‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 124 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

talion du projet de loi sur le mariage civil. En le soutenant, Didier Szilâgyi insista beaucoup sur Tancienneté des tendances similaires des gouvernements hongrois précédents. Aussi toutes les dispositions prises par ceux-ci, et concernant les affaires matrimoniales, portent-elles le cachet de mesures temporaires. C'est donc à tort que Ton considère le projet comme une innovation presque révolutionnaire, quand il n'est au fond que la réalisation des vœux plus ou moins latents, mais constants, de tous les hommes d'État hongrois.

Ayant été envoyé à la Commission de la justice, le projet n'en revint à la Chambre que le 19 février 18i)4, non pas autant par la faute de la première qu'à cause des partis oppositionnels, qui ne s'en étaient occupés qu'au dernier moment, tellement ils croyaient peu à la mise en pratique d'une conception aussi radicale, transportant la Hongrie tout d'un coup à côté des pays les plus avancés de l'Occident. Au sein du « parti national » il y eut deux séances mémorables à ce sujet : dans la première — le 1 0 février — on entendit un discours très développé et étudié du comte Apponyi, concluant à la réception de la religion mosaïque et en faveur de la liberté religieuse, ainsi qu'à la création d'un droit matrimonial, mais avec le mariage civil facultatif seulement. Relativement à l'introduction des registres de l'état civil, il aurait désiré qu'elle coïncidât avec la réorganisation de l'administion politique du pays. Pour Louis Horvâth, c'était le gouvernement qui avait raison; aussi implora-t-il son chef de se rallier à son opinion, tandis que M. Eméric Hodossy se déclara contre le projet, car selon lui « il compromettait le principe du mariage civil ». Le 12 février on continua la discussion, et après la plaidoirie de M. Clément d'Ernuszt en faveur du mariage civil obligatoire, on prit la résolution qu'il fût donné pleine et entière liberté aux membres du parti à l'égard de leur vote sur cette question. Pour les partisans de M. Charles d'Eotvos, l'acceptation du projet gouvernemental ne fit l'objet d'aucune discussion; seulement ils crurent qu'il était nécessaire d'expliquer au pays leur manière de voir dans un manifeste (le 15 février). Il y eut au contraire beaucoup de tiraillements chez

les « 1848 " . Si on s'en tenait aux déclarations antérieures favorables au principe de l'obligation en fait de mariage civil, on n'était pas d'accord à l'égard de l'opportunité de l'époque de son introduction. M. Gabriel d'Ugron aurait préféré ne s'en occuper qu'après la solution de certaines questions constitutionnelles qu'il considérait encore comme pendantes, et après l'extension du droit matrimonial aux membres de la famille régnante, à l'armée, etc. La proposition de M. Gé/a Polonyi obtint cependant une forte majorité, car elle admit la présentation de quelques revendications constitutionnelles à l'occasion de l'adoption du projet de loi soumis à la Chambre. Du reste on y était aussi d'avis que le parti ne devait pas exiger de ses membres un vote uniforme (le 17 février).

Prévoir dans ces conditions le triomphe final du projet de loi à la Chambre des députés ne demandait pas beaucoup de perspicacité; c'était donc plutôt pour remporter des succès oratoires que les chefs des divers partis descendaient dans l'arène au moment de la discussion publique. Elle commença par le discours du rapporteur, Etienne Teleszky, dont le caractère honorable et le talent sérieux donnaient au débat dès le début un aspect de sérénité honnête et d'élévation naturelle. Parmi ceux dont l'éloquence excita le plus d admiration dans ces jours glorieux du parlementarisme hongrois, il faut citer les comtes André Bethlen et Etienne Tisza, MM. Louis de Lâng, le brillant professeur de l'Université de Budapest, l'historien poète Coloman Thaly , Nicolas de Bartha, Berzeviczy, le ministre Hieronymi, Ferdinand Horânszky, Daniel Irânyi. Il y eut même un duel oratoire entre le président du Conseil et son prédécesseur au sujet de l'origine du projet de loi, auquel l'opposition voulait imprimer un humiliant cachet d'opportunité. Mais si on ne vota le passage à la discussion par paragraphes que le 12 avril, ce retard ne provenait pas seulement du nombre et de la loquacité des orateurs : un événement depuis longtemps prévu et cependant inattendu dans le moment même en prolongea douloureusement la durée.

Après une courte maladie, mais qui laissait aisément deviner

Page 1