CHAPITRE VI
d aucune loi. Voulant obvier à cette anomalie, tout en ménageant la susceptibilité de l'épiscopat, ce fut par les bons offices de celui-ci que le ministre des cultes et de l'instruction publique, Auguste (le Tréfort, crut pouvoir obtenir gain de cause auprès du bas clergé. Il adressa à cet effet, le II juillet I88i, une circulaire à tous les archevêques et évèques de la Hongrie, dans laquelle il les priait de vouloir bien enjoindre au clergé de leurs, diocèses respectifs l'envoi d'un avis aux prêtres des autres confessions chaque fois qu'il s'agirait de la naissance d'un enfant devant appartenir à leurs églises. Ce document ministériel ne contenait malheureusement aucune disposition pénale à l'égard des délinquants, qu'il menaçait de l'application du paragraphe 53 de la loi sur les délits déjà citée, s'ils n'avertissaient pas leurs confrères dans l'espace de huit jours de l'immatriculation provisoire. Or, le paragraphe 53 étant muet à ce sujet, la citation portait à faux et semblait au contraire encourager la continuation de l'abus coupable.
En dehors de ces conflits irritants qui se renouvelaient continuellement, il y eut en 1888 une véritable collision entre le gouvernement et la cour du prince primat à propos de l'attitude discourtoise d'un chanoine de Nagy-Szombat, refusant à un inspecteur de l'instruction publique d'apposer sa signature aux brevets d'instituteurs sortant d'une institution catholique, mais subventionnée par I Etat, bien que cette signature se pratiquât à Budapest dans un établissement similaire. Tréfort, déjà atteint de la maladie qui devait l'emporter et alité, prit la chose d'autant plus au tragique qu'il avait eu quelque temps auparavant certaines difficultés avec le primat à cause de plusieurs nominations d'évêques. Aussi réclamat-il ab iraio le droit qui revenait h son inspecteur et fit-il publier sa réclamation dans les journaux pour lui donner plus d'importance. Le cardinal Simor considéra cette divulgation comme une provocation, et il répondit par une lettre également publiée dans les journaux et déjà rédigée en vue de la publicité, où tout en déplorant le bruit qu'un différend survenu entre deux organes subalternes du gouvernement et de son administration avait pu soulever, il exposa longuement les raisons à cause
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desquelles il croyait l'intervention de l'inspecteur superflue. Quoique écrite avec assez de modération, cette réponse ouvrit le feu du » Kulturkampf » en Hongrie, par suite de la portée que la presse cléricale et intransigeante lui attribuèrent.
Quand elle parvint dans les mains de Tréfort, il était déjà presque agonisant. En lui donnant pour successeur le comte Albin Gsâky, un catholique convaincu, récemment décoré par le pape de l'ordre de Saint-Grégoire, ce fut donc surtout la préoccupation de rassurer l'épiscopat sur ses intentions condescendantes, qui guida M. de Tisza. Choix d'autant plus habile qu'en cas d'insuccès, il se préparait parla d'avance un argument contre l'intransigeance possible du clergé. Mais ses craintes ont paru d'abord complètement vaines. Étant persona gratissima dans l'entourage du prince primat, le comte Gsàky obtint même satisfaction entière dans le conflit susdit, envenimé par la nervosité maladive du ministre déiunt. Le sous-secrétaire d'État aux cultes et à l'instruction publique, M. Albert Berzeviczy, se chargea de la rédaction d'un mémoire, approuvé par le Conseil des ministres, dont le ton conciliant ne manqua pas de produire son effet sur le cardinal Simor. Il accepta le point de vue ministériel, mettant fin ainsi, au moins momentanément, au conflit entre le gouvernement et la cour primatiale.
Le calme plat ne dura pas cependant longtemps. 11 fallait que le gouvernement essayât de combler la lacune de disposition pénales, qui avait rendu illusoire l'effet produit par la circulaire de Tréfort. Avant d'entreprendre quoi que ce soit, le comte Csâky eut soin de consulter plusieurs prélats. Ils se laissèrent persuader presque tous, et en tout cas, aucun d'eux ne lui fit à ce sujet une objection dogmatique. Étant rassuré de ce côté, le ministre crut que le moment de tarir cette source de conflits était arrivé. Il signa donc en toute confiance sa circulaire du 2G février 1890, où il enjoignit aux ecclésiastiques, sous peine de 100 florins d'amende, de communiquer aux confrères des autres confessions l'immatriculation de tout enfant étant appelé à augmenter le nombre de leurs fidèles.