‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 107 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de l'éloignement du pouvoir de riiomme d État, dont le caractère intègre et la conduite irréprochable ne donnaient prise d aucune manière ni à la médisance, ni à la raillerie. Pour le renverser, Louis Kossuth parvient à faire rentrer dans le parti de V indépendance et de mil huit cent quarante-huit les personnalités les plus hétérojjènes (David Irânyi, Ignace Helfy, Charles d'Eôtvôs, Géza Polonyi, Gabriel d'Ugron) , dont les partisans passent aux élections générales de 1887 en nombre croissant, en introduisant à la Chambre des procédés de discussion peu parlementaires, mais compréhensibles pour les masses qui deviennent leurs auxiliaires dans les rues.

Ce détail fut particulièrement fâcheux, car les élections en question avaient déjà eu lieu d'après les dispositions de la loi de 1886, par laquelle on fit changer la durée triennale des mandats des députés en quinquennale. C'était rétablir une certaine harmonie entre la Chambre des magnats réorganisée et la Chambre des représentants, défendre le dévouement de ces derniers contre les courants éphémères du jour, retarder le retour périodique des luttes électorales ; mais c'était aussi assurer à la violence une impunité durable, permettre aux écarts de langage, aux interruptions malsonnantes de s'enraciner, de se perpétuer.

Et malheureusement ce fut à cette époque qu'éclata dans l'opinion publique l'agitation la plus passionnée sur le point le plus sensible. Les relations entre le peuple etl'armée devinrent le centre d'une irritation extraordinaire à propos de l'affaire de Jansky. Cependant le contraste entre la manière de voir des civils et du corps des officiers est beaucoup moindre en Hongrie que dans les autres États militaires. Il n'y a que les sombres réminiscences delà guerre constitutionnelle de 1848 et 1849, où la nation etl'armée se sont combattues, qui y jette une certaine ombre. La raison en est que l'armée étant une institution commune, ses traditions échappent forcément à l'influence directe du génie national. Néanmoins il ne s'ensuit pas qu'elle soit autant en opposition avec l'opinion publique hongroise que le général-major Jansky voulait le faire croire ostensiblement. Car cet officier avait choisi le 21 mai 1880,

l'anniversaire le plus significatif de la guerre constitutionnelle — la prise d'assaut de la ville de Bude défendue par les troupes autrichiennes — pour faire une démonstration en se rendant au cimetière, entouré de ses officiers, et en y couronnant solennellement le monument funéraire du général autrichien Hentzi, tombé sous les balles des honvéds pendant l'assaut.

Ce réveil plein d'ostentation du souvenir d'un fait d'armes dans lequel les soldats impériaux et les défenseurs de la Constitution étaient aux prises, fut, à la suite d'une interpellation, blâmé par M. de Tisza, qui le traita d'illégal et d'équivoque en faisant allusion à renonciation d'un officier général de l'armée. L'irritation de l'opinion publique, provoquée par l'attitude blessante de Jansky, s'accrut considérablement, quand on apprit la mise à la retraite du baron Edelsheim-Gyulai, l'officier général réprobateur en question, et l'avancement de Jansky. Le calme ne se rétablit qu'après la publication d'un rescrit du souverain, dans lequel il était dit que l'on avait mal expliqué la signification des changements survenus dans le personnel de l'armée, dont l'esprit ne pouvait différer de celui de son chef suprême, qui avait prêté serment sur la Constitution. M. de Tisza saisit cette occasion pour rendre la dénomination de l'armée et de la diplomatie plus conformes aux intentions du créateur du dualisme, en introduisant la conjonction et entre les adjectifs » impériale, royale " , qui ne s'appliquent plus sans et que pour les administrations purement autrichiennes.

Mais cet incident ne se passa pas sans laisser une impression très profonde dans le pays. Le chef de l'opposition modérée, le comte Albert Apponyi, s'en empara pour développer tout un programme au sujet de l'armée. 11 réclama que l'on y fît entrer un fort courant de constitutionnalisme, que l'idée d'un État hongrois y fût mieux respectée et honorée dorénavant, conformément aux principes du dualisme. En adaptant l'éducation militaire au système scolaire appliqué en Hongrie, on ferait la conquête de la jeunesse hongroise au profit du métier de soldat. Il faudraity fonder une institution supérieure pour l'éducation des officiers ainsi qu'une académie militaire.

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