CHAPITRE PREMIER
au suprême degré décevante, puisque, dans leur inl'atuation infinie, les ministres omnipotents ne voulaient tenir aucun compte des représentations patriotiques d'un comte Georges Apponyi, l'ancien chancelier hongrois, ou d'un comte Emile Desewffy, d'un Paul de Somssich, les savants publicistes, qui, au milieu du fracas sinistre avec lequel la Hongrie vaincue s'était abattue, et des clameurs outrageantes des vainqueurs, ne craignirent pas d'élever leurs voix en faveur des droits séculaires de la nation. Efforts vains et stériles : pour pouvoir réaliser le rêve d'une Autriche unifiée, il fallait avant tout anéantir la Hongrie indépendante ainsi que sa Constitution, tache dont Schwarzenberg et Bach s imposèrent l'accomplissement incontinent après la cessation des hostilités, avec 1 aplomb d'un ignorant et la désinvolture d'un aventurier.
Pour être exact, il faut remarquer ici que la suppression politique de la Hongrie remontait de fait au 4 mars 1849. Ce fut ce jour-là que le prince Schwarzenberg, grisé par les avantages remportés en Hongrie par le prince Windisch-Graetz, fit publier la nouvelle Constitution de l'Autriche, Monarchie constitutionnelle, héréditaire, unifiée, dans laquelle on accorda à toutes les races les mêmes droits pour développer et cultiver leur nationalité et leur langue. Dans la nomenclature des pays appartenant à la couronne autrichienne, on vit figurer séparément les royaumes dalmate, croate et esclavon, les rives croates de l'Adriatique, la ville de Fiume, le royaume de Hongrie, le grand-duché transylvanien, y compris la " terre des Saxons » avec plusieurs départements redétachés de la Hongrie et réincorporés en Transylvanie, et finalement les Confins militaires, c'est-à-dire des pays appartenant tous à la couronne de saint Etienne, ne pouvant être énumérés un à un et de cette manière qu'avec une intention hostile à l'égard de la Hongrie.
D'ailleurs, dans les 128 paragraphes de cette Charte octroyée, il Y en avait d'autres encore pour attaquer ouvertement la souveraineté et l'indépendance absolue de cette dernière, notamment ceux qui instituaient un Parlement impérial, qui confiaient le gouvernement des diverses provinces à des gouverneurs, qui désignaient Vienne pour devenir le siège de la Cour de cassation pour toute la Monarchie, et qui déclaraient caduques les dispositions de la Constitution hongroise ne concordant pas avec celles de cette Constitution datée d'Olmûtz, et signée par François-Joseph.
Si elle n'a jamais fonctionné, elle a eu cependant une influence considérable sur les événements, car ayant exaspéré l'opinion publique en Hongrie, elle a rendu possible en 1849 la proclamation de la déchéance des Habsbourg par le Parlement de Debreczen. C'était précipiter l'intervention de la Russie, discréditer complètement la cause hongroise devant l'Europe monarchique et augmenter la scission déjà si funeste entre Gôrgey et Kossuth.
D'autre part, grâce à cet ouvrage mort-né de la camarilla, abusant à la fois des intentions les meilleures du jeune empereur et de la crédulité de son peuple, Bach, devenu ministre de l'Intérieur en juillet 1849, put commencer sans retard le bâillonnement, l'asservissement et le dépouillement de la Hongrie. Pour récompenser le zèle des Serbes, il la démembra encore plus que la Constitution impériale du 4 mars, en créant la " Vayvodie serbe " de plusieurs départements méridionaux du pays. Et afin que l'élément magyar ne put avoir aucune prépondérance dans la Hongrie proprement dite elle-même, il la divisa en cinq districts, avec autant de chefs et de chefs-lieux de districts, de chefs de corps d'armée et de gendarmerie, de directions de finances et de cours d'appel. Cinq était aussi le nombre des districts créés en Transylvanie; seulement on n'y conserva pas comme en Hongrie les noms des anciens départements, devenus des « territoires » , avec la ville saxonne de Nagy-Szeben (Hermanstadt) pour capitale. On plaça à la tète des départements et des territoires des préfets, et à celles des arrondissements des sous-préfets, en les recrutant le plus sou-