‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 14 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Josika, le baron Balassa, Etienne Tiirr, Klapka, François Pulszky, les colonels Kiss de Neinesker, un intime du prince Jérôme-Napoléon, Louis Schlesinger, Daniel Irânyi le publiciste, Nicolas Puky l'industriel et les journalistes Gserndtonyi Edouard Horn, Jean Ludwigh, Szarvady, pour ne citer que les plus importants.

L'opportunisme de cette phalange et de son chef infatigable consistait dans le désir d'être prêts à se servir de n'importe quels movens, à n'importe quel endroit, pourvu que l'on combattit les intérêts des Habsbourg et de l'Empire autrichien ainsi que ceux de leur alliée, la Russie. Malheureusement cette ardeur combattive était chez eux aussi intense qu'impatiente à se produire, et comme la situation de l'Europe ne promettait pas de sitôt des complications internationales, ils furent amenés fatalement à l'idée d'entreprendre en Hongrie l'organisation d'un soulèvement. Telle fut l'origine du mouvement, improprement affublé du nom de conspiration de Makk, dans les départements de la Transylvanie. Car le caractère expansif des Hongrois ne supporte pas le mystère qu'exige la clandestinité des entreprises semblables ; aussi les préparatifs de ce mouvement se firent-ils en quelque sorte au grand jour et sous les yeux des autorités autrichiennes qui, sûres de leur inanité, ne se souciaient nullement d'en arrêter le développement dès le début, afin qu'il y eût le plus de monde compromis et qu'elles pussent sévir contre un plus grand nombre de patriotes. Elles furent averties de l'existence de la sédition projetée par la police française, le prince Louis-Napoléon, décidé dès lors à faire son coup d'État, n'étant pas fâché de rendre des services aux gouvernements dont il allait rechercher les bonnes grâces pour être reconnu. D'ailleurs il a dû dissuader préalablement les exilés hongrois aussi, car ils se montraient tous hostiles aux agissements de Makk. Mais quoique n'ayant fait des études que pour devenir officier d'artillerie, celui-ci fut assez psychologue pour comprendre tout ce qu'on pouvait obtenir de Kossuth dès qu'on le mettait en évidence; il lui proposa donc de signer une proclamation à l'aide de laquelle il organiserait les forces futures d'un gouvernement kossuthien éventuel. Le « gouver-

neur de la Hongrie » — titre que Kossuth portait depuis la proclamation de la déchéance de la maison des Habsbourg — ne sut lui résister; Makk partit donc de Kioutahia (Asie Mineure) dès l'été 1851 pour s'installer en Valachie, à Bucarest, d'où il envoya la proclamation par Figyelmessy en Hongrie, avec le plan du complot dit u de l'année » , car le pays y était partagé en douze parties correspondant aux douze mois, et chaque mois avait son chef civil et militaire. Le chef civil de « l'année « était naturellement Kossuth et le chef militaire Alexandre Gâl, colonel de honvéds pendant la guerre constitutionnelle. Une " heure " signifiait un capitaine et en parlant des « minutes " on devait sous-entendre des simples soldats.

En face de ces menées inconsidérément approuvées par Kossuth et plus inconsidérément exécutées encore par Makk, le gouvernement autricliien garda tout son sang-froid. Le 30 décembre 1851, il fit saisir les papiers de Makk par son consul de Bucarest et il put y cueillir tous les renseignements nécessaires sur l'organisation du complot et sur les personnes qui y prenaient part, pour dévoiler l'une et pour faire arrêter les autres. Si quelques jours suffisaient à la fin de janvier 1852 pour atteindre ce double but, l'instruction de l'affaire dura plus de deux ans et se termina par la condamnation à mort, suivie d'exécution, de cinq inculpés, et l'envoi d'une cinquantaine de personnes — parmi lesquelles trois femmes — dans les case-" mates de Josephstadt. La comtesse Blanche Tcleki et ses deux compagnes du meilleur monde, ne furent pas condamnées à cette occasion, mais plus tard, sous un autre prétexte.

Il faut considérer comme l'œuvre de l'émigration aussi l'accusation de trahison portée contre le général Arthur Gôrgey. Dès le mois de septembre 1849, Kossuth affirma hautement, dans une lettre datée de Widdin, que ce ne fut pas par suite de défaites que la Hongrie succomba, mais par suite de la trahison de celui-là même à qui il avait remis le pouvoir civil et miUtaire du pays au dernier moment. Accusation que semblait confirmer la différence du sort subi d'une part par les autres généraux hongrois, condamnés à mort et exécutés, et

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