CHAPITRE VI
roux légitime de la Hongrie, elle conféra spontanément, par l'organe de la municipalité, le titre de ' citoyen honoraire » de la capitale croate, au baron Bânffy.
Après le vote de la Chambre des magnats et après la sanction parle souverain des dernières lois politico-ecclésiastiques, on s'apprêtait maintenant à la célébration du millénaire de la Hongrie, que, selon la généreuseproposition du comte Apponyi, les partis devaient considérer dans le Parlement aussi bien que danslepavs, comme une trêve de Dieu, pendant laquelle il fallait s'abstenir de toute discussion irritante, et ne consacrer la vie nationale qu'exclusivement à la glorification du passé, à l'embellissement du présent, ainsi qu à la préparation de la grandeur future de la patrie hongroise, si longtemps malheureuse, mais finalement triomphante !
Le Millénaire
Des sonneries de cloches gaies et vibrantes saluèrent dans toute la Hongrie, dès le minuit du 31 décembre 1895, l'arrivée de l'année jubilaire déjà dix fois séculaire. Elle était appelée à solenniser la prise de possession par les Hongrois des territoires qu ils habitent encore aujourdhui. A vrai dire, 1896 n'était pas une date absolue, puisque c'est vers 890 que lesTourcs — comme Constantin Porphvrogénete désigne les Magvars — entrent dans leur nouvelle patrie à travers les Carpathes orientales et notamment par le défilé deVereczke, et l'Empire morave, qui s'étendait dans l'ouest delà Hongrie, ne s'est écroulé sous leurs coups qu'en 907. D'ailleurs, l'article II de la loi de 1892, présenté au Parlement par Gabriel de Baross, le regretté ministre du commerce, et se rapportant à 1 organisation d'une Exposition nationale en l'honneur du Millénaire, la fixa d'abord pour l'année 1895. Mais la lutte pour les lois politico-ecclésiastiques une fois engagée, on comprit qu'il valait mieux reculer la célébration de cette grande fête nationale, afin qu'elle trouvât déjà les esprits calmés et les dissonances sociales au moins partiellement disparues.
En dehors de l'Exposition nationale, le programme jubilaire comprenait des solennités parlementaires, religieuses et comraéraoratives. On inaugura les premières par la présentation d'un projet de loi ainsi conçu :
u L'État hongrois célèbre en 1896 le millénaire de sa fondation et de son existence. Pour en perpétuer la mémoire, la légisture prend les dispositions suivantes :
§ 1". — C'est avec une piété religieuse que le Parlement des pays de la sainte couronne hongroise rend grâce à la divine Providence d'avoir pris sous sa protection la patrie fondée par Arpad et ses guerriers valeureux, d'avoir accordé à ses souverains la sagesse et à ses peuples la force et le patriotisme, et d'avoir conservé ainsi le royaume pendant dix siècles à travers d'innombrables vicissitudes, en lui venant en aide dans l'heur et le malheur.
§ 2. — Et c'est avec le plus profond respect que les deux Chambres du parlement se présentent à cette occasion devant Sa Majesté impériale et royale apostolique, François-Joseph I", sous le règne glorieux de qui la liberté constitutionnelle et le développement ininterrompu du pays se trouvent si grandement assurés. En retour, le Roi apostolique de la Hongrie et de ses royaumes annexés exprime son inébranlable confiance dans la fidélité de son peuple blen-aimé. Telles sont les bases solides de cette harmonie bénie, dont la puissance est en même temps un gage des progrès certains pour les siècles à venir.
§ 3. — Réunissant aux manifestations de cette piété, de ces hommages et de cette affectueuse bienveillance royale la commémoration de l'existence millénaire de l'État hongrois, la législature en crée un article de loi pour toute l'éternité.
§4. — C'est le 8 juin 189G, jour anniversaire du glorieux anniversaire du couronnement de Sa Majesté Impériale et royale apostolique que cette loi doit être promulguée ; elle doit être portée ce même jour-là aussi bien à la connaissance des deux Chambres du parlement, siégeant ensemble, qu'être affichée dans toutes les communes des pays de la couronne hongroise. Gravée sur une plaque de marbre, elle sera conservée pour la postérité au palais du Parlement. »