Paris, Hachette
Beaucoup de poètes lyriques dont nous avàns parlé font partie de cette .ociété; son critique d art est SztNi et la revue La Couronne contient des ti-avaux de quelque valeur. Le culte de Petofl nest pas sou but exclusif. Ou vient de fonder pour ce a, eu Transylvanie, une revue qui, à l'instar du Gœlhe- Jahrbwch, ne soccupe que du grand poète.
Ces deux sociétés littéraires ont donne, depuis 1880 une phvsionomie toute nouvelle à leurs séances; raainieuant, lelite de la population s y rend et les poètes trouvent là un auditoire empressé à applaudir poésies et nouvelles. Le secrétaire de la Société KisfalmUj, Zoltàn Beothy, a même lintention dorganiser, pendant 1 hiver, des conférences, dont le produit serait employé à l'impression détudes littéraires, a la fondation de nrix et à la rémunération des conférenciers, chose toute nouvelle pour la Hongrie. Toutes les «éancos des sociétés littéraires sont jusqu ici gratuites. La capitale possédant maintenant un public assez riche, Beothy veut tenter dmtroduire les conférences payantes.
Jetons maintenant un coup dœil sur les autres sociétés savantes. De même qu'on peut être académicien en habitant la province, on peut être membre des autres sociétés savantes sans résider dans la capitale. La province possède même quelques sociétés qui ont surtout pour but de cu"ver larchéologie ou Ihistoire locale, comme les Sociétés archéologiques du sud et du nord de la Hongrie a Sodété des antiquaires de Vajda-Hunyad, la Société
province commonee à <!^ "f'^mw. Ja ne ou cen„.alisa,K,n ir^lAndo^lT"""'- '"• "^^'^""^^ '^
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î- Voy. plus haut p. 2:,.
de son existence, la Société historique a révélé plus de documents pour l'histoire hongroise que tout le
siècle précédent.
LAcadémie a confié, dès lors, la publication des archives historiques à cette société qui publie, en outre, depuis 1878. le Ilozai oJilcvèliâr dirigé par Dcâk.Emoric et Jules Xagy. On y classe les diplômes trouvés dans les cent trente-quatre archives compulsées jusqu'ici. L'organe de la Société, les Szâzadon (Siècles), est une revue historique digne de tous les éloges. Le comité comprend les plus grands historie''ns du pays et cette revue compte quinze cent soixante-quinze membres ou abonnés.
La Socicic géographique fut fondée, en 1872, par Jean Hunfalvv, Vambéry, Antoine Berecz, Déchy et Auguste Tôth. Himfalvy en fut le président jusqu'à s'a mort ^^^^ - 1^^ secrétaire Berecz, qui rédige les Foldrajzi Kozlcmcnycli, ovQaine de la société. Un résumé de cette revue est publié en français, en allemand, en anglais et en italien; ellereçoit près de troi^ cents revues géographiques de tous les pays du monde. Depuis 1883 la société publie, outre les vova"-es des géographes hongrois, la traduction des prînc'ipaux voyages faits par les étrangers. Elle encouraae les ouvrages ethnographiques de Janko, secrétaire actuel de Fa Société, sur la Transylvanie. Sous la présidence de Loczy, elle prend une part active à la description scientifique du lac Balaton. — Elle compte cinq cent quarante membres *.
1 Avant la fondation de cette Société, beaucoup de voyageurs hongrois ont publié des récits intéressant la géogra-
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LA VIE SCIENTIFlQrE 375
l'ues * et la seule qui donne, depuis douze ans, un tableau complet de la littérature philologique en France. Cette société cultive surtout les langues classiques, quoique les langues orientales et étrangères ne soient pas exclues de son programme. Grâce à la commission de philologie classique qui fonctionne depuis 1883 au sein de l'Académie, elle a pu élargir le cadre de son activité. Elle compte environ six cents membres.
La Société pédagogique est toute récente; son organe. Magyar Pacdagogia, est publié sous la direction de Jean Csengeri et s'occupe activement de l'étude des réformes à l'ordre du jour dans renseignement secondaire et supérieur. Les professeurs d'enseignement secondaire forment également une société dont l'organe fut rédigé d'abord par Névy, puis par B. Alexandcr. Les professeurs de lycée en sont les collaborateurs ordinaires.
La plus ancienne des sociétés scientifiques est la Természettudomânyi Târsulat. Le volume magnifique de 831 pages, qu'elle a publié en 1892 lors de son cinquantenaire, montre avec orgueil l'immense travail qu'elle a accompli depuis que Bugât l'a fondée en 1841 ^ Elle compte aujourd'hui sept mille
1. Supplément de la Bévue de philologie, qui compte juste le même nombre d'années que le Kôzlbny.
2. C'était une triste époque pour les sciences en Hongrie; le pays était comme isolé du reste de l'Europe savante. Les jeunes gens qui voulai'ent s'instruire à l'étranger en furent empêché par tous les moyens; la censure arrêta les livres et on raconte que le mathématicien Bôlyai dut attendre dix-neuf
sept cent cinquante membres, c'est dire qu elle est richement dotée et peut entrer en comparaison arec 1 Académie des sciences. Son président actuel est Coloman Szily, le secrétaire Leng vel. Outre de nombreux travaux originaux et la publication de .a revue, la société a fait traduire les œu^Tes de Darwm, Huxley. Tyndall, Helmholtz, Lubbock Elisée Reclus (L^ Terrc\ Topinard [Anthropologie) etc., et publie toute une série douvrages populaires' L Association cfcs médecins et naturalistes hongrois fut fondée la même année que la Société scientifique. Son but était de tenir, tous les ans ou tous les deux ans, un congrès dans une ville de la Hongrie, d'éveiller l'intérêt pour les sciences naturelles et médicales et de publier en volumes les mémoires lus pendant la session. Cette société élit son bureau au moment du congrès. A part les années de la Révolution et de la Réaction ,1848- 1862), elle s'est réunie régulièrement. Elle a tenu amsi vmgt-sept congrès, ayant comme adhérents de deux cents à douze cents membres. Un comité central, dont le siège est à Budapest, prépare les travaux; ce comité se compose de cinquante membres résidant dans la capitale et de vingt-cinq résidant en province. L'Association publie un volume après chaque congrès; le dernier, vingt-septième rédige par les secrétaires Lakits et Schachter' contient quarante et un mémoires de médecine,'
ans avant do pouvoir se procurer un volume do Gauss Le pavs "ui-m?mr' '"'' ''^'''' "^^ ÉTOuvernoment, se tira d afîaires
immaiiÊÊÊÊtàÊtiÊBimiÊàÊmtÊimiÊimmt^i^mtttiÉÊÊÊÊÊmmtÊÊÊumiÈÊÊ^Ê
neuf d'histoire naturelle, six d'économie politique et les discours 501 p. . Au compte rendu des congrès s'ajoute une série de monographies au nombre de soixante-quinze.
