<»brentei, les éloj^^es de Charles Kisfaludy, de Kazinczy, du jdiilosuphe K<»teles, du ;:rammaii-ien Kresznerics et du c< unie Georges Festetics : plusieurs travaux littéraires et scientifiques et rode (lAndré Horvât écrite à l'occasion de la première séance solennelle.
ha Revue Tc'loinoinjttir (Magasin scientifique) l>arut en 18:U et lut continuée Jusqu'en 1844. En 1840, commenra la jtublication du BuUetiti acadèiniquc (pli, .jus(pren 1859, contenait les éloges et les travaux de toutes les classes. En 1800. ce bulletin
Al:in\ Tnucri'ilr, L'Ki-ûlc des fcmnirs, Tnrtufc, LWvarc, Le JioKi'ffCois (jcntiUtOiUuie, Les Fcuanes sattnites, Le Malade iitidi/iiKiirc. Lr Jotfecr de Kognavi}, Le roi de Cocogue do Lo;^'ian<l. Le Viecx C>''ld>atnire ilo Colin d'Harleville et L'École des rieiltards do l)olavi;.'no. — Parmi les soixante ot un ouvrag-os srioiiiiHf|uos à traduin' nous trouvons : L'Histoire de France d«^ îSr^'ur, L^' Trait'' d'économie itoUtique do J.-B. Say, Les Xoitv'ai'.r jjrincijtçs d'ècononùc itoUfiqt^e de Sisniondi, Le Précis eh''énr)(tnire de phiisi^nr e.''j*éyiiiienta!e de Biot, Le règne animal et Le Discoars sar les rècolidions de la surface di> ijlvbe do Cuvior. Noubiions pas que non? parlons de 18.31.
318 LIVRE ÎI
fui >ciii'li' t'ji imi- jiaruo ; la lUi'inii'i'o embrassait les travaux <le itliilolnirio el «le litiératui-o ; la deuxii'me, les travaux pliilosojiliiiiuus. liistoi-iquu^ et juridiiiucs: la trui^iènu'. les travaux de niathé- Jiiatiques. pliysique et liistuirL' naturelle. <"es Bullclin>-. \ u l\'-l»'ji(lu(' ilo travaux, l^ureul rcuiiilacés. à jiartii' de isr.T, pai" la iiublicatioii de mémoires eu biochures (|ui lei^ment aujnuriiliui des volumes de <XMJ à 7(X) pa-es. De 1S:U à l^u\ l'Acadi'iuic publia i'tus les mémoires c<»uruimés 11 vt-lumo .
Dès 1811. ou s"a}percut (jUf le tra^ail. dans le< séances où toutes les classes (Maient re]u-es('nt('*cs. ue iiouvait ^uère i'avoriseï' lactivité «pie ehafjue <-las>e devait d('])loyer isolément. Sur linitiative de Tuidy. il lut décrété que dorénavant chaque clas;sc tiendrait des séances à toui- de rôle ; que les n*»uveaux élus devraient faire une lecture iVliahiUtnfioti Székloglal'» et que des mémoires pourraient être présentés. Les séances (jui Jus(pie-là avaient plutôt un earaetére administratif inûreiit un cacliet scientilicpie qui s'accentua de j'ius eji jdus. Aujr)urdlijii (pie rAcadc'mie n'a ([ue trois classes p' phibdoj^^ie el belles-K^ttres ; 'J* i(hih»><q>hie, liisioire et sciences sociales: :i° sciences . les trois premiers lundis sont consacrés à chacune <]('< classas et le quatrii-me lundi est eousacré à une sc'ance îiénérale où l'on discute les allaires administratives et où Ion lit les Khnjcs.
