‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 13 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

combattus en 18-48 et 1849, et auxquelles ils avaient infligé alors des pertes sérieuses. Eh bien! afin de les récompenser pour leur zèle, on les gratifia du mcmc absolutisme et de la même germanisation que les Hongrois, sans tenir compte en quoi que ce soit de leur mégalomanie ou de leurs aspirations particularistes. Ingratitude choquante mais bien méritée, car sous le masque du nationalisme, il y eut chez les Serbes et les Roumains des velléités séparatistes répréhensibles aussi bien au point de vue des intérêts de la dynastie qu'à celui de l'intégrité territoriale de la Hongrie (1); ingratitude qui blessa d'autant plus profondément ces ex-alliés de la camarilla que n'ayant pas d'aristocratie, à laquelle échoit dans une Monarchie la mission de servir de trait d'union entre la couronne et le peuple, ils se voyaient à la cour complètement éclipsés par les Hongrois qui y étaient toujours représentés par leurs magnats, et y conservaient toujours des intelligences.

Si néanmoins, en passant en revue les forces défensives de la Hongrie, on ne peut attribuer au concours de ces grands seigneurs auliques beaucoup d'efficacité, il serait très erroné de l'imputer à leur nonchalance ou mauvais vouloir. En haut lieu on croyait — et ils le croyaient eux-mêmes — qu'ils formaient en quelque sorte un corps de réserve destiné à remplacer l'absolutisme en cas de sa non- réussite, et à faire revivre la Constitution d'avant 1 848, en l'adaptant aux exigences d'une centralisation fonctionnant au profit de l'Autriche, car ils en admettaient la légitimité par suite de la fausse interprétation qu'ils donnaient à la Pragmatique sanction. Vivant constamment à Vienne ou dans les départements hongrois limitrophes de l'Autriche et conséquemment saturés d'influence allemande, ils ne connaissaient pas exactement la vigueur, le sens politique extraordinaire de la race magyare pure qu'ils jugeaient d'après eux-mêmes avant tout royaliste et dont la résistance héroïque, selon leur opinion, n'était qu'un simple

(1) Les ultras serbes se conduisaient tellement en enfants gâtés, qu'il a fallu introduire la loi martiale dans fa vayvodie dès le 25 janvier 1850. Quant aux Croates, leur Diète fut suspendue, mais ils obtinrent, au contraire, comme agrandissement de leur territoire, le port de Fiume sur l'Adriatique, ravi à la Hongrie.

effet des excitations séditieuses de Kossuth. Se laissant intimider aussi bien par les centralistes que par les rodomontades des nationalités, leur patriotisme, d'ailleurs très sincère, les rendait craintifs et peu exigeants ; aussi étaient-ils hantés par les souvenirs sanglants des événements de 1848 et 1849, et voyaient-ils dans leur renouvellement — avec raison — la perte de leur patrie. De là leur préoccupation unique de réconcilier le trône et la nation au prix des plus grands sacrifices pour sauver l'élément magyar menacé;, en acceptant les moindres concessions, en se contentant même de l'idéal d'une autonomie provinciale. Cette politique, préconisée par des hommes éminents tels que le comte Antoine de Széchen, le baron Samuel de Josika, Ladislas de Szœgyényi-Marich, ne pouvait trouver de l'écho en Hongrie où l'on ne pardonne pas le manque de courage; aussi devait-on considérer ces opportunistes conservateurs comme un état-major composé de généraux, mais n'ayant à commander à personne.

Ce furent également des opportunistes qui composaient, à l'extrémité opposée de l'échiquier politique, le parti révolutionnaire hongrois. Et si pour les précédents le salut de la nation dépendait de la bonne volonté de son souverain légitime, fùt-il centraliste et germanisateur, pour ceux-ci l'idée d'une Hongrie heureuse et prospère était inséparablement liée à son indépendance complète. Le quartier général de ce parti résidait à l'étranger, au camp des exilés et des réfugiés, soit au début en Asie Mineure, soit plus tard en Angleterre, en Belgique, en France ou même en Amérique, quand Kossuth les parcourait en tout sens, pour y plaider la cause de son pays. Car, par une disposition enviable de son esprit, n'ayant aucune conscience de la grande part de responsabilité qui lui revenait dans les malheurs de la Hongrie, il en parla avec une telle émotion, et, quoique en anglais, avec une telle éloquence, que ses haltes dans les différentes capitales créèrent autant de foyers d'hostilité contre l'Autriche. Il eut pour aides dans les différentes couches de la société les comtes Jules Andrassy, le futur ministre austro-hongrois, Casimir Batthyânv, Ladislas Teleki, Paul Kstcrhâzy et Wass, le romancier baron Nicolas

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