CHAPITRE VI
les fondements de notre politique, hérités du passé et devant être conservés intacts dans Tavenir. Ce ne sont pas les fruits d'une seule réflexion ou d'une seule création; on doit les considérer comme les résultats des forces toujours actives des époques alternantes de développements et de décadences, ainsi que des expériences, achetées au prix de rudes épreuves. Si, de temps en temps, il y eut des écarts à propos de n'importe lequel d'eux, la sagesse du roi et le jugement sain de la nation ont bien vite reconnu les intérêts et la destinée indissolubles du trône et de la patrie; aussi retournaient-ils chaque fois incontinent vers ces fondements hérités de notre politique.
" Leur conservation, la réalisation la plus satisfaisante de leurs exigences et leur affermissement sous Ibrme d'institutions, non seulement au moyen de la législation, mais aussi par la force de l'attachement qui y lie : tel était le problème, en vue de la solution duquel s'unirent en ce grand jour-là le Roi et le Peuple.
il Aussi inviolables que l'unité de l'État hongrois, sont les relations consacrées par l'Histoire dans lesquelles se trouve la Hongrie avec les royaumes annexés pour former ensemble une communauté politique ainsi que l'autonomie constitutionnelle, les droits autonomiques, le territoire distinct et la nationalité politique de ces derniers.
« L'expérience des Siècles passés nous démontre qu'ici-bas il n'y a qu'un État fort et unifié pour remplir ses devoirs à la satisfaction de tous. L'unité de l'État et de la nation est une force qui conserve. Ni celle-ci, ni le patriotisme n'exigent la disparition des nationalités diverses qui habitent la Hongrie; elle ne les oblige qu'à une chose : étant fidèle à l'État hongrois, que ce soit au-dedans des frontières de la patrie qu'elles fassent fructifier leurs efforts, c est-à-dire que chacune d'elles consacre aux intérêts et aux tendances de la patrie la part la plus élevée de ses pensées et de ses sentiments!
« Aussi inviolable que l'unité politique de l'État hongrois, est l'égalité sans égard sur le terrain du droit individuel et politique de races ou de religions, ainsi que la participation
équitable et uniforme à la protection de l'État et aux bienfaits de son assistance.
Il La gloire et les douleurs du passé, les sacrifices et les résultats obtenus, la terre sacrée de notre patrie et les trésors politiques qui sont entassés dans notre histoire sont l'œuvre, le mérite et la propriété de la nation hongroise prise comme entité politique, et de tous ceux ayant lutté et souffert pour la patrie avec un cœur dévoué.
« Dans la mesure où nous sont communs à tous le passé et ses résultats, les devoirs et les travaux de l'avenir nous concerneront aussi longtemps que patrie et patriotisme auront un sens ici-bas.
« C'est l'Histoire qui nous a légué le lien, produit de la communauté de la maison régnante et par lequel l'État hongrois est attaché aux autres pays de Votre Majesté. Ce furent plusieurs siècles qui créèrent des relations entre eux, et quand après une grande catastrophe le royaume de saint Etienne se sépara en trois tronçons, ce fut à l'aide de ce lien que Ton rétablit lunité de l'État et de la nation.
» Les évolutions accomplies de nos jours indiquent clairement que ce lien est maintenant aussi nécessaire qu'il l'a été dans le courant des siècles passés. Car il est à l'égard des deux États de la monarchie une source de force et de sécurité, une garantie de la défense et de la protection efficaces de beaucoup de grands intérêts qui subsistent toujours.
« C'est dans les forces des deux États qui la composent, que la Monarchie austro-hongroise puise sa puissance. Les bienfaits de la paix nous sont assurés par la réunion de nos forces, comme elle nous fournit aussi l'échelle de notre vraie importance dans les relations internationales. Il est donc dans l'intérêt des deux États que la Monarchie austro-hongroise soit non seulement forte et puissante, mais qu'elle fasse naître également partout cette impression. Sa situation ne deviendra forte et son alliance convoitée qu'à l'aide de ce moyen. Nous nous inclinons devant cet enseignement du passé, et en réfléchissant aux problèmes de l'avenir, en tenant compte de notre situation et de nos forces, sans être outrecuidants ou présomp-