L'activité de rAcnd<'Mnie n'a sonHert (piiHi arrêt relativement eourt i»endant la Révolution: mai<. sou< le régime de lîaeh. (Ile dut ^ul»ir h* pr(^mier
LA VÎE SCIENTIFIQrE 319
assaut cvjiitrc l«.'s libcrlôs Lraraniies. Le gouverneur voulant la souniottrc. eii 1853, à la loi commune sur les associations, lui «lemanda (renvoyer en triple expédition, en laniiuc allemande, ses statuts au gouvernement et de jnoditier, conformément à la nouvelle loi, le mode dCk'ction de ses membres. Le ré;L:ime autoritaire ^ oulait oter par là à TAcademie son droit d'('doction et la forcer de soumettre à rai)])robalioii de remi)ereur le choix du conseil dadminisiraii()U et des membres; de plus, en modifiant le jiiviiiior paragrajihe des statuts qui disait que la culture de la lanjiue nraji^yare devait être l'occupât ion ju'inciiiale, il voulait seulement accorder que la lauii'ue maj:\are pût être rf/n/cntC/if cuUivC'Q. Sur ces entrefaites, survint la mort du président de lAcadémic, en 1855. Le conseil d'administration Voulant (dire son nouveau jirésident, le gouverneur déclara que l'élection ne pourrait être considérée comme définitive. Deux ans après, en 1857, le conseil se réunit de nouveau : mal«:ré les promesses faites au président, comte Kmile Desewtfy. de ne porter aucune atteinte aux libertés de la société, les statuts rev(»uaient, en 1858, avec de tels changements que l'Académie crut devoir protester. Tne commission. c<^»mposée de l''ran(;ois Dcâk, du l)ar<in .Joseph Kotvos, du baron Albert Prênay et du secrélaii'e Toldy, était chargée de présenter une l)rotestation. Ce fut le << sage de la nation », Deâk, qui la rf'digca. Te mémoire se distingue, comme tout ce qui est sorti do la plume de cet éminent légiste, par* une r(,>i'C(' logique et uu'' claiMé d'exposi-
320 LnnE II
liuii qui Délaissent licii à désirer. Il trouve que les statuts iiKulifies ne correspondaient ni à la teneur de la loi de 18'25-1827 ni aux intentions des fondateurs de r Académie. On fit des démarches au])res de larcliiduc Albert, aujjrés de remi)ereur. mais avec peu de succès. Le gouvernement neinpécha pas. il est vrai, la culture de la langue nationale, mais il fallut lui soumettre le choix des membres et le L^tuvei'neur exerça un contrôle sur lactivité de l'Acadi'mie. Mal;jré ces vexations les s«>lennites que la Société organisa lors du centenaire de la naissance de Kazinczy '21 octobre ISÔl) , lors de la mort tragicjue de Széchen\ i 1:^ octobre 1800, ju-irent le caractère de manifestations nationales.
Les statuts modifiés restèrent en viguour jusqu'en 1801). Avec l'ère nouvelle créée par le dualisme, l'Académie reprit possession do tous ses ])rivilèges. En L^<»0, elle se réorganisa; on ne pouvait revenir iturement et simplement à l'état jirimitif. car la simple société savante était devenue une véritable Académie.
Avec la renaissance du pays, non seulement les capitaux s'étaient sensiblement accrus jtardes souscrijjtions nationales, mais l'activité littéraire et scieiitili(pie avait juis un grand essor. 11 était donc juste que rAcadémi(\ comme Institut luilional, ne fût pas dirigée par uu conseil d'administration exclusivement composé de nobles se recrutant parmi les descendants des premiers donateurs, mais que les membres de la docte Soci^Mé y fussent également représentés. H fut donc décide (pie sur
les viiigt-qualrc membres qui le composeiil, douze seraient élus jiar les aeadémieiens; que le prësi- (leiil serait élu, non seulement i)ar le conseil, mais aussi i»ar les membres honoraires et ordinaires; qu'il lerait i»arlie de l'Académie et que son mandat aurait une durée de tiois années. L'élection du président seul serait soumise à l'apiirobation du roi. L'Aca<lémie lut divisée en trois classes de deux sections chacune: cIkkiuc classe élit son président et son s<'t;re1air(' itcrpéluel, soumet à l'Assemblée générale son budjjet et publie ses Mémoires. Pour accroître l'activité de chaque classe on établit des Commissions dotées jiar l'Académie, qui publient les travaux de Ionique haleine. Ces commissions peuvent s'adjoindre des savants non académiciens. Le nombre des membres fui lixé de la façon suivante : dans la première classe deux sections : philologie et belles lettres : 0 membres honoraires, 12 membres ordinaires; dans la deuxième classe (deux sections : sciences philosophiques et sociales, histoire et géographie, : U membres honoraires et '21 membres ordinaires; dans la troisième classe (deux sections : mathématiques et physique, scien^ ces naturelles : le même noml)re. Le nombre des memlu'es corresjtondants et des membres étrangers n'était i)as limité ; mais on exigeait des candidats des qualités sérieuses et ils devaient réunir les deux tiers des voix dans la classe et à l'Assemblée générale. Dans- les derniers temps même le nombre des corresi)ondants lut fixé de telle sorte que la première classe en possède 30, la deuxième et la
Iroisioine charnue <>(i j)ar moili*'* pour chaqno section.
