‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 10 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vent possible parmi les membres u bienpensants»j|s,Ja noblesse h.Qj^^oise, qui y casa tous ses fruits secs et tous ses enfants ayant mené une existence ora^jeuse. Pour remplir les emplois inférieurs, il fallait recourir cependant aux réserves de la bourgeoisie des pays héréditaires autrichiens, d'où arrivaient en phalanges serrées ces bureaucrates de profession à qui la causticité populaire donna le sobriquet de « hussards de Bach » . Leur qualité d'intrus, leur mission plus ou moins déguisée de faire de la propagande en faveur du pangermanisme, les rendirent particulièrement odieux aux yeux des Hongrois, pour qui ils auraient pu servir au contraire d'exemple en démontrant l'infériorité flagrante du système électif de l'administration départementale auparavant en usage, et les aptitudes politiques de l'élément démocratique.

Leur impopularité ne fit que s'accroître quand ils furent complétés par l'introduction de la gendarmerie, remplaçant au point de vue de la sécurité publique, assurément avec avantage, les anciens » pandours » départementaux, mais jouant aussi le triste rôle de délatrice politique. Créée le 18 janvier 1850 par un rescrit impérial, elle ne commença à fonctionner que vingt mois après et déplut de suite souverainement aux Hongrois à cause de son uniforme, rappelant celui de l'infanterie russe, à laquelle ils attribuèrent justement la défaite de leur armée. S'étant aperçu du reste que la présence des gendarmes était toujours trahie par leurs casques, dont le scintillement annonçait de loin leur arrivée, le peuple les appela des « râles » et ne se crut pas fautif en protégeant contre eux les vagabonds, parmi lesquels — à côté des détrousseurs de chemins — il y avait toujours quelque ex-honvéd (1), déserteur ou recrue récalcitrante, persécuté. D'après le paragraphe 44 de leur règlement, il suffisait pour la condamnation de l'inculpé qu'un gendarme déposât contre lui, en invoquant le serment qu'il avait prêté au moment de son entrée dans le corps politico-policier. Et comme les récompenses augmentaient avec

(1) On appelait des honvéds — défenseurs du pays — les soldats du Parlement (1848).

l'importance de la condamnation, il était tout naturel que les accusations fussent toujours plutôt aggravantes.

D'ailleurs les délits de contravention fournissaient déjà à eux seuls un chapitre infini; car Bach ne se faisait aucun scrupule d'inonder le pays de ses ordonnances variées, paraissant en allemand et adressées par paquets aux autorités, qui, vu leurs flots montants et n'ayant aucune envie de s'égarer dans le dédale de leurs dispositions, généralement peu appropriées au caractère indépendant des Hongrois, les laissaient tranquillement s'entasser, sans en prendre connaissance. La plupart de ces ordonnances se rapportaient à la perception de plusieurs contributions indirectes, avant 18-48 complètement inconnues en Hongrie, telles que timbre, monopole du tabac, etc. Ce fut un rescrit du 4 mars 1850 qui institua l'impôt foncier; il fut perçu sur la base du rendement du sol — d'après les indications recueillies en 1824 — et du profit tiré des bâtiments. Dans sa répartition, l'absolutisme aveugle et stupide chercha un moyen pour récompenser les contrées « bien pensantes » et pour punir les populations compromises. La Transylvanie fut si durement taxée que plus tard on se vit obligé de diminuer les évaluations de son cadastre. En goûtant l'humus, les « mâcheurs de mottes » (lôld kostolèk) accomplirent une œuvre politique, provoquant une avalanche de protestations et de réclamations (1).

Des ordonnances de police prohibaient aussi le port de certaine forme de chapeaux d'hommes et d'une certaine couleur de plumes les ornant, parce qu'on les appelait des " chapeaux et des plumes de Kossuth » , et défendaient de conserver par devers soi une arme quelconque, — sans excepter les lames des sabres complétant le costume d apparat hongrois, — tandis qu'on régla par des lettres patentes l'abolition de l'aviticilé — l'inaliénabilité des propriétés nobiliaires — ou la création des obligations indemnisant les propriétaires pour les pertes subies par suite de l'affranchissement de leurs serfs.

A ce sujet, le gouvernement autrichien ne fit qu'exécuter les

(1) Ekksics, GfS/TAv, I Ferencz-Juzscf es Koru. Pa^je kZk et pussim.

Page 1