CHAPITRE V
tinent en l'aggravant par des considérations qui condamnaient hautement roccupation. D'autre part, Sziâvy déclara à ses électeurs qu'il était impossible de ne pas soutenir l'armée, mais qu'après la campagne il faudra bien qu'on prenne une décision à l'égard du gouvernement. Beaucoup plus sérieux était le coup porté au cabinet par la démission de M. de Széll (le 3 octobre), à qui on devait déjà plusieurs réformes financières importantes, mais aux veux de qui 1 ajournement du rétablissement de l'équilibre budgétaire, nécessité par les dépenses de la mobilisation et les frais de la guerre, prenait la proportion d'un manquement à la parole donnée, au programme financier tracé dans son exposé de 1877. Délicatesse d'honneur excessive, qui aurait pu rester incompréhensible sans la grande correction de son attitude qu'il a gardée pendant les vingt et un ans de son éloignement du pouvoir, tout en conservant la confiance absolue de son souverain, l'estime et l'affection de ses collègues de la Chambre, où il représente depuis 1869 toujours la même circonscription électorale.
Commencée sous des auspices semblables, la législature de [878 n'était rien moins que rassurante pour le ministère. Dès le début, il fallait que M. de Tisza combattit un projet d'adresse présenté par Sziâvy, dans laquelle il s'abstint de faire la moindre allusion au gouvernement et ne parut attendre une solution heureuse des difficultés pendantes que de la sagesse de la couronne, C était forcer le cabinet de poser la question de confiance, qui lui eût valu une défaite certaine, tant à cause du mécontentement général qu'à cause de la personnalité si sympathique de Sziâvy. Mais le comte Apponyi ne sut pas maîtriser sa fougue juvénile et demanda le rejet du projet afin qu'on pût émettre un vote net de méfiance contre le gouvernement. Alors M. de Tisza eut beau jeu à démontrer h ses partisans hésitants que c était le libéralisme et non pas son gouvernement qu'on visait. Grâce à cette explication, le projet de Sziâvy fut rejeté et on vota celui du parti gouvernemental avec vingt-deux voix de majorité. Quant à la motion de l'extrême gauche de mettre en accusation le gouvernement, elle ne recueillit que 95 voix sur 270 votants. Pour
neutraliser Tinfluence de Szlàvy, M. de Tisza le fit d'abord nommer ministre des finances communes, ensuite président de la Chambre des députés hongroise à la place de Ghyczy. Il mourut en 1900 comme gardien de la couronne, très avancé en âge et universellement regretté.
Après la démission de M. de Széll, M. de Tisza offrit à François-Joseph celle du cabinet tout entier, mais elle ne fut pas acceptée. Alors, se sentant raffermi au pouvoir, il procéda à un remaniement partiel du ministère en confiant le portefeuille des finances au comte Jules Szâpâry et celui du commerce au baron Gabriel Kemény. Le ministère de la justice avait un nouveau titulaire aussi depuis le 1" juillet 1878. Théodore Pauler, le successeur immédiat du baron Eôtvos à l'instruction publique de 1871 à 1872, y était cette fois-ci, en sa qualité de juriste éminent, tout à fait dans son élément. Maintenant il fallait répondre avant tout aux interpellations concernant la situation future des provinces occupées. D'accord avec le comte Andrâssy, qui parla dans le même sens aux délégations, M. de Tisza répudia toute idée d'annexion, qui ne pourrait être prononcée qu'avec le consentement du Parlement. Il ajouta même que la Monarchie était prête à se retirer une fois ses dépenses restituées par la Turquie et ses intérêts sauvegardés par la situation générale de la péninsule balkanique. Beaucoup par ces arguments, plus par le fait de la prompte pacification des provinces occupées, l'excitation de l'opinion publique se calma alors graduellement en apportant à M. de Tisza la satisfaction d'être de mieux en mieux apprécié en haut lieu. Or, comme les faveurs qu'on lui accorda, coïncidèrent justement avec la lente mais constante consolidation de la Hongrie, tandis qu'en Autriche, avec la chute du parti constitutionnel et l'arrivée au pouvoir du comte Taaffe, on vit s'inaugurer un système parlementaire sophistiqué, qui ne pouvait aboutir tôt ou tard qu'à une faillite du constitutionnalisme, il y eut de la part de la réaction, pendant le ministère de M. de Tisza, une dernière tentative — à vrai dire occulte — pour arrêter l'épanouissement de la politique hongroise, instinctivement Hbérale. A cet effet on se servit,