‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 108 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

afin que les jeunes générations y fussent encouragées à suivre la carrière militaire. La Hongrie posséderait ainsi de nombreux représentants dans l'armée, qui de son côté la considérerait comme une nouvelle pépinière d'officiers de valeur.

Or ce fut sur un côté opposé que M. de Tisza dirigea alors tous ses efforts. Il visait le relèvement économique du pays, avec le rétablissement de l'équilibre budgétaire pour corollaire. Pour tenter la solution d'un problème semblable, il eut alors dans son cabinet deux personnalités d'une capacité exceptionnelle, avec lesquelles il pouvait tout entreprendre : le remplaçant depuis 1886 du baron Kemény au ministère du commerce, Gabriel de Baross, et AI. Alexandre Wekerle, d'abord son sous-secrétaire d'État aux finances, tant que M. de Tisza fut le titulaire de ce portefeuille, c'est-à-dire de 1887 à 1889, et ensuite son successeur dans ce même ministère. Théodore Pauler mourut en 1886, et François-Joseph lui avait voué une telle affection qu'il se rendit à son enterrement, honneur qu il accorde le plus rarement possible. Le ministre de la justice suivant, Théophile Fabinyi, resta trois ans en fonction, tandis que ce fut en 1888 que M. de Tisza confia au comte Albin Gsâky le ministère de l'instruction publique, après la mort d'Auguste de Tréfort.

Parmi les créations de la dernière période du cabinet de l'ancien chef du centre gauche, il faut citer la réorganisation du ministère du commerce, due à son titulaire génial de Baross, surnommé le « ministre de fer '> à cause de son activité infatigable et de son énergie légendaire ainsi qu'à cause de son caractère sévère, bien que juste. Il y concentra la direction de toutes les branches de l'industrie, des communications et du commerce et il y traita les questions concernant la poste, le télégraphe, la caisse d'épargne postale, les routes, les chemins de fer, la navigation fluviale et maritime, les canaux avec la même sollicitude fiévreuse. Et après avoir lait racheter par l'État les principales lignes de chemins de fer de la Hongrie, aliénées pour des prix dérisoires par le gouvernement absolutiste, après s'être procuré la possibilité de régler à sa guise les conditions du transport, il fit entrer en vigueur le système

de zones, admiré et imité par le monde entier, à l'aide duquel il arriva à un développement tout à fait inattendu du mouvement des voyageurs, de la circulation et des marchandises. C'est à lui que la navigation hongroise doit son émancipation de la tutelle marâtre de la ville de Trieste. En facilitant la fondation de la Société de navigation à vapeur Adria, de Baross mit le port de Fiume en communication directe avec les centres commerciaux maritimes les plus importants, assurant ainsi des débouchés avantageux aux produits du pays. Il présida également à l'inauguration des travaux entrepris en vue de la régularisation des Portes-de-Fer, sur le Bas- Danube, en vertu d'un mandat international confié à la Hongrie au Congrès de Berlin, en lui accordant en même temps l'occupation de l'île et de la forteresse d'Ada-Kalé, ayant appartenu à la Turquie, qui se trouvent au milieu de la ligne formée par lesdits travaux et conséquemment les commandent. D'autre part il réussit à contre-balancer, à atténuer sensiblement les effets les plus défavorables pour l'industrie et le commerce hongrois du compromis économique avec l'Autriche, renouvelé en 1888.

Dans la même année eut lieu la conversion générale des dettes de l'État, le rachat du droit régalien, — droit inhérent aux propriétés foncières concernant le débit des boissons sur le territoire de leurs communes respectives, — et devenu ainsi un monopole du gouvernement. Grâce à ces mesures financières, la situation économique de la Hongrie s'améliora tellement, qu'au budget de 1889 on put faire disparaître enfin l'hydre du déficit et inaugurer la série des exercices fiscaux présentant des excédents de recettes préli minés. Or celui de l'année suivante en donna vingt-cinq millions de florins sur les prévisions de M. Wekerle, alors déjà ministre des finances. Et ce rétabhssement de l'équilibre budgétaire était d'autant plus méritoire qu'il a fallu faire face pendant de longues années aux dépenses que la politique poursuivie par la Monarchie dans les Balkans, ainsi que les transformations successives opérées dans l'armement de l'armée commune (deux fois en fait de canons et quatre fois pour les fusils de l'infanterie) ont entraînées.

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