Aj>rès cet aperçu historique nous ijouvuiis examiner lactivité de TAcadéuiie nia;^yare. Cet examen est luut à :^<M\ avanta;j-e. On [win dire que presque tous les ouvrages savants que hi Iîr>nf:rie l>roduil de]>uis l,S:iO sont ('dites par l'Académie. Elle est le loyer de l'érudition: ;j'i\"ice à elle paraissent les nombreuses revues savantes qui, depuis une trentaine d'années, répandent dans tout le pays le jroùt du travail. Les édileui's ni les j»articuliers ne pourraient jamais l'aire les sacrilices quelle s'impose pour le dévelo])pemeut des sciences. Fidèle à sa mission, elle lavorise surtout les éludes relatives à la Hou;:rie. suit au imint de vue ldiilolo},:i(pie, soit au j)oint de vue hisloinipie, mais elle eneoura;^e éjialemenl les travaux sur l'antiquité et lait conuaitre au grand public i>ar des traductions les résultats essentiels obtenus par l'érudition européenne.
Voyons d'abord les travaux de itJtihihKjic lêiduiiarc. L'Académie i)eut dire avec lierié (pi'elle n'a pas laissé, comme tant d'autres, les philologues allemands reconsiruiic la ;iianimaire historique et éditer les anciens auteuis du pays. Dès sa fon<lation, elle a cojniuencé l'édition des anciens monuments de la langue et a couronné des Mt'inoires sur les <juestions de graujmaire hongroise. Klle est allée plus loin : s'inspiraiil du progr-amme trace par Kévai, dès le couiiiiencemeul du siècle, elle a envoyé ou seconde des voyageurs intréjùdes «jui.
on Asie ci sur les connus de l'Kiirope. ont lait des reclierches ellmoyraidii(iues cl linyuisliqiies, tantôt sur les lieux que les Hongrois liabitaient Jadis, tantôt dans les pays où des branches de la famille ouraloaltaique pai-lent des idiomes iirésentant une certaine parenté avec le magyar. Le premier de ces voyaLiCurs est Alexandre K<»Kr»si Cso.ma 1787-184*i' qui. de 18J0 Jusqu'en 1841. a cherché l'origine du peujile ma;:yar dans le Tibet; il est mort avant d'avoir découvert les traces des ancêtres, mais ses jiublications , en an;»^lais , sur la lanjjue du Tibet font encore auioriié aujourd'hui. A peine le baron K<iiv<>s avait-il itrononcé son éloge à l'Académie 181:^) qu'Antoine Regily 1810-1858) partit de Saint-Pétersbourg dans la direction de l'Oural, non pour chercher l'ancienne patrie des Hongrois, mais pour étudier la langue des Vogouls et des Ostjâks , tribus parentes des Magyars. Ses recherches linguisti<pies et ethnographi(pies faites dans l'Oural et aux bords de la Baltique ont une grande imjiortance pour la grammaire comi)aréedes langues ougro-finnoises. Les manuscrits de Reguly achetés ])ar l'Académie furent mis en ordre et édités par les soins de Paul Hinfalvy (1810-1801 et de Joseph Hi dfnz 1830-1802 . Ces deux savants sdut les f<»ndateurs de la jdiilologie magyare : tous ceux qui en Europe s'occupent de la grammaire comi)arée des langues ouralo-altaïques, leur sont redevables. Iluhfalvy, qui a commencé par l'étude des langues classi(|Ues. est surtout remarquable comme ethnographe; les revues qu'il a dirigées
^imimrmeÊmmm'mmmmfr'ifi'ffmimmmmmim
[Lliujiiistlquc éiicujiiaiC. I8r><j-1801, los Mc/iioircs phil'jloi/iqii.cs, à partir (ic 18(»*2 . l'édilion des œuvres de Rejjfuly sur les Vogouls et surtout son Kthiiof/raplifc f/r la JlOét{/rii\ tômoignent d'uue con- Daissauec aitprdrondie du vogoul, de rostjâk, du liiordwi]!, dv resthoiiioii, du lapriu et même du turc. Hunfalvy est un idiilologue sairacc doublé d'un historiL'ii qui a détiuit bioii des léirendes et qui a déeliiliré mieux ({ue personne Tori^^ine des races multiples qui habitent le sol lion;jrois. Ses travaux scientifu^ues où il a rérutc les assertions des savants roumains nuiriteraient d'être connus en France. Son ouvrage posthume : JUstolrc des Roi'inainS (1894, 2 vol.; est comme le résumé de ses travaux sur l'origine de ce peuple et de sa langue, son histoire jusqu'au comiuencement du xvir siècle, et fait autorité dans le monde savant qui, libre de préjugés, sait apprécier la valeur de l'historien.
Budenz, d'origine allemande, a appli(pié à la famille ougrienne la méthode iihibtb'gique rigoui-euse de sori pays nalal. Son Dictionnoirc cojnparc J((hi(/rois-of(f//iOii contient la phonétic^ue et toute la grammaire de cette famille de langues : il a donné une grammaire finnoise et mordvine. Son enseignoment à l'Université a formé réc« de jdiilolngi(pie hongroise actuelle. — Hunfalvy et Budenz ont trouvé un adversaire dans le célèbre ethnographe Arminius V.\MiiKUY 'né en 1832 , d<»nt les voya^res dans le Turkcsian sont connus de toute TKurope. Dans ses nombreux travaux philologi(pics il a voulu démontrer la parenté étroite du Imngrois
■■■■iPVV^PP
avec les langues turco-tarlares. La grande ressemblance des institutions politiques et militaires, des croyances religieuses, des mœurs et des coutumes, des occupations primitives, des aptitudes intellectuelles des deux races semblent lui donner raison; mais les preuves philologiques sont moins convaincantes. Dans son dernier ouvrage, Forniaiion ci développement de la race inafjyare (1895; l'auteur est moins aflirmatif sur le problème linguistique, mais il avance avec beaucoup de hardiesse qu'il n'y a pas de peuple jdus mélangé au point de vue ethnique que les Hongrois, et il démêle avec beaucoup de sagacité en quoi chaque race a contribué à la transformation de ce peuple nomade. Quoi qu'il en soit, Vâmbéry est un des grands représentants de la philolugie turque, non seulement à Budapest, mais en Europe. Ses nombreux travaux sur l'Asie centrale font autorité dans les périodiques anglais et allemands. Son travail sur la Race turqiœesi un des meilleurs ouvrages ethnographiques *.
1. Louvrag'e d<? Vâmbéry sur VOrigiue des Magyars '^paru ég-aleuient en allemand, 1882) est comme la synthèse de ses attaques contre les théoriciens de la parenté finno-ou^Tienne. Deux des nombreuse? controverses entre Vâmbéry et Hunfalvy ont été traduites en français dans la. E^vue internationale de Gubernatis 1886}. — Los études sur l'ethnographie et la philolog-ie ouralo-altaïque ont ou en France un or^-^ne. mais seulement pendant trois ans. dans la Revue de philologie et d'ethnographie de Ujfalvy 1875-1877} qui contient de nombreux articles des savants mag^'ars.
Aujourd'hui, ces études sont complt"'temcnt néglig'ées chez nous. On ne s'en occupe morne pas autant qu'au temps de
ly
A ces voyageurs renommés il convient d'ajouter le nom de Jean Jerney qui a exploré lancien Etelkoz ^ cette dernière station de la race magyare avant d'arriver en Hongrie. Son Voyage oriental est plutôt intéressant pour l'ethnographie que pour la linguistique. Gabriel Bâlint, professeur à l'Université de Kolosvâr, a exploré les bords de la Volga et a séjourné parmi les Mongols. Ses travaux linguistiques ont été édités par l'Académie.
Les études de philologie magyare sont actuellement très fliirissantes ; on commence même à les introduire dans les Universités allemandes. Dans le domaine de la grammaire magyare proprement dite, nous pouvons mentionner les auteurs du Grand Dictionnaire liistoriQue de la langue : Gabriel Szarvas et Sigismond Simonyi. — Szarvas est le rédacteur du Syelvor {Gardien de la langi'.e:
Ménajro qui, dans llniroduclion do son Diciionnaii-c èttjiuolO' ffigue, a notioincni siparé le honjrrois des idiomes ^eruiani(|ues et slaves. « Par le fréquent couimerce, dit-il, que j'ai eu avec eux les Hon;.; rois pondant plusieurs années, ayant taché de pénétrer à fond ce que ce pouvait être que cet idiome si diiïéreni de tous les autres de l'Kurope, je los ai convaincus qu'ils étaient Scythes tlori^-ino, ou du moins que leur lan^e était une des branches de la scythique, puisqu'à l'égard de l'inflexion elle avait rapjjort à celle des Turcs qui constamment l)assaient pour Scythes, étant oii^-inaircs du Turquestan et de la Transoxiane ; et qu'outre cela les prépositions de ces deux lanj^'-ues. aussi bien que de la Géor^-ionne. se mettaient toujours après leur régime, contre Tordre de la nature et la signitication de leur nom. »