CHAPITRE VI
sacrés à la mémoire d'Arpâd, le conquérant du pays, et leur inauguration fournit l'occasion aux membres du cabinet — le portefeuille de l'agriculture appartenait depuis le mois de décembre 1895 à M. Ignace Darânyi — de faire briller leurs talents oratoires. La plus importante de ces fêtes eut lieu à Pusztaszer, où avait été tenu du temps d'Arpâd la première assemblée législative des Hongrois, selon les traditions. Dans le courant de l'été, plusieurs Congrès internationaux siégèrent à Budapest en l'honneur du Millénaire. Entre autres celui des administrations des postes et télégraphes et le Congrès interparlementaire des Amis de la paix. Si au moment des fêtes du mois de juin ce fut la Serbie qui protesta par son absence contre les fêtes de la Hongrie, à ce dernier Congrès on put constater la bouderie des Roumains, qui avaient fait d'ailleurs tout leur possible Tannée précédente pour empêcher la réunion de l'élite des Parlements du monde dans la capitale hongroise. Au mois de septembre, François-Joseph se rendit à Orsova pour assister à l'inauguration des travaux entrepris par la Hongrie, selon le désir du Congrès de Berlin, pour la régularisation du lit du Danube aux Portes-de-Fer. Après avoir ouvert à la navigation les principaux chenaux, il continua son chemin jusqu'à Bucarest pour y rendre une visite depuis longtemps promise au couple royal de Roumanie. A Budapest, en revenant, le souverain inaugura le pont suspendu « François-Joseph » , destiné à relier les deux rives du Danube, au sud de la ville.
La clôture de l'Exposition nationale eut lieu le 31 octobre. Elle a donné, — par suite de l'organisation très ingénieuse de M. Joseph Schmitt, — sur les 140,000 mètres carrés de terrain et dans les deux cents et quelques pavillons, kiosques et constructions de toute sorte, l'image fidèle de la Hongrie artistique, industrielle et agricole. Après l'avoir étudiée, personne ne pouvait plus douter de l'avenir brillant qui s'ouvre à la nation d'Arpâd au seuil d'une nouvelle période de mille ans, commencée sous les auspices les plus heureux d'un règne glorieux du libéralisme constitutionnel triomphant!
Comme le mandat de la législature élue dans l'hiver de 1892 était à la veille d'expirer, le ministère du baron Bànffy fixa les élections générales pour l'automne de 1896. Après la sanction des lois politico-ecclésiastiques et les succès du Millénaire, elles ne pouvaient être que favorables au parti libéral. Il en sortit avec une majorité plus nombreuses que jamais, malgré l'accroissement de l'opposition par l'apparition à la Chambre du « parti du peuple " , pouvant disposer d'une dizaine de voix; car les anciens partis subirent tous des échecs assez sensibles. Si un tel résultat était déjà exaspérant pour les ennemis du président du Conseil, qu'ils croyaient au début pouvoir traiter en quantité négligeable à cause de son indifférence à l'égard des effets oratoires, la confiance extrêmement flatteuse que lui accordait le souverain, bien qu'il sût grandement en faire profiter le pays, lui suscita dès lors un courant de jalousie haineuse, dont l'intensité devait à la première occasion se manifester avec la dernière violence.
Pour l'instant on ne pouvait qu'applaudