CHAPITRE VI
nement de proclamer hautement qu'il avait pour lui ce jour-la plus que les deux tiers de la représentation nationale.
En dehors de ce scrutin on rejeta, ce jour-là aussi, avec 112 voix de majorité, Tordre du jour de méfiance de Top position. C'était une manœuvre purement platonique pour démontrer aux électeurs antigouvernementaux que Talliance momentanée avec le ministère ne se rapportait qu'aux projets de loi politico-ecclésiastiques.
Maintenant ce fut à la Chambre des magnats que la bataille recommença avec un acharnement musité dans cette enceinte si majestueuse et d'ordinaire si calme. La discussion y remplit quatre séances. Mais malgré l'argumentation irréfutable des ministres, on put prévoir d'avance le sort qui y attendait le projet de loi par suite de l'apparition soudaine des éléments les plus réactionnaires de la haute Assemblée, fortement influencée d'ailleurs par les individualités les plus marquantes du parti conservateur, telles que le cardinal Laurent Schlauch, évéque de Nagy-Vàrad, le comte Ferdinand Zichy, etc. Et en effet ils parvinrent à réunir vingt et une voix de majorité, sur deux cent quarante et quelques votants, pour repousser le projet gouvernemental (le 10 mai). Résultat accueilli par le grondement de la foule et par le blâme des classes éclairées, dont Texaspération ne s'apaisa qu'avec la reprise de la discussion à ce sujet par la Chambre des députés (le 19 mai) et surtout qu'avec le renvoi pur et simple du projet à la Chambre des magnats, prononcé à une majorité de 166 voix (le 20 maij.
Quelle qu'ait été la satisfaction procurée par cette victoire au cabinet de M. Wekerle, sa dignité lui interdit de courir derechef au-devant du risque dun échec. Pour épargner à ses collègues ainsi qu'à lui-même une semblable humiliation, le président du Conseil se rendit le 26 mai à Vienne, afin d'y soumettre au souverain le plan d'action à l'aide duquel il espérait vaincre la résistance des magnats. Il comprenait trois sortes de moyens : la nomination de trois individualités libérales pour les trois places encore non occupées de membres à vie de la Chambre des magnats; la permission d'annoncer que la couronne était d'accord avec son gouvernement au sujet de
la nécessité du mariage civil ainsi que de sa plus prompte mise à exécution, et la perspective de l'augmentation du nombre des membres perpétuels de la Chambre des magnats pour le cas où il serait impossible de faire disparaître les antinomies existantes. Or, si François-Joseph se montrait très enclin d'accéder au désir de M. Wekerle concernant les deux premiers, quant au troisième il était d'avis qu'il en résulterait un amoindrissement tout à fait irréparable de l'autorité de la Chambre des magnats. Devant ce relus, M. Wekerle se vit dans l'obligation de donner sa démission (le 31). Pour le remplacer, le souverain s'adressa spontanément au comte Khuen-Hédervâry, bân de Croatie, partisan déterminé des lois politicoecclésiastiques, non seulement à cause de ses convictions de progressiste convaincu, mais aussi parce qu'il craignait que leur ajournement ne provoquât des commotions dangereuses dans le pays tout entier.
Cependant la rentrée à Budapest de M. Wekerle ressemblait à celle d'un triomphateur. La foule enthousiasmée le reçut avec des acclamations étourdissantes et finalement, ayant dételé sa voiture, ce furent des étudiants qui le ramenèrent au palais de la présidence, à travers les rues illuminées à l'improviste (le 2 juin). Quant au parti libéral, il lui fit le même soir une ovation extraordinaire au moment de son entrée dans les locaux du " Club libéral » , et lui décerna les éloges les plus flatteurs par l'organe de M. Ignace Darânyi. Ensuite il adopta à l'unanimité la résolution que l'orateur adjoignit à son discours et qui était ainsi conçue :
(1 Plaise au parti libéral de déclarer que :
« r II maintient son programme dans son intégralité, et spécialement son programme politico-ecclésiastique, et il considère toujours comme un devoir sa réalisation complète et immédiate, ainsi que celle des principes qu'il renferme, en se réservant pour le reste son droit de libre disposition tout entier.
u2" Il manifeste son profond regret patriotique au sujet delà démission du gouvernement, et il lui exprime sa reconnaissance impérissable pour la mâle attitude qu'il a prise dans son service dévoué aux principes du parti.