‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 105 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tait pas moins de neuf cents membres, c'est-à-dire tous les descendants mâles des familles de la noblesse titrée, parmi lesquels bon nombre ne fournissaient aucune garantie pour l'exercice des droits que lui accordait la Constitution.

Mais si le projet, à l'argumentation sérieuse duquel on ne sut opposer que les phrases stéréotypées de quelques sots préjugés, subit l'humiliation d'un rejet pitoyable, il ne manqua pas moins de devenir la cause déterminante pour la réforme de la Chambre des magnats (1885). On en écarta tous les membres des familles titrées qui ne payaient pas au moins 3,000 florins d'impôts directs. Mais afin de ne pas faire une trop brusque transition en prenant pour critérium la situation financière des anciens ayants droit, une fois pour toutes on fit la concession à la Chambre nouvellement constituée d'en retenir cinquante par voie d'élection. A côté des membres de l'épiscopat catholique, — où les évèques in partibus infidelium ne figurent plus, — on admit aussi le haut clergé des autres religions, tandis qu'on réserva à la couronne le droit de créer des membres à vie, avec la restriction toutefois que leur nombre ne puisse pas dépasser cinquante, selon la proposition du comte Andrâssy, et contrairement au projet plus démocratique de M. Tisza, qui voulait porter ce chiffre à cent cinquante.

Pendant cette période il y eut plusieurs changements dans le cabinet. Le ministère du commerce passa des mains de Thomas Péchy dans celles de Paul Ordody (de 1880 à 1882), et ensuite ce fut le baron Kemény qui le prit, pourlaisser le ministère de l'agriculture au comte Paul Széchenyi (1882 à 1889). Le portefeuille de la défense nationale passa successivement au baron Orczy, au comte Gédéon Râday (de 1882 à 1883), encore au baron Orczy et finalement au baron Géza Fejervâry, qui s'en est chargé en 1884 et qui en est détenteur encore aujourd'hui, à la plus grande satisfaction du chef suprême de l'armée, du Parlement et des honvéds, qui lui doivent une organisation, un équipement et armement, ainsi qu'un esprit de corps patriotique, qui ne laissent plus rien à désirer.

Avec l'affermissement du pouvoir de M. de Tisza progressa, on peut le proclamer sans hésitation , le développement

matériel du pays ainsi que le bien-être des populations. Gir-^ constances qui, notamment au point de vue de la question des nationalités, produisent une influence des plus salutaires sur la situation générale de la Hongrie. La consolidation définitive du système parlementaire, — non pas par le remplacement, mais par l'absorption d'un parti par l'autre, — la défaite du panslavisme dans la dernière guerre d'Crient, le règlement des difficultés avec les Saxons de la Transylvanie, une répartition rationnelle du territoire du royaume parmi les départements existants ou nouvellement créé ., l'enseignement de la langue hongroise devenu obligatoire, et surtout la manière énergique avec laquelle M. de Tisza sut défendre l'idée de l'État hongrois, portèrent rapidement leurs fruits. De là ce régime sans exemple dans les annales parlementaires, qui dura pendant quinze ans consécutifs et dont le caractère autoritaire rappelle le régime de M. Piouher sous le second Empire, naturellement avec la constitutionnalité irréprochable en plus de M. Tisza.

A.\i milieu de ce calme plat de la vie politique, que l'opposition imputa à l'affaissement moral de la Hongrie, la pensée de démontrer au monde les progrès matériels accomplis par le pays depuis qu'il avait recouvré sa Constitution, s'imposa impérieusement au gouvernement. Ce fut en 1842 que Louis Kossuth organisa la première Exposition nationale, et comme elle eut beaucoup de succès, ainsi que les quatre autres spéciales et partielles qui eurent lieu jusqu'à la période dont il s'agit, on se décida au renouvellement de cette présentation solennelle des qualités vitales de la nation. L'article XII de la loi de 1883 ordonna l'organisation d'une Exposition nationale pour l'année 1885 à Budapest. x\yant obtenu le haut patronage de l'archiduc Rodolphe, l'héritier présomptif de la couronne, qui en surveilla les préparatifs avec une attention soutenue, le comte Eugène Zichy et M. Alexandre de Matlekovich, chargés de la réalisation du projet, firent tous leurs efforts pour en rendre l'exécution digne des intentions patriotiques des facteurs constitutionnels. Elle fut ouverte le 2 mai 1885 par François-Joseph, entouré d'un parterre d'archiducs et d'ar-

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