‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 131 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

représentant pontifical dans les affaires intérieures du pays, et justement à un moment où Ton était au paroxysme de la surexcitation, l'application des lois votées et sanctionnées étant imminente, — provoqua un mouvement d'impatience général auquel des interpellations, adressées au baron Bânffy à la Chambre des députés, servirent d'échos inquiétants. Ils ne surprirent pas à l'imjiroviste le président du Conseil qui y répondit séance tenante en déclarant hautement que Tattitude prise par la nonce outrepassait ses droits et ses attributions. Et il fit cette déclaration non seulement au nom du gouvernement hongrois, mais au nom du comte Kâlnoky aussi, ministre des affaires étrangères de la Monarchie depuis une dizaine d'années, dont l'avis concordait selon lui complètement à cet égard avec celui de son cabinet. Or, trois jours après, on put lire dans une feuille lithographiée de Vienne un communiqué affirmant que l'on était surpris ou même affecté au ministère des affaires étrangères par la réponse du baron Bânlfy, parce qu'elle contenait quelques inexactitudes visibles et qu'elle ne rendait pas fidèlement la manière de voir du comte Kâlnoky, inspirateur évident du factum.

En face de ce procédé inqualifiable, on pouvait faire toutes les suppositions, — et Dieu sait combien et de quelles sortes en faisaient les ennemis du baron BûnFIy et du compromis, — excepté celle qui était conforme à la vérité, puisque avant (juu le président du Conseil donnât sa réponse à la Chambre il y eut entre lui et le comte Kâlnoky un échange de lettres, attestant à l'envi que le ministre des affaires étrangères jugeait la conduite de Mgr Agliardi plus sévèrement que ne le fit le baron Bânfty lui-même. Après avoir fait connaître au souverain les détails de cette correspondance, le dernier eut gain de cause sur toute la ligne : la démission, d'abord refusée, du comte Kâlnoky, fut agréée (le 15 mai), — François-Joseph lui accorda cependant, en souvenir de ses services antérieurs, les insignes de la grand-croix en diamants de l'ordre de Saint- Étienne, — et quant à Mgr Agliardi, le Saint-Siège le rappela discrètement à Rome peu de temps après. Mais l'incident eut une portée constitutionnelle aussi, en élucidant la question

des rapports du président du Conseil hongrois avec le ministre commun des affaires étrangères. Et si ce fut l'autorité du premier qui sortit victorieuse de cette épreuve, son triomphe ne fit que s'accroître encore par la nomination du comte Agénor Goluchovski au poste laissé vacant par le départ du comte Kâlnoky. Car le nouveau titulaire, d'ailleurs pourvu de toutes les qualités requises pour la direction de la politique étrangère d'une grande puissance, étant ministre plénipotentiaire d'Autriche-Hongrie à Bucarest, y avait déployé tant d'énergie dans la défense des intérêts hongrois, menacés par l'irrédentisme roumain, qu'il s'était attiré les observations désobligeantes de son prédécesseur timoré, à cause de qui il se retira du service actif diplomatique — pour le remplacer plus tard. Si après ce succès le gouvernement hongrois s'apprête maintenant enfiévré à l'application des lois politico-ecclésiastiques, notamment à l'organisation d'un personnel laïque pour tenir les registres de l'état civil et pour présider au mariage civil, devant fonctionner depuis le r"" octobre 1895 (1) ,1e parti réactionnaire ne resta pas oisif non plus sous le coup de sa défaite et fit au contraire tous ses efforts pour établir un courant populaire en faveur de la revision des lois à peine sanctionnées. De là sa nouvelle étiquette : le « parti du peuple » , sous laquelle il fait dès lors l'opposition la plus irréductible au gouvernement. Etant mal interprétées dans la Croatie ultra-catholique, ses velléités frondeuses y ravivèrent les haines de race à peine éteintes. Elles se donnèrent libre cours dans les manifestations antimagyares qui eurent lieu à Zagreb pendant le voyage qu'y fit François-Joseph, accompagné du baron Bânffy, pendant le mois d'octobre 1895. La populace, conduite par quelques étudiants écervelés, y briila le drapeau hongrois, en jetant ainsi une note discordante au miheu des effusions joyeuses de la nation croate tout entière. Très sévèrement jugée par le souverain, cette frasque grossière révolta tellement la partie raisonnable de la population zagrâboise, que pour apaiser le cour-

(1) I)'a])rès la loi hongroise, la cérémonie du maiia{;e civil se termine par une allocution faite aux nouveaux conjoints pour leur rappeler qu'ils n'ont pas encore rempli leurs devoirs religieux.

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