La Socictc (irologiquc, fondée en 1850, a pour organe le Foldtant Kozh'my ; le président était Szabù, actuellement M. Buckh: les secrétaires Staub, un paléontologiste de mérite, et Zimàn3'i *. La société a une commission pour l'étude des tremblements de terre dont le rapporteur est Schafarzik, pour la Hongrie proprement dite, et pour la Transylvanie Koch. Le nombre de ses membres est de quatre cents *.
Mentionnons encore la Société des architectes et ingénieurs à Budapest et la Société des Carpathes, l'ondée en 1873 dans le but d'une exploration scientifique de ces montagnes.
Telles sont les Sociétés savantes qui développent la vie intellectuelle du pays. Les nombreuses revues et les journaux répandent aussi l'instruction sous ses diverses formes; leur nombre et leur valeur se sont accrus considérablement depuis 1867. Nous n'avons pas l'intention de les énumérer ici, la
\. Ost un ouvrage français, Le voyage minèralogique et géologique en Hongrie pendant Vannée 1818 de Beudant (4 vol. 1822), qui a- <c\i- le point de départ de l'étude du sol hongrois.
2. La Hongrie possède également une station centrale de météorologie et de magnétisme, qui est en rapport avec dix stations du pays et reçoit les bulletins de soixante et une stations de l'étranger. En 1891 elle a publié le dix-neuvième volume de ses Annales.
liste en serait trop lon^^ue. Constatons seulement d'après les statistiques de Szinnyei qu'il y avait en 1893 : 699 journaux et revues dans le pays, 354 paraissant dans la capitale ; il y avait, en outre, 187 journaux et revues en allemand , slave, roumain, français (2) et italien; il y en avait 20, journaux ou revues, en 1854, 65 en 1862, 80 en 1867, 146 en 1870, 368 en 1880 et 636 en 1890. Tout ceci montre que la Hongrie rattrape le temps qu'elle avait perdu par suite des circonstances politiques et autres. L'instruction publique se répand également beaucoup depuis trente ans; le pays sera de plus en plus apte à remplir sa mission civilisatrice. Il reste à examiner comment l'enseignement est organisé en Hongrie depuis l'école primaire jusqu'aux universités; nous aurons ainsi tracé un tableau, sinon complet, du moins sommaire de la vie intellectuelle du peuple hongrois.
Les indications sommaires que nous avons données jusqu'ici sur l'enseignement ont montré qu'on peut distinguer; dans le développement des écoles hongroises, quatre phases bien distinctes. Au moyen âge jusqu'à la Réforme, en Hongrie, comme dans le reste de l'Europe, l'instruction est aux mains du clergé ; l'enseignement est donné en latin et seulement à une élite. Les nombreux ordres religieux que les rois magyars accueillaient avec tant de bienveillance se répandaient sur toute la surface du territoire. A la mort du dernier descendant des Arpâd [1301) on trouve, outre les couvents des Dominicains et des Minorités, 45 couvents de Bénédictins, 22 de l'ordre de Prémontré et 27 maisons de Cisterciens. Ces ordres se recrutaient parmi les étrangers; des moines allemands, français et italiens apportaient de leurs pays res-
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pectifs les méthodes denseii^iiement qui se perpétuaient de génération en génération. Les rois et les diètes n'intervinrent nullement dans la direction des écoles: pour renseignement supérieur on prit modèle d'abord sur Paris et Bologne, puis sur les universités allemandes. L'unité de l'enseignement catholique disparut avec la Réforme : nous entrons dans la deuxième jihase. L'école devient un terrain de lutte religieuse et politique. Nous avons pu constater les efforts incessants des deux partis, la suprématie acquise par les protestants dont les écoles sont beaucoup plus nombreuses que celles des catholiques. Les premiers envoyaient fréquemment leurs futurs professeurs dans les universités de Wittemberg, de Heidelberget de Tubingue, plus tard à Leyde et à Utrecht, pour qu'ils s'inspirent des méthodes pratiquées dans ces hautes écoles et pour qu'ils reçoivent l'instruction que la Hongrie ne pouvait leur donner. Ces jeunes gens, revenus dans leur pays, étaient pleins de zèle et d'enthousiasme; ils devinrent ainsi de hardis novateurs et firent des écoles protestantes des stations d'expériences pour leurs essais pédagogiques. On ne put jamais imposer à ces établissements l'uniformité de plan. Les écoles des protestants étaient cependant plus prospères que celles des catholiques. Les Jésuites, en Hongrie, n'ont pas suivi d'autre méthode que dans l'ouest de l'Europe: leur Ratio studiorum était strictement appliquée non seulement chez eux, mais par les autres ordres. Leurs méthodes ne changeaient jamais, de sorte que leur stabilité per-
pétuelle leur fut tout aussi nuisible que le changement incessant des Réformés. On peut aussi reprocher aux Jésuites d'avoir presque totalement néjiligé la langue nationale, leurs érudits écrivant toujours en latin, tandis que les Réformés écrivaient plutôt en hongrois.
Le règne de Marie-Thérèse marque le début de la troisième période qui s'étend jusqu'à l'époque du dualisme, où la Hongrie devient enfin maîtresse de ses écoles. La grande reine comprit la première qu'il est de l'intérêt de l'État de diriger l'enseignement; que, pour former ses futurs citoyens, ses médecins, ses avocats et ses professeurs, il faut que les établissements soient surveillés par le gouvernement. Toutes les réformes dans le domaine de l'instruction publique, en Autriche comme en Hongrie, se rattachent à son nom. Elle ne fit du reste que suivre l'exemple donné par son adversaire Frédéric H, roi de Prusse, dont les lois scolaires ont inspiré les siennes. Aidée par des conseillers, comme van Swieten pour la médecine et les sciences, Charles Martini pour la philosophie et le droit, Rautenstrauch pour la théologie, elle créa l'enseignement donné par l'État, surveillé et administré par lui : Tersztyânszky et Uerményi feront bénéficier la Hongrie de ses réformes. En 1774, la reine institua la Commission « in nogotio studiorum », promulgua, en 1877, \îi Ratio cducationis qui, modifiée en 1806, devint la base de l'instruction publique en Hongrie *.
1. En voici le titre : Ratio educaiionis publics totius- Que Rei Lxtcrarise pcr Regnum Hungariœ et provincias
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Quoique la Batio n-ait jamais obtenu force de loi dans tout le royaume, elle fut suivie par les écoles catholiques, tandis que les protestantes ne l'acceptaient qu'en partie.
Une des gloires du règne de Marie-Thérèse est la fondation de renseignement primaire. Auparavant, récole primaire n'avait pas d'existence propre, l'enseignement du latin commençait trop tôt. dès .que l'enfant savait lire et écrire. Les communes étaient seules chargées de l'instruction primaire: or, dans la partie sud de la Hongrie, dévastée pendant des siècles par les Turcs, des comitats entiers étaient dépourvus d'écoles. C'est là et dans les contins militaires que le gouvernement établit pour les habitants du culte grec-oriental les premiers établissements d'instruction primaire. Dans le reste du pays Marie-Thérèse fit appel à la générosité des communes et des nobles, les conjurant de ne pas laisser sans instruction les enfants des serfs qui ne pouvaient pas quitter leur village. Sans décréter par une loi la durée de la scolarité, la reine recommanda d'envoyer les enfants à l'école à partir de six ans jusqu'au moment où leur développement physique permet de les employer aux travaux des champs. La commission qu'elle institua divisait les écoles primaires en trois catégories : les écoles de village (vernaculae scolae comparatae ad pagos , les écoles des petites villes (oppidanae vernaculae scolae et celles des grandes
eidem adncxas. L.'\ promirrc a paru à Vienne, la seconde a Budc.
ùMMttaytMHiia
LA Vm SCOLAIRE 385
villes (urbanae vernaculae scolae;. Dans les écoles primaires supérieures (primariae vernaculae scolae) furent formés les instituteurs. La première école normale primaire fut fondée à Pozsony. Le pays fut divisé eu huit régions scolaires ; à la tête de chacune délies fut placé un directeur. Un neuvième district fut créé pour la Croatie. Mais l'argent manquait pour l'entretien de ces écoles et l'instruction primaire n'était pas obligatoire. La suppression de l'Ordre des Jésuites, dont la fortune s'élevait à environ 10 millions, senil à former le fonds des études fundus studiorum) dont les revenus, gérés par l'État, furent exclusivement employés pour l'instruction. Le règne de Joseph II fut surtout favorable à l'instruction primaire. L'empereur voulait un enseignement pratique qui conduisit la jeunesse aux carrières industrielles et commerciales. Cependant la réforme concernant l'usage exclusif de la langue allemande dans les écoles et dans l'administration souleva des tempêtes. La Diète de 1700-1791 dut s'occuper des doléances des Hongrois. Il fut décidé que l'enseignement serait donné en magyar, mais les décrets restèrent lettre morte car le personnel enseignant, soit par routine, soit par incapacité, continuait à professer dans ce latin culinaire qui plaisait tant aux classes dirigeantes. Les protestants seuls, dont la môme Diète a confirmé l'autonomie scolaire, firent des efforts très sérieux pour enseigner toutes les matières en hongrois.
Il est vraiment surprenant de constater l'inertie
des écoles au moment de la belle éclosion de la poésie et de la prose hongroise et de la fondation de l'Académie. Le temps que le pays a perdu ainsi est incalculable. Tandis qu'à l'étranger on organisait les écoles professionnelles [Rcalschulcn pour l'enseignement pratique de l'industrie, du commerce et de l'agriculture, en Hongrie on se contentait, jusqu'à la Révolution, des méthodes vieillies qui ne correspondaient plus aux exigences du temps. C'est une des causes du retard de la Hongrie dans le domaine économique. Après la Révolution, la culture nationale commence enfin à se faire jour dans les écoles, mais il y eut encore une interruption douloureuse en 1850, année des réformes du ministre autrichien Thux, jusqu'en 1861 M'hun est considéré, avec raison, en Autriche, comme le grand réformateur de l'enseignement; en Hongrie, ses réformes étaient acceptées de mauvaise grâce à cause du coup qu'elles portaient à la langue nationale ; elles n'en furent pas moins la base de l'instruction. L'Entwicrf obtint force de loi, il devait être appliqué dans toutes les écoles désireuses d'être reconnues par l'État et autorisées à délivrer des certificats. La base de ces réformes est la création des RcalscJndcn. En allégeant par ce moyen le gymnase délèves qui ne restaient que
1. VEnUcnrf der Orrjanisatioii dcr Gymrwsien und lienlschtûeri iti 0cstcn-cïch,])3ir\icn 1819. a obtenu force de loi en 1850. Avec quelques modifications apportées en 1861 et 1871, il était en vigueur ju?(iu a la loi de 188.3 (jui a or^'ariisc détlnitiveiocnt ronseiLrncnient secondaire.
