CHAPITRE V
éclaircissements au sujet des conséquences financières du projet non plus : la Chambre des députés ne l'admet même pas pour la discussion générale, mais elle invite au contraire le gouvernement à en présenter un nouveau, duquel les illégalités signalées seront éloignées et qui pourra au contraire satisfaire aux desiderata cités.
« Et comme dans l'organisation de l'armée commune il v a l'éducation militaire, qui se trouve en dehors du cadre du projet de loi et qui n'est d'accord ni avec la situation politique de la Hongrie, ni avec l'esprit de l'enseignement public hongrois; et comme ce manque d'accord est redoutable non seulement au point de vue national, mais aussi parce qu'il entrave le développement souhaitable des énergies militaires du pays et affaiblit aussi conséquemment la défense commune, la Chambre des députés invite encore le gouvernement à entreprendre d'une manière efficace une telle réforme du système de l'enseignement militaire, à l'aide de laquelle on puisse mettre d'accord dans une proportion ultérieurement fixée une partie des institutions de l'enseignement militaire avec le svstème de l'enseignement public de la Hongrie, tant au point de vue delà langue employée qu'au point de vue de l'esprit de l'éducation, et de l'informer des résultats obtenus par cette initiative.
« Et en tant que tout ceci ne soit pas exécutable jusqu'à la fin de l'année 1889, la Chambre des députés est prête à adopter la prolongation temporaire de l'application des lois en vigueur. »
C'était le paragraphe 25 du projet qui contenait la disposition incriminée relativement aux examens d'officiers. On devait y répondre en allemand et si un jeune homme, ayant fait son volontariat d'un an, y était rejeté, il fallait qu'il fit une seconde année de service. Aussi M. Gabriel d'Ugron prétendait-il que c'était une tentative folle pour germaniser le pays, que les ministres ne comprenaient pas le génie hongrois, dans lequel on voit la science occidentale réunie à l'imagination orientale.
M. de Tisza et le baron Fejérvâry prirent deux fois la parole
pour démontrer que le compromis de 1867 ayant reconnu la nécessité de l'armée commune, il fallait admettre qu'elle ne pouvait être qu'une armée unifiée, et comme telle elle exigeait dans son service l'emploi d'une seule langue. Apprendre cette langue est donc une nécessité absolue pour les volontaires d'un an dans leur qualité d'officiers futurs. D'ailleurs les dispositions prises concernant le volontariat visent l'accroissement du nombre des officiers et le développement des qualités des officiers de réserve. La seconde année n'est pas une punition, mais elle fournit l'occasion aux jeunes gens qui ne sont pas devenus officiers de se faire nommer au moins sous-officiers. Pour le président du Conseil et son fils M. Etienne de Tisza, le paragraphe 14 de la nouvelle loi était absolument identique aux paragraphes 11 et 13 de l'article XL de la loi de 1868, conséquemment il contenait autant de garanties pour le maintien de la Constitution que les anciens. En 1868, on ne souleva même pas la question de la langue de l'armée commune, car on savait que c'était l'allemand. Quant à l'objection du comte Apponyi, qui, se servant d'une énonciation du ministre des honvéds, avait prétendu qu'objet d'un compromis entre le gouvernement autrichien et le gouvernement hongrois, le paragraphe 14 devait différer de l'ancienne rédaction, M. de Tisza remarqua avec beaucoup de justesse que le maintien d'un accord antérieur exigeait tout autant le consentement mutuel des contractants que la formation d'un nouveau.
Mais ces plaidoiries étaient trop abstraites pour calmer l'excitation de l'opposition et surtout de l'opinion publique. Elle se laissa entraîner à des manifestations d'abord platoniques, mais qui dégénérèrent bientôt en voies de fait à l'égard des députés appartenant au parti gouvernemental, qu'on insultait et frappait même aux abords de la Chambre. Vers les derniers jours du mois de janvier, M. de Tisza devint presque la victime d'une agression : ayant guetté sa voiture, la foule se mit à sa poursuite, et sans l'apparition subite de la police, elle l'eût certainement renversée.
Ce fut avec une louable longanimité que le gouvernement laissa exhaler ainsi la mauvaise humeur de ses adversaires