‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 109 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Si, malgré des succès semblables, l'opposition ne voulut pas renoncer au ton hargneux et provocant de ses attaques, la cause en était fournie — il faut l'avouer — par certains incidents, dans lesquels on pouvait voir la lassitude, d'ailleurs bien explicable, du président du Conseil. Elle lui attira des échecs moraux, comme la question de l'Exposition universelle de Paris de 1889, dont il fut l'adversaire résolu pour ne pas froisser les sentiments familiaux de la dynastie, atteinte par la Révolution du 1789 dans la personne de la reine Marie- Antoinette, comme le conflit aussi avec la Roumanie au sujet d'une rectification de frontières, où le caractère hongrois de celles-ci n'avait pas été suffisamment accusé, et par suite duquel il fut obligé de passer sous les fourches caudines d'une promesse de ne plus permettre à l'avenir le renouvellement de pareilles violations des droits constitutionnels du pavs.

Qu'il y en eût une dans l'espèce, M. de Tisza ne le crut pas; comme il ne douta pas non plus — d'après ses assertions ultérieures — de l'inconstitutionnalité du paragraphe li de la nouvelle loi concernant la défense nationale. Car, étant absorbé par ses combinaisons en vue du rétablissement de l'équilibre budgétaire, il ne pouvait pas prendre part à la rédaction de ladite loi, et quand il assista au Conseil des ministres où elle fut acceptée en bloc, il ne s'aperçut pas de la différence qui existe entre les paragraphes II et 13 de la loi de 1868 et le paragraphe 14 de la no\ivelIe loi de 1888 se rapportant à la défense nationale. Elle ne se manifeste, à vrai dire, que dans la forme et le style employés, car en réalité la signification est la même dans les uns et dans l'autre; seulement les premiers sont obscurs, tandis que la concision et la clarté du troisième sont remarquables. Il y est dite en substance que la Hongrie s'engage conjointement avec l'Autriche, de fournir le même contingent pour l'armée commune pendant dix ans; que ce contingent ne pourra être élevé ou abaissé par la couronne qu'à l'aide de propositions soumises aux Chambres respectives, et que l'incorporation du contingent ne s'effectuera qu'après avoir été votée annuellement par le Parlement. Malheureusement ce fut la seconde rédaction que M. de Tisza présenta au

souverain et communiqua au gouvernement autrichien en leur promettant delà faire voter parles Chambres hongroises; donc il se sentit moralement engagé à son maintien. D'autre part, ayant eu vent de cet engagement, 1 opposition prétendit que si les textes étaient réellement identiques, il valait mieux garder l'ancienne rédaction quand même, puisqu'elle avait donné de bons résultats pendant vingt ans. Ce fut l'argument principal soutenu par Didier Szilâgyi dans son discours du 23 janvier 1889. Quant au comte Apponyi, il attaqua le gouvernement dès la deuxième journée de la discussion (le 1 1 janvier) et revint encore deux fois à la charge (le 19 janvier et le 18 février.) Il résuma son argumentation dans un projet de résolution où tout en acceptant le principe d'une défense commune de la Monarchie, qui découle de la Pragmatique sanction, il rejeta le projet de loi gouvernemental. 11 y déclara que « si la Chambre des représentants est prête à satisfaire aux exigences militaires légitimes, 1° elle tient en même temps à la totalité des droits et garanties constitutionnels que le pays possède au sujet de la défense nationale sur la base des lois existantes; 2° elle trouve aussi nécessaire que, parallèlement aux réformes purement militaires, soit dans le cadre de la présente loi, soitsimultanémentavec elle, — on réalise dans l'institution de l'armée commune les réformes les plus essentielles qui sont les résultats moraux et pratiques de l'indépendance politique et du caractère national de la Hongrie; et finalement elle se voit obligée de prendre garde à la situation économique et aux capacités contributives de la nation.

u Et comme le projet de loi en discussion ne correspond pas à ce point de vue, notamment ses dispositions concernant la fixation du contingent et de la réserve supplémentaire ; comme elle ne donne pas de garanties aux citoyens hongrois relativement aux examens d'officiers, — s'il leur sera possible de les passer en se servant de la langue de l'État? — comme par l'aggravation du système de volontariat elle compromet la carrière des jeunes gens fréquentant les établissements de l'enseignement supérieur, et conséquemment elle atta(jue le capital intellectuel de la nation; comme elle ne contient pas des

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