trois ou quatre ans sur les bancs de l'école, Thun fortifia l'enseignement classique. Les cours du gymnase, divisé en gymnase inférieur et supérieur, devaient comprendre huit années; le grec devint obligatoire à partir de la troisième année ; à côté de l'allemand, langue olîicielle, on accordait quelques heures au magyar. Les Écoles professionnelles devaient servir de préparation aux Écoles techniques (écoles centrales des arts et métiers, etc.), et aux différentes branches de l'industrie, de l'agriculture et du commerce. Les cours complets comprenaient six années, mais il y avait des villes avec des écoles de deux, trois ou quatre classes. Ces établissements végétaient assez longtemps en Hongrie ; même les élèves qui avaient suivi le cours complet furent trouvés trop faibles à leur entrée auPohiechnicum.Les professeurs de cet établissement préféraient de beaucoup les élèves sortis du gymnase, quoique ceux-ci fussent au début assez médiocres en géométrie et .en dessin.
Bien que les réformes de Thun aient réorganisé l'enseignement secondaire, les Hongrois étaient mécontents de la part, trop faible à leur gré, faite à la langue nationale. Ils obtinrent enfin, en 1861, un commencement de satisfaction par l'ordonnance royale qui décréta que dans les régions magj'ares le professeur de hongrois serait professeur de classe, que ce serait lui qui, au moins dans les deux premières années, enseignerait toutes les matières ; que l'histoire de la Hongrie serait traitée au point de vue national et non au point de vue autrichien
d'après lequel tous les héros de la liberté étaient traités de rebelles ; que le grec serait enseigné seulement dans le gymnase supérieur 5-8 années) et qu'on accorderait à la langue et à la littérature hongroises, au lieu de une ou deux heures, quatre ou cinq heures par semaine.
Il convient de remarquer ce fait important que l'impulsion donnée à l'étude du magyar fut le signal des doléances des autres nationalités. Comme le fait remarquer M. Klamarik \ tant que la langue latine dominait dans les écoles, c'est-àdire jusque vers 1844 et pendant- la période de réaction où l'on introduisit l'allemand en laissant chaque nationalité libre d'enseigner aussi sa langue propre, on ne s'apercevait presque pas qu'il y eût en Hongrie, à côté des Magyars, des Allemands, des Slovènes, des Ruthènes, des Serbes, des Roumains et des Saxons. Les réclamations de ces diverses nationalités s'accentuèrent à chaque réforme que lit le gouvernement hongrois dans les écoles pour assurer la suprématie de la langue magyare. Il serait désirable que l'entente se fasse enfin et que l'œuvre tnireprise depuis le dualisme puisse s'achever au grand profit de tous sans distinction de race et de religion.
1. A magyarorazngi kozèpiskoldk vjahh szervezete (La nouvelle org'anisation des écoles d'enseignement secondaire hongroises), Budapest, 1893. — Nous exprimons ici tous nos remerciements à IV-minent directeur de l'enseignement secondaire en Hong-rio pour les nombreux documents officiels qu'il a bien voulu mettre à notre disposition au cours de ce travail.
I. — Tout ce que la Hongrie moderne a fait dans le domaine de Tinstruction publique date de 1867. On peut déjà constater de louables effoiHs avant le dualisme ; mais dans un pays qui n'a pas son autonomie scolaire, dont les programmes sont dictés par un peuple voisin, il ne peut y avoir qu'un semblant de vie, non un développement régulier correspondant aux aspirations nationales On s'imagine difficilement quelles difficultés de tout ordre il fallut vaincre avant d'arriver à imposer une certaine uniformité à l'enseignement public. Avant 1867, l'État ne s'occupe pas de Yct^scigncmcnt primaire ; il n'a à cet effet aucun crédit dans son budget, il ne pense pas à construire une seule école, même dans les contrées où le besoin s'en fait sentir ; le nombre des enfants qui n'apprennent ni à lire nia écrire dépasse de plus de la moitié le chiffre total de la population scolaire. Chaque commune, il est vrai, a le devoir de fonder et de soutenir son école. Mais il ne faut pas oublier que la commune hongroise ne présente pas cette homogénéité ethnique et religieuse qui existe en France ou en d'autres pays. Chaque confession aime mieux avoir sa petite école avec un maitre choisi par elle que de voir ses enfants, dès leur bas âge, communiquer avec les autres. Il n'y a que dans les lycées que ces différences seffacent tant soit peu, les villes ne pouvant avoir toutes plusieurs lycées, et l'instruction religieuse, qui occupe une si large place dans les préoccupations desparentspourle< jeunes enfants, étant
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réduite à deux heures par semaine dans les établissements d'enseignement secondaire. Il arriva donc souvent que chaque communauté religieuse avait son école primaire. Le curé était en quelque sorte l'inspecteur des écoles catholiques et y enseignait tous les jours le catéchisme ; les instituteurs, formés pour la plupart dans les écoles normales dotées et surveillées par les évoques étaient leurs subordonnés, rédigeaient les actes officiels de l'Eglise, chantaient aux oflices et sonnaient le carillon. Le pasteur fit comme le curé et le rabbin comme le pasteur.
Le premier soin du ministère après le dualisme fut de mettre un peu d'ordre dans ce chaos. Il ne faut pas croire que le baron EutvOs ait pu changer d'un coup de baguette l'état de l'enseignement primaire. Il est l'auteur de la loi XXXMII de Tannée 1868 qui règle en 148 paragraphes l'organisation des écoles primaires. Les déclarer tout à coup laïques, gratuites et obligatoires, il n'y fallait pas songer. La Hongrie ne possède pas des ressources permettant des réformes aussi radicales. D'autre part, il était impossible de retirer aux communes l'autonomie religieuse qui leur est garantie par les lois. Mais ce que le noble baron a fait est cependant digne de son grand esprit. Cette loi permit à ses successeurs de faire intervenir dans les écoles l'intérêt de l'Etat, de combattre les menées panslavistes et d'exercer par ses inspecteurs primaires une surveillance étroite. Si l'on parcourt l'énorme volume que MM. LÉv.w, Mori.in et Szuppân, tous
trois attachés au ministère de rinstruction publique, ont publié en 1893 *, on est étonné des soins minutieux que l'Etat apporte à régler tout ce qui concerne l'enseignement primaire.
