‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 102 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

comme de tout temps, des nationalités, soit individuellement, spécialement de leurs représentants dans l'armée commune, soit de leurs masses compactes ou de leurs institutions, permettant l'action collective.

Ce fut ainsi que l'on put assister en Croatie à des mouvements antimagyares, malgré les succès reuiportés par les modérés aux élections générales de 1878, quand le parti de Startchevitch — c'est-à-dire le parti des ultras — ne vainquit que dans huit circonscriptions. On y envisageait généralement l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine comme une mesure transitoire devant préparer leur incorporation dans un royaume slave méridional. Ces rêveries, secrètement suggérées et entretenues, étaient d'une telle nature qu'elles empêchaient de considérer comme stables les relations de la Hongrie avec la Croatie tant au point de vue de leur bien-être qu'à celui du développement normal de l'État hongrois. On s'y berçait plutôt dans l'espoir de bouleversements futurs, et on regardait le lien constitutionnel comme an obstacle qui n'avait que le caractère d'une union passagère. Partant de là, il est aisé de comprendre comment a pu arriver l'affaire des écussons en 1883. La foule ameutée ne voulait pas admettre à Zàgràb — dans cette quasi capitale de ce quasi royaume — que l'on plaçât sur la façade de la direction des finances un écusson portant les armes de la Croatie sur lequel on avait inscrit aussi en langue hongroise la désignation du bureau. Or la direction financière n'étant pas une direction croate autonome, une inscription croato-hongroise commune y est tout à fait motivée. A la suite de cette affaire d'apparence insignifiante, il y eut une fermentation extraordinaire dans tout le pays. Le comte Pierre Pejacsevics, bàn de Croatie depuis 1876, après avoir rendu son portefeuille de ministre pour la Croatie à Coloman de Bedekovich, se crut obligé de donner sa démission, et on envoya en Croatie comme commissaire royal, avec de pleins pouvoirs exceptionnels, le général de division baron Ramberg. Le calme ne s'y rétablit que longtemps après. Le comte Khuen-Hédervàry, le nouveau bàn, y inaugura un régime de conciliation avec succès, et c est incontestablement à ses qua-

lités d'homme d'État de premier ordre et à son activité pleine de tact que Ton doit principalement l'apaisement graduel des contrastes qui y prédomine depuis.

Une grande catastrophe eut le privilège d'attirer l'attention du monde sur la Hongrie en 1879, année (jui devait avoir au contraire un caractère particulièrement gai à cause des noces d'argent de François-Joseph et de l'impératrice-reine Elisabeth. La ville de Szeged (en allemand Szedegin) fut presque complètement détruite par linondation (nuit du 11 mars), mettant une population de 50,000 âmes dans le dénùment le plus complet. Leur détresse immense, que François-Joseph et la Monarchie tout entière furent les premiers à soulager, excita la compassion de tous les peuples civilisés. On organisa partout en faveur des sinistrés des souscriptions dont le montant, joint aux recettes des fêtes de charité données à leur intention, notamment celle de l'Opéra de Paris, qui rapporta à elle seule 250,000 francs, permit la prompte reconstruction de la ville, qui est maintenant une des plus belles du royaume, — monument à jamais mémorable, proclamant les bienfaits de la solidarité humaine I

Ce fut le 7 octobre de la même année que le comte Andrâssy et le prince de Bismarck signèrent à Vienne le traité d'alliance entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Il est purement défensif, puisque le casus fœderis n'entre en vigueur que : 1° si l'un des deux Empires venait à être attaqué par la Russie, 2" si une autre puissance attaquante était soutenue par la Russie. Ce traité, qui avait été conclu pour quatre ans, fut renouvelé avant son expiration et sans fixation de délai. L'idée fondamentale du prince de Bismarck avait été d'eu faire le point de départ d'une sorte d'alliance constitutionnelle entre l'Allemagne et la Monarchie austro-hongroise; mais cette combinaison ne put se réaliser, les Hongrois y faisant des objections que les hommes d'État ne réussirent pas à vaincre (1).

(i) L'empereur Guillaume et son règne, par Éilouard Simon. Paris. 1886. Page 457.

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