‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 123 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ensemble sous la bannière du comte Khiien-Hédervàrv, lui prêtant une opinion et des velléités frondeuses qu'il n'eut jamais. D autre part, le « parti national •> se vit dans lobli^jation de ne pas imposer à ses membres le rejet des lois politico-ecclésiastiques comme un devoir, car M. Horânszky, son président, était lui-même poui* le mariage civil. Cependant il v eut là à enregistrer plusieurs défections aussi. Obéissant au.x encouragements de Louis Kossuth, l'immense majorité des indépendants et du « parti de 1848 » était au contraire avec MM. Charles d'Eôtvos et Jules de Justh pour les projets gouvernementaux, dont le triomphe à la Chambre des députés s'annonçait conséquemment dès le début comme assuré. Quant à la Chambre des magnats, elle ne contenait qu'une imposante minorité en leur faveur, de façon que la couronne pouvait empêcher la création des lois projetées en se retranchant derrière l'hostilité de ce second rouage de l'organisme constitutionnel.

Mais l'effet dissolvant de la mise à l'ordre du jour de ce grave problème ne sévit pas uniquement au Parlement. Son contre-coup au sein de la population produisit un véritable ébranlement social, que les bruits répandus avec malveillance sur la situation précaire du cabinet en face de la couronne, rendirent plus sérieux encore. L'excitation atteignit son paroxysme : une solution prompte devenait journellement de plus en plus indispensable. Aussi M. Wekerle saisit-il 1 occasion dès le I" janvier 1893, dans sa réponse aux félicitations du parti libéral, pour déclarer hautement que le programme du gouvernement reposait sur la base des principes, en restant dans les limites de la nécessité inéluctable du possible et du réalisable. « C'est pourquoi — ajouta-t-il — le modifier, 1 amoindrir ou le mettre de côté nous est interdit; l'ayant soigneusement préparé, nous le maintiendrons, au contraire, sans changement dans son intégrité, et nous travaillerons à sa réalisation non seulement avec la dernière énergie, mais aussi avec le dévouement dont nous pouvons être capables... Faire une autre promesse nous est interdit; nous lions néanmoins à l'exécution de notre promesse notre situation et notre réputation politiques ! »

Il aurait peut-être fallu que de déclarations semblables on passât sans tarder à l'action. Or, par déférence envers l'Église, François-Joseph chargea d'abord le cardinal prince primat de la convocation d'une conférence épiscopale, à laquelle il fit communiquer le mémorandum de Didier Szilâgvi, ministre de la justice, consacré aux principes, militant en faveur du mariage civil, mesure des plus habiles qui permit au patriotique chef de la Hongrie catholique d'affirmer une fois de plus que selon lui — car la conférence suivit un autre avis — le mariage civil obligatoire était la forme qui heurtait le moins les dogmes et nuisait le moins aux intérêts du catholicisme, — pronostic dont la justesse fut grandement démontrée depuis par les résultats obtenus dans les mariages mixtes, où les accords entre les conjoints se font généralement au profit de la religion catholique. Les paroles apaisantes de l'éminent prélat ne furent malheureusement que trop paralysées par l'activité de l'opposition cléricale, qui eut ainsi largement le temps de s'organiser en vue des discussions parlementaires.

Ce fut seulement le 25 avril 1893 que M. Ilieronymi et le comte Csâky purent présenter à la Chambre des députés leurs projets de loi sur l'introduction en Hongrie des registres de l'état civil et sur la réception de la religion mosaïque. En face de cette crânerie du gouvernement, le « parti de l'indépendance " et le « parti de 1848 » se déclara — sur l'indication de Kossuth — pour les projets du gouvernement (le 19 mai 1893). Huit jours plus tard fut déposé à la Chambre, par le comte Csâky, le projet de loi sur la liberté des cultes. Evidemment c'étaient autant de succès du libéralisme, et cependant l'opinion publique ne se sentait pas rassurée encore. Elle resta inquiète même après avoir appris dans les premiers jours de novembre que M. Wekerle avait obtenu le consentement de la couronne pour la présentation du projet de loi sur le mariage civil. Les incertitudes fomentées par tous ceux hostiles aux lois politico-ecclésiastiques, soit à cause de leurs scrupules religieux, soit en raison de la popularité qu'elles devaient donner aux gouvernement et à l'idée du dualisme, ne cessèrent que le 2 décembre, jour où eut lieu la présen-

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