Les trois ministres qui se sont succédés depuis le dualisme : Eutvus (18G7-1871), Trefort (1872-1888) et Csâky (1888-1894), ont apporté chacun leur pierre à l'édifice : EutvOs par la loi de 1868, Trefort par les ordonnances de 1879 concernant l'enseignement du hongrois dans les communes non-magyares, et Csàky en s'occupant de toutes les questions d'hygiène scolaire, des traitements des instituteurs, de l'augmentation du fonds de retraite, et en élaborant les plans détudes des écoles normales primaires. De sorte qu'aujourd'hui l'instruction primaire est assise sur des bases solides et montre tous les ans des progrès sensibles depuis l'École maternelle, que la loi de 1891 a pour ainsi dire créée, jusqu'à l'enseignement primaire supérieur *.
L'instruction primaire est obligatoire pour chaque enfant hongrois de 6 à 12 ans ; ceux qui, à l'âge de 12 ans, cessent d'aller à l'école pour entrer dans les ateliers ou pour s'occuper des travaux des champs, sont obligés de suivre le cours du soir
1. A magyarorszôgi nèpoktatâsugy (L'instruction primaire en Hongrie), 1 voL 906 p.
2. Le ministère publie tous les ans la statistique de l'enseignement national à tous les degrés. De nombreux extraits de ces rapports sont publiés par ses soins dans Isl Revue intervationale de Venseigneinent (Paris, Colin) depuis 1881. Nous y renvoyons tous ceux qui cherchent de plus amples détails.
jusqu'à rage de 15 ans. Les écoles primaires, selon rimportance de la commune, ont 1, 2, 3 et jusqu'à 6 instituteurs ; les règlements établissent les programmes pour chacune de ces écoles. Les élèves qui veulent entrer dans l'enseignement secondaire quittent l'école primaire après quatre auiiées d'études. Les lycées hongrois n'ayant pas, comme ceux de France, de classes primaii^es, tout enfant est obligé de passer par l'école primaire, qui, d'ailleurs, n'est pas gratuite. Elle n'est pas partout laïque, car l'État reconnaît quatre sortes d'établissements : ceux des confessions qui se conforment aux prescriptions ministérielles pour les programmes, pour les traitements des instituteurs et pour l'hygiène scolaire ; ceux des communes, que les enfants peuvent fréquenter sans distinction de religion ; ceux à l'entretien desquels la commune et l'État concourent, et finalement les écoles primaires de l'État. Outre les écoles primaires, il y a encore deux sortes d'enseignement primaire supérieur : la première, appelée fclsohh ncpiskola; la seconde jioUjàri ishola. Peut entrer dans la première tout élève ayant subi son examen à la fin des six années d'études; les garçons y restent pendant trois ans, les filles pendant deux ans ; le but de ces cours est de donner aux futurs agriculteurs des notions très exactes sur les travaux des champs et de préparer, d'autre part, de bons artisans; les jeunes filles y apprennent les travaux à l'aiguille. Des locaux spéciaux pour les travaux manuels sont joints à ces
écoles \ Peut entrer dans là polgàri iskola tout élève qui a fait quatre années d'étude dans une école primaire et qui ne veut pas se destiner aux carrières libérales. Ces cours ont quatre années. Les villes qui, après 18G8, avaient fondé de telles écoles, croyaient pouvoir en faire de petits gymnases ou des Realschulcn. Tel n'était pas le but du législateur ; c'est pourquoi un rescrit ultérieur de l'année 1879 a nellement défini le programme des éludes dans ces établissements. Ils sont destinés aux jeunes gens qui, sans pouvoir suivre les. cours des lycées, veulent acquérir cette instruction moyenne qui est indispensable dans certaines carrières. A cet effet, on doit continuer l'étude de la langue maternelle et y ajouter une langue vivante, les sciences mathématiques, l'histoire naturelle et la chimie, l'histoire et la géographie. Ces cours préparent en outre aux cours spéciaux des arts et métiers où le diplôme de maturité (baccalauréat) n'est pas exigé, puis aux écoles forestières ; ils donnent accès aux fonctions subalternes dans les différents ministères, dans les postes et les télégraphes; ils préparent aux écoles de com-
1. En 1S91, il y avait 287 cours de ce genre avec 48,650 élèves ; les ateliers attachés aux écoles étaient au nombre de 65, le produit des travaux manuels montait à 80,399 florins; le nombre des élèves i)articipant à ces travaux était de 2,-176, dont 1,130 t'arçons et 1,346 filles. 151 instructeurs dirigeaient les élèves. Les instituteurs chargés de renseignement du dessin ont la faculté de vonir, pondant les vacances, dans la capitale où des cours spéciaux leur sont faits. \
merce et par leurs cours de dessin et de modelage à l'École nationale de dessin. Les meilleurs élèves de ces cours peuvent se perfectionner en suivant ceux du Musée de technologie qui existe depuis quelques années à Budapest. L'importance de ces établissements est très grande, car c'est sur le terrain économique et industriel que la Hongrie est restée longtemps en retard et tributaire de l'étranger. Former de bons ouvriers pour toutes les branches de l'industrie, rendre le fils du paysan apte à tirer tout le profit possible de ses terres et pousser la jeunesse à étendre les relations commerciales vers l'Orient, voilà le but de cet enseignement technique. Eutvôs Ta entrevu et Trefort, dont la haute compétence dans les questions économiques était reconnue par tout le monde, Ta sans cesse poursuivi. Déjà, dans les premières années, on est arrivé à des résultats dignes d'éloges que, du reste, les commissaires des expositions industrielles à Paris et dans d'autres villes d'Allemagne n'ont pas marchandés à la Hongrie.
