CHAPITRE VI
et Lonyay, — et celui de l'intérieur à M. Charles Hieronymi, dont la présence sur les bancs ministériels démontrait à Tenvi aux nationalités qu'en Hon(j[rie les hautes capacités, alliées à la noblesse de caractère, rendaient accessible à quiconque le chemin aux postes les plus élevés.
Dans le discours inaugural de M. Wekerle, il y eut déjà mal- Iieureusement un passage qui indiqua dès lors le point faible de la situation du cabinet. Après avoir annoncé qu'il avait obtenu l'approbation royale pour les principes dans le sens desquels on allait résoudre la question des lois politico-ecclésiastiques; que la loi sur la réception de la religion mosaïque était prête et qu'on élaborait déjà les projets concernant la liberté religieuse et l'introduction des registres laïques de l'état civil, il ajouta que s'il y avait accord complet dans le cabinet au sujet des droits matrimoniaux, et parmi ceux-ci au sujet du mariage civil obligatoire aussi, et s'il avait reçu l'assentiment royal pour pouvoir déclarer l'acceptation du principe du mariage civil obligatoire en vue de l'élaboration des projets de loi sur le droit matrimonial applicable à tous les citoyens hongrois, et sur l'introduction de la justice civile en matière d'affaires matrimoniales, la couronne s'était réservé le droit de ne se prononcer au sujet de leur exécution et des dispositions à prendre à cet égard qu'au moment où ils revêtiraient leurs formes définitives.
L'impression produite par cette énonciation de M. Werkele fut assez confuse. Les libéraux y crurent découvrir des svmptômes favorables pour la réussite de leur entreprise et ne virent dans cette allusion à l'adhésion conditionnelle du souverain qu'un démenti infligé à ceux qui prétendaient qu'il ne voulait admettre le mariage civil à aucun prix, — et le résultat final leur donna raison. A l'opposition elle servit au contraire d'argument suprême pour affaiblir dès le début l'autorité du nouveau cabinet, en appuyant sur la possibilité de son désaccord avec la couronne. Telle fut du moins l'opinion du comte Apponyi, qu'il exprima séance tenante dans sa réplique à la déclaration ministérielle. Selon lui, l'adhésion conditionnelle du souverain étant toujours sous-entendue, il aurait mieux
valu ne pas en parler ; car maintenant on pourrait croire qu'il n'y avait pas d'accord au sujet des principes devant présider à l'élaboration des projets de loi sur les droits matrimoniaux. Aussi le somma-t-il d'avouer franchement s il s'agissait là d'un simple pléonasme, ou si la réserve de la couronne était réelle. Cardans le second cas il considérerait les déclarations ministérielles, concernant le rôle accordé au principe, comme dépourvues de toute signification pratique, Or, si elles ne signifient rien, pourquoi prétendre que ce fut une question de principes qui amena le changement du ministère?
Entendre parler ainsi le chef du « parti national " , après son discours du mois de mai, dans lequel il avait Tair d'être complètement gagné à la cause du libéralisme, déconcerta tout le monde. On pouvait croire qu'il était dans le secret des dieux, tandis qu au fond il ne faisait que préciser ses idées, qui paraissaient admettre par leurs allures libérales six mois auparavant son adhésion au principe du mariage civil, mais qui n'allaient en réalité que jusqu'au mariage facultatif, pour éviter, d'après ses assertions, les troubles qu'une réforme aussi radicale devait provoquer dans le pays. Ses allures énigmatiques impressionnèrent plusieurs parmi les membres du parti libéral, dont le caractère pacifique n'envisageait pas avec satisfaction la perspective des luttes à venir. Oubliant l'esprit du testament politique de François Deâk, ils se persuadèrent que le cabinet n'acceptait le mariage civil que pour enchérir sur le mariage facultatif d'Apponyi. Partant de ce soupçon, arriver à la conclusion qu'il est inutile de servir les ambitions du cabinet, il n'y a pas un long chemin à parcourir. Trente-huit députés le parcoururent en peu de jours, sous prétexte qu'ils voulaient délivrer le président du Conseil de la tyrannie de la clique de M. de Tisza. M. Wekerle fit mine de vouloir entrer dans cet ordre d'idées en acceptant leur invitation pour une de leurs manifestations : les » purs » ne se contentaient plus de 1 épuration du parti libéral, mais l'ayant quitté, il se rapprochèrent du II parti national " ainsi que de la fraction hostile au mariage civil des indépendants (fraction de M. d'Ugron). On fit même courir le bruit (}ue ces éléments allaient fusionner