CHAPITRE VI
première fois, le nouveau prince primat, le cardinal Vaszary, personnalité tout à fait providentielle, au patriotisme et à l'élévation d'âme de laquelle la Hongrie devra plus tard la rapide et pacifique solution du redoutable problème des lois politico-ecclésiastiques. Appartenant à Tordre des Bénédictins, il professa d'abord avec éclat dans leur maison d'éducation de Gyor (Raab) ; mais grâce à la sympathie qu'il sut inspirer à ses frères, il ne tarda pas à être élu par eux abbé mitre de Pannonhalma, position déjà éminente, qui le mit en rapport suivi de voisinage avec l'archiduc Joseph, dont la chaleureuse plaidoirie en faveur de ses vertus sacerdotales et de ses qualités de patriote et de savant lui valut la protection de la couronne et du gouvernement après la mort du cardinal Simor (1801).
Dans les allocutions que, tant lui que Joseph Szlâvy et le baron Didier Bànffy, présidents des deux Chambres du parlement, prononcèrent, on pouvait constater l'expression sincère de la confiance absolue que la nation avait maintenant en son souverain, qui de son côté y parla avec la sollicitude et l'affection d'un père.
« Il est impossible de ne pas se rappeler pieusement aujourd'hui de tous ces nombreux grands patriotes — disaitil dans sa réponse à la députation de la Chambre des députés — qui furent il y a vingt-cinq ans, et depuis aussi, mes fidèles conseillers et les "fils dévoués et sages de la patrie, mais que la volonté de Dieu fit successivement disparaître du nombre des vivants. A notre consolation il est cependant facile à constater que si leurs actes appartiennent déjà à l'Histoire, l'esprit qui les a animés ne leur survit pas moins — et nous espérons qu il survivra toujours, — pour le bien et la gloire de la patrie ! »
Pour répondre à l'enthousiasme avec lequel la nation hongroise avait fêté cette solennité jubilaire, François-Joseph accorda à Budapest, capitale de la Hongrie, — le titre de K résidence " , — titre qui n'appartenait jusque-là dans la Monarchie qu'à Vienne, la a ville impériale ' .
Si du sviccès remporté à cette occasion par le gouverne-
ment le comte Szâpâry put largement s'attribuer la part du lion, sa position n'était pas moins ébranlée en face du parti libéral et du cabinet, où, par l'entrée de Bêla de Lukàts, remplaçant Gabriel de Baross, qu'une maladie foudroyante avait enlevé un mois auparavant, les éléments avancés se sentirent considérablement renforcés. Cependant sa nomination avait le caractère plutôt administratif, puisaue ayant été le soussecrétaire d'État de Baross, penser à lui ne supposait aucune combinaison politique. Mais comme c'était en même temps un ardent partisan des lois politico-ecclésiastiques, non seulement par principe, mais surtout en qualité de Transylvanien, qui, ayant échappé miraculeusement au massacre de Preszaka, perpétré par les Roumains (1848), comprit mieux que tout autre la nécessité urgente de l'introduction d'une législation favorable au rapprochement des nationalités, sa présence augmenta considérablement le courage du cabinet, en lui donnant plus d'homogénéité. Le passage au ministère 'I latere de M. de Szoegyényi-Marich ne pouvait pas beaucoup influer sur la marche des événements à cause de son éloignement constant de Budapest. D'ailleurs il lia son sort à celui du comte Szâpdry, et au mois d'octobre 189^2 il échangea son portefeuille contre le poste d'ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Berlin.
En dehors de ces difficultés déjà très graves en elles-mêmes pour le président du Conseil, il avait encore à faire face aussi au comte Apponyi, dont le discours libéral du 27 mai le mit complètement au pied du mur, en lui forçant la main au sujet de la solution immédiate à donner au problème politicoecclésiastique. Il fallait maintenant se rendre à l'évidence <ju'il primait toutes les autres questions, qu'il était l'unique préoccupation de l'opinion publique, qui avait hâte d'en finir comme le malade d'une amputation inévitable. Conscient de la responsabilité qui lui incombait de ce chef, le comte Szâpâry et son cabinet se mirent alors à l'œuvre incontinent, désireux de composer un ensemble de projets de loi devant être présenté au Parlement à la session d'automne et donnant satisfaction aux aspirations les plus exaltées d'un peuple qui