Les progrès de tous genres accomplis dans l'instruction primaire sont dignes de remarque. On pourrait les comparer à ceux que nous constatons en France depuis 1870. Certes, la Hongrie ne possède pas les ressources financières de la France ; aussi le budget de l'État ne représentc-t-il qu'une faible part des dépenses, la plupart des communes entretenant leurs écoles sur le budget local. Néanmoins, on constate qu'en 1809, l'instruction primaire n'était pas dotée et qu'aujourd'hui (1893)
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1 ,673,492 florins sont inscrits au budget outre les subventions (162,000 Û.) accordées aux communes.
En 1809 sur 2,284,741 enfants qui auraient dû fréquenter l'école primaire 1,152,115 (50,42 0/0) seulement ont reçu Tinstruction, tandis qu'en 1891 sur 2,591,370 enfants, 2,117,582 (81,71 0/0) Tont reçue ^ Cette population scolaire se répartit ainsi pour la nationalité : hongrois : 1,125,992 (86,52 0/0) ; allemands : 315,281 (93,85 0/0); roumains : 244,289 (58,77 O/O; ; slovaques : 281,796 (83,25 0/0) ; serbes : 61,047 (80,51 0/0 ; croates : 38,102 (81,02 0/0); ru- Ihènes : 51,078 (06,26 0/0). 11 y a 16,619 écoles primaires, 234 écoles primaires supérieures, pour garçons et 17 pour jeunes filles, en tout 16,870; sur ces écoles 14,311 (84,18 0/0) sont mixtes, 1,204 (7,14 0/0) sont destinées uniquement aux garçons, et 1,355 (8,03 0/0) aux jeunes filles. En 1869, il y avait en tout 13,798 écoles ; en 1881, 15,922. Sur les 16,870 écoles, 812 appartiennent à l'État, 1,934 aux communes, 5,471 aux catholiques, 2,166 aux catholiques grecs, 1,823 aux grecs orthodoxes, 2,388 aux réformés, 1,430 aux luthériens, 48 aux uniates, 578 aux israélites, 220 sont des écoles libres '.
Nous n'étudierons pas les programmes dans l'éla-
1. Malgré tous les efïorts,lGs derniers rapports ministériels constatent que 214 communes n'ont pas d'école et que 1,757 doivent envoyer leurs enfants dans la commune voisine. On propose pour les fêtes du Millénaire la création de 400 écoles, ce qui comblerait en partie cette fâcheuse lacune!
2. N'oublions pas les 881 écoles maternelles qui ont gai-dé 73,827 enfants.
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boration desquels on a suivi les meilleurs exemples de rétranger, sans perdre de vue les exigences locales. Disons seulement que dans les contrées où l'élément slave ou roumain domine, on n'impose nullement la langue magyare, comme le font entendre les adversaires de l'état actuel des choses; renseignement est donné en slave ou en roumain, TEiat exige seulement que l'instituteur sache faire un cours complémentaire de hongrois que les élèves doivent suivre ; cela, afin que les plus intelligents d'entre eux, s'ils veulent entrer dans les carrières libérales, puissent suivre les cours des lycées où la langue de l'enseignement est le hongrois, rarement le slave ou le roumain. En outre. TEtat exigeant que tous les fonctionnaires sachent le magyar, le législateur a tenu à ce que dans les^ écoles non-magyares le hongrois soit enseigné en même temps que la langueparticulière *. Le nombre des instituteurs et institutrices est de 25,133 dont 21,695 hommes et 3,438 femmes. En 1869, il y en avait 17,792 et en 1881, 20.024.
Pour former les instituteurs et les institutrices la loi prescrivait que les Écoles nornialcs eussent une organisation spéciale ; elles ne devaient passe confondre avec les séminaires et chacune d'elles devait être pourvue d'une école primaire annexe bien organisée où les futurs instituteurs puissent
1. Du reste, sur le nombre des instituteurs 93.55 0/0 savent le hongrois et 6,45 0/0 seulement l'ig-norent; pour ceus-ci I Eiat organise des cours spéciaux et récompense ceux qui font le plus de progrès.
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s'exercer. Les établissements laïques de l'État sont des modèles à proposer aux écoles confessionnelles ^ Il y a actuellement 71 écoles normales primaires dont 25 à TÈtat (18 pour instituteurs et 7 pour institutrices: ; les catholiques en ont 24 '14-10';, les grecs 4, les grecs orthodoxes 4, les réformés 3, les luthériens 10 ^ Les instituteurs juifs sortent tous de l'École normale de Budapest dont la communauté israélite a fait une institution de premier ordre. La plupart de ces établissements préparent seulement au brevet des instituteurs ; ceux de la cajiitale aux cours industriels et aux écoles primaires supérieures. Pour ces dernières, d'ailleurs, l'État et les villes trouvent assez de professeurs de l^cée non placés pour accepter les emplois.
Le nombre des candidats était, en 1892, 3,117, des candidates 1,418 ; il y avait 085 prof esseurs ou chargés de cours.
L'État exerce une surveillance assez étroite sur les écoles primaires par ses 64 inspecteurs et 24 aide- inspecteurs. Dans les écoles entretenues par l'État ou subventionnées par lui, ils sont les
1. Surtout le Paedagoyinm de Budapest, cette vaste cité scolaire où tout ce qui touche à l'enseignement primaire, primaire supérieur, aux travaux manuels, à l'agriculture, se trouve réuni.
2. Ces écoles n'ont pas d'internat, comme en France, excepté le Paedngogium où 120 élèves sont internes. Cependant on accorde beaucoup de bourses ox d'autres secours. Le nombre dfs élèves n'est pas limité.
intermédiaires naturels entre les directeurs et le ministère; dans les écoles des différentes confessions, ils se rendent compte si les règlements administratifs concernant les programmes, les locaux. et Thygiène sont observés, si on n'enseigne pas des doctrines contraires à la sûreté de l'État. Il y a, en outre, dans chaque commune, une commission scolaire de neuf membres, nommée par la inunicipalité et dont le prêtre respectif et un des instituteurs désigné par ses collègues font partie.
Le ministre Csâky a fait des efforts louables pour l'amélioration du sort des instituteurs : par la réorganisation du fonds de retraite, il leur a donné une sécurité qu'ils n'avaient pas auparavant ; c'est lui qui a fixé à un minimum de 300 florins les traitements de tous les instituteurs, à quelque école qu'ils appartiennent. Il va sans dire que l'État et les grandes communes payent de 400 à 600 florins, mais le minimum légal a paru nécessaire à M. Csâky pour que l'instituteur ne soit pas obligé de se charger de besognes peu dignes de son caractère ofl^îciel.
L'Association des instituteurs de Budapest, fondée en 1878. fait également tout ce qui est humainement possible pour relever le niveau intellectuel et moral, la situation matérielle de ces modestes serviteurs pour lesquels le pays ne pourra jamais faire assez de sacrifices, surtout s'il veut assurer le sort des veuves et des orphelins. Le premier président de l'association, Havas, l'ancien inspecteur de Budapest. Antoine Zichy, puis des hommes
du mérite de Lederer, Alex. Pélerfy et Lakits, ont contribué à faire prospérer cette association dont le vœu le plus ardent est d'établir sur tout le territoire Técolo communale telle qu'elle existe en France et de supprimer Técole confessionnelle qui ne répond pas aux aspirations libérales du pays. Le vote des lois ])olitico-ecclésiastiques entrainera sans doute cette réforme radicale qui ferait disparaître peu à peu Tantagonisme des nationalités et des confessions.
II. — Les difficultés qui résultent, au point de vue de l'enseignement primaire, delà concurrence entre les diverses nationalités du rovaume, sont moindres pour YcûscUjnctiicnt secondaire. Le magyar n'est langue oflicielle que depuis le dualisme; anciennement on enseignait en latin, puis en allemand, souvent dans les deux langues à la fois. A partir de 1811, époque où l'on décréta l'usage du hongrois, seuls les professeurs, très patriotes, se servaient de la langue nationale dans leurs cours. Après la Révolution, nous constatons de nouvelles tentatives de germanisation et jusqu'au dualisme il n'était pas rare de voir employer les trois langues à la fois dans le même établissement. Même la loi XLIV de 1868, que le baron E«Uvos fit voter, laissait aux confessions la faculté de choisir la langue de l'enseignement dans leurs collèges; ce n'est que Trefort qui, aans la loi de 1883-XXX, introduisit la. réforme générale. D'après cette loi, la langue de l'enseignement est partout le hongrois: même dans les lycées où Télé-
meni allemand, slave ourouniaiu domine, la langue hongroise doit être enseignée ; le cours d'histoire littéraire, dans les deux dernières années, doit être fait en cette langue: tous les professeurs d'enseignement secondaire, qu'ils passent leurs examens à Budapest ou à Kolosvâr, doivent faire jireuve de connaissances en langue mag} are.
Au moment où celte loi organique de l'enseignement secondaire fut votée, les Saxons firent entendre leurs doléances dans la presse allemande ; mais ils virent bientôt que les exigences du gouvernement hongrois n'avaient rien d'exorbitant et l'entente se fit sans trop de peine.
Les lycées autonomes des confessions ne présentent aucune dilliculté. Il est vrai que l'Ktat ne peut imposer ses programmes et ses méthodes qu'aux établissements purement laïques et aux établissements catholiques entretenus par le fonds des études, nommés yi/nuiascs catltoliques. Les Ordres religieux non subventionnés par l'État, les luthériens et les réformés, peuvent appliquer des programmes élaborés par leurs commissions scolaires. Néanmoins, la loi organique de 1883, qui a complètement réformé les gymnases et les Rcalsch^'lcii, et dont les instructions s'inspirent des derniers progrès de la pédagogie, fut acceptée sans hésitation jtar les Ordres religieux. Ceux-ci, d'ailleurs, vivent en bonne intelligence avec l'État ; nous voyons que l'abbé de Pannonhalma, chef de la maison-mère des Bénédictins, est président du conseil supérieur de rinstnicli<^u
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publique; d'aiilres membres des Ordres religieux sont inspecteurs.
Une certaine opposition se manifesta plutôt de la part des réformés qui, pour garder intacte leur autonomie, refusent même les programmes les plus rationnels. Ayant le droit de conférer les diplômes de maturité, ils peuvent se soustraire aux programmes de l'État ; mais au fond, ce n'est pas le choix d'un auteur ou la distribution du temps qui les fera sortir de la léi!alité et ils sont trop patriotes pour faire jamais intervenir l'étranger dans leurs querelles domestiques.
Puis cette diversité des programmes et des méthodes n'est pas faite pour effrayer les ministres. L'un d'eux, dans une allocution récente, a développé cette idée juste, que le progrès n'est nullement entravé par la diversité des plans d'études; qu'au contraire, de l'émulation entre les établissements de l'Élat et les établissements confessionnels, il ne peut sortir que du bien. On voit que la lutte qui existe en France entre l'Université et les établissements libres, est inconnue en Hongrie.
La loi organique de 188.3 est le fruit de longues délibérations qui ont duré de 1871 jusqu'en 1879. Eotvos, après avoir organisé l'enseignement primaire à tous les degrés, voulait appliquer l'ancien système dos lycées hongrois en trois cours, c'est-àdire une trifurcaiion ; mais il n'eut pas le temps de faire aboutir son projet, la mort vint le frapper au milieu de ses travaux. Pauler, qui n'a géré le
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miuistère que pendant quelques mois, apporta quelques modilicalions au plan de YEntwurf qui resta en vigueur jusqu'en 1879.
Le conseil supérieur consacra, sous le ministère Trefort, tous ses efforts à mettre les nouveaux programmes, non seulement à la hauteur de ceux des autres pays, mais aussi à faire respecter la nouvelle situation du pa3's, son autonomie reconquise, la place qu'il doit occuper dans la culture européenne. Le secrétaire du Conseil supérieur était alors Maurice Karman, pédagogue de grand mérite, qui connaît à fond les réformes scolaires des autres pays et a le sentiment net des exigences des temps modernes. — Il contribua largement à l'élaboration des programmes. Les deux volumes d'instructions qui accompagnent la loi de 1883, sont dus en grande partie à sa plume alerte et fine. Psychologue de haute valeur, il a, le premier, fondé l'enseignement sur des principes logiques et sur la nationalité. Dans le choix des auteurs, dans les anthologies qu'il a inspirées, la jeunesse retrouve partout le développement historique du peuple magyar et de sa littérature. Kârmân a créé, pour ainsi dire, la littérature scolaire et les livres classiques magyars. Anciennement, on se contentait de la traduction des livres allemands, sans voir les graves inconvénients de ce procédé. Grâce à l'activité infatigable de Kârmân, les écoles hongroises possèdent maintenant des séries d'ouvrages indisjK'Usables pour donner à l'enseignement cette unité et ce cachet national qu'il n'avait pas autrefois. Par sa revue
liistrucfwn magyarej il a créé un mouvement pédagogique qui est loin d'être achevé. Attaché comme directeur pédagogique au lycée annexe de rÊcole normale de Budapest, il a formé des générations de bons professeurs qui ont renoncé à l'ancien système scolastique des leçons récitées machinalement et ont éveillé l'esprit des élèves en leur apprenant à penser par eux-mêmes. Au système des exercices- de mémoire qui pesait sur les écoles hongroises comme un ancien legs des Jésuites, il a substitué une saine méthode psychologique qu'il a fait appliquer par les professeurs de tous ordres. Ce lycée annexe, où passent la plupart des candidats au professorat, car l'École normale de Budapest est ouverte à tous les bons élèves de la Faculté, a eu la meilleure influence sur l'enseignement secondaire en Hongrie. Les Ordres religieux, peu à peu gagnés à ce nouvel esprit, ont compris que cette méthode pédagogique valait mieux que l'ancienne routine. Ils n'ont pas hésité à envoyer leurs candidats à l'École normale et à suivre, au moins dans quelques-unes de leurs maisons, les méthodes qui y sont pratiquées.
Ce qui distingue surtout les programmes actuels des anciens, c'est qu'ils forment un tout indivisible, uni par un enchaiuement logique. Autrefois, à cause de la catégorie denfants qui ne restaient que quatre ans dans les lycées, on divisait les matières en deux parties; les quatre premières années les élèves les apprenaient dans de petits manuels, puis, plus tard, dans de grands; les mêmes matières repassaient
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ainsi deux fois devant leurs veux. Maintenant que les écoles primaires supérieures se chargent de la clientèle qui ne se destine pas aux carrières libérales, les huit années du -yninaso présentent une grande unité: chacune développe lesprit ^elon 1 âge de renfant. L'enseignement a pour base la langue maternelle, autour de laquelle se groupent \os autres connaissances. Il est tout naturel que . ce système habitue les jeunes gens, mieux que par le passe, aux exercices do composition et de style.
Les programmes pour les Rcalschuîcn qui datent de 1884, sont rédigés dans le même esprit: seulement le législateur, considérant que beaucoup d élevés quittent ces établissements après la quatrième année, a formé un ensemble des matières enseignées dans le cours inférieur *.
La réforme la plus importante que les gurnnases aient subi depuis 188:3, est due à M Csakv qui a rendu le grec facultatif. Cette mesure n'étonnera pas ceux qui connaissent les Ivcées honc^rois Les résultats qu'on obtenait au bout de quatre ans d études étaient bien maigres. Parmi les professeurs eux-mêmes, bien peu sont de bons helléïustes. Etant donné qu'un élève hongrois doit connaître à fond au moins une ou deux langue< étrangères s'il veut aller compléter son instruction
1. Ln ^uo dos eirvcs qu. voudraiont embrasser les carrièro«; libérales apr.s avo.r fait leurs études dans les écoles rcole< on a institué des cours facultatifs de latin.
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à lélrauger uu seulement faire ses études supérieures, ou conviendra que la suppression du grec obligatoire n*a rien d'anormal. Les futurs professeurs de lettres et d'histoire continueront à s'exercer dans cette langue ; pour les autres élèves, elle est remplacée par deux branches d'études bien dillerentes : les dispensés, ou bien feront plus ample connaissance avec la littérature nationale, liront des auteurs magyars qui n'ont pu prendre place dans les programmes olliciels et les chefsd'œuvre grecs dans des traductions, comme on le fait dans notre enseignement moderne, ou bien ils s'exerceront au dessin géométrique et linéaire. Dès la première année de cette réforme (1890) 300/0 des élèves de la 5*" année * ont déserté le grec; en 1891, il yen avait 37,6 0,0 et en 1892, 49,4 0/0.
Le même ministre, par contre, a eu l'heureuse idée d'engager les professeurs de grec à faire pendant les vacances une excursion en Grèce, ce que bien peu d'entre eux avaient fait auparavant. La première caravane , composée de trente et un membres, s'est mise en route en 1803 et vient de publier un beau volume sous le titre : GOrOg fOldOn [Sur la tci^rc grecque] qui contient seize mémoires et présente un certain intérêt au point de vue archéologique et philologique.
1. Los clasgos des écoles d'onsoig-nenient secondaire en Ilon^aie s'appellent : preunère, seconde, etc~. jusqu'à la livHicme. Avec celle-ci le? f^tudes sont finies.