‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 120 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avait rinstinct que sa future grandeur, l'avenir glorieux du pays dépendaient des déterminations qu'on allait prendre, de l'habileté de ses hommes d'Etat, chargés de les réaliser!

... A vrai dire elles le furent au-dessus et en dehors du ministère et des Chambres, car elles obtinrent l'approbation et le concours de François-Joseph et de Louis Kossuth à la fois, qui les firent prévaloir dans des cercles diamétralement opposés, mais également indispensables pour la réussite de cette mémorable campagne du libéralisme. Et certes il est impossible de trouver un sujet d'études psychologiques plus attrayant que l'explication des motifs qui ont fait dune part dun Habsbourg, d un descendant des Ferdinand II, III et IV de la guerre de Trente Ans, le protagoniste des lois politicoecclésiastiques, et de l'autre d'un adversaire intransigeant du compromis de 1867, le soutien d'un gouvernement issu de ce même compromis. Car en restant neutres, leur devoir était déjà moralement rempli, sans que l'un rompît avec les traditions de sa famille ou que l'autre reniât son passé. D'ailleurs, à l'aide de leur seule neutralité probablement, on pouvait déjà vaincre aussi, mais en prolongeant toutefois la lutte. Or il semblait qu'ils avaient hâte de consommer leur sacrifice pour le bonheur de la Hongrie, qu il y avait entre eux une secrète émulation, une surenchère de concessions, malgré leurs entourages respectifs qui assistaient atterrés à leur évolution. Après s être combattus pendant plus de quarante ans, après s'être mis maintes fois hors la loi mutuellement, mus par le même désir de bien faire, ils marchèrent dès lors parallèlement sur le même chemin du progrès, n'obéissant qu'à la conviction que l'abnégation dont ils faisaient preuve ainsi, était indispensable pour le bonheur de leur Hongrie aimée. Exemple des plus rares, mais d autant plus fortifiant, qui rehausse singulièrement l'importance morale de cette crise d'une complication si dangereuse et dont tout le monde s'inspira alors inconsciemment, rendant ainsi possible la transformation sociale pacifique et cependant presque révolutionnaire d'un pays que son attachement à son antique Constitution, son animosité contre l'intrusion des étrangers, paraissaient au con-

traire pour à jamais condamner à l'immobilité la plus obstinée et la plus rétrograde !

Ce fut seulement de fait que le comte Szâpâry présida son cabinet depuis les fêtes jubilaires jusqu'au 17 novembre suivant, jour où il donna sa démission, car en réalité il y régnait un courant d'idées qui lui était étranger, et dont il ne pouvait pas se rendre maître conséquemment. En face de ses collèp^ues résolus à faire triompher le programme libéral dans son intégralité, dont l'exécution paraissait être à ses yeux au contraire une impossibilité tant à cause de son échec probable au Parlement et notamment à la Chambre des magnats, qu'à cause du refus — à son avis sûr — du souverain de sanctionner les lois en découlant, il voulut rester sur le terrain de la politique pratique et faire voter, à l'occasion de la discussion du budget de 1893, le fragment de son projet de réforme administrative qui se rapporte à la nomination des fonctionnaires départementaux, auxquels il avait l'intention de confier la tenue des livres matriculaires.

Réduit à des contours aussi étroits, le plan de l'action future du gouvernement ne satisfit point le parti libéral. Alors le comte Csâky prépara un mémorandum embrassant toutes les lois politico-ecclésiastiques, qu'il soumit au cabinet dès le mois de juillet, avec la déclaration que ce serait sur son acceptation ou son rejet qu'il réglerait son attitude. Surpris par cette mise en demeure, le président du Conseil prétexta la nécessité d'une élaboration détaillée du projet si compliqué du ministre des cultes et de l'instruction publique. A cet effet il distribua au ministre de la justice la partie se rapportant au mariage civil, au ministre de l'intérieur celle traitant de la tenue des livres matriculaires, et au comte Csâky celle consacrée à la liberté religieuse. On décida en même temps que la

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