CHAPITRE V
chiduchesses, du corps diplomatique accouru de Vienne et des sommités du pays. L'allocution que lui adressa en hongrois Tarchiduc Rodolphe à cette occasion était déjà en elle-même un succès considérable au point de vue du but que le gouvernement voulait atteindre.
.'Il y a dix siècles — affirma rarchiduc, un exposant luimême, avec l'envoi d'une collection de bois de cerf et d'oiseaux empaillés de la Hongrie — que la nation hongroise se maintient au milieu des fluctuations de sa bonne et mauvaise fortune et qu'elle a fondé une puissante existence nationale sur ce sol conquis par ses aïeux.
« Aujourd'hui les pays de la couronne de saint Etienne se réunissent avec des forces renouvelées dans cette fête de la paix : spectacle splendide, attestant au monde à satiété, ce qu'est devenue la Hongrie pendant un temps relativement court, sous le gouvernement sage, libéral et prévoyant de Votre Majesté, et grâce au patriotisme de la nation !
« Ici nous possédons les indices tangibles de ce progrès aussi intensif que sain, qu'un patriote ne peut contempler qu'avec le sentiment de l'extrême satisfaction.
« Les pays qui sont également gouvernés par le sceptre béni de Votre Majesté salueront avec joie ce progrès de la Hongrie, — tandis que les habitants des contrées étrangères, ayant étudié l'Exposition, payeront un nouveau tribut, avec leur approbation impartiale, au génie et à l'activité des Hongrois. »
Couvert de salves d'applaudissements et d'éljen, la haute signification de ce discours fut six mois après (le A novembre) largement dépassée par celle d'un second, répondant à lallocution du comte Paul Széchenyi.
«Nous pouvons jeter aujourd'hui avec pleine satisfaction un regard en arrière sur notre œuvre, dit alors le protecteur archiduc, — dont avant tout la valeur morale sera pour nous importante, car l'Exposition éveille chez nous la confiance en nous-mêmes, la croyance dans l'avenir de notre développement graduel. Elle a fourni d'autre part à l'étranger le témoignage le plus probant de ce que la Hongrie est devenue dans les der-
nières années, et dans quelle mesure elle a su s'élever au niveau des États civilisés, aussi bien au point de vue des créations littéraires et artistiques qu'en ce qui concerne l'industrie et l'agriculture.
(i Dans leurs efforts juvéniles tendant au progrès, cette Exposition a fourni une étape mémorable pour les pays de la couronne de saint Etienne, et c'est là son principal succès. Quant à nous, qui avons été heureux de pouvoir y prendre part, nous nous trouvons amplement récompensés par la conviction que nous avons servi notre patrie, — notre patrie, au sol sacré de laquelle nous sommes attachés par les liens les plus indestructibles d'un fidèle et filial amour! "
Dites avec un accent chaleureux, ces phrases émurent l'assistance jusqu'aux larmes et provoquèrent un tel enthousiasme que le mouvement spontané du comte Paul Széchenyi d'embrasser la main de l'archiduc Rodolphe devint en quelque sorte l'expression de l'attendrissement général.
Parmi les hôtes venus à Budapest à cette occasion, il faut signaler le prince de Galles et le prince Guillaume de Prusse, — le futur empereur, — ainsi qu'une délégation d'hommes de lettres et d'artistes français, conduits par Ferdinand de Lesseps.
En célébrant le rare jubilé décennal du cabinet de M. de Tisza à l'automne de 1885, ce fut en même temps le zénith de sa carrière que l'on salua. Il s'y maintint encore pendant quelques années, grâce à la force acquise de son autorité et par l'adjonction à son ministère d'hommes de capacités extraordinaires. Mais plus il remportait de victoires utiles et glorieuses pour le pays, plus il exacerbait l'irritation de l'opposition, où le comte Apponyi fit peu à peu tout à fait cause commune avec les éléments les plus exaltés de l'extrême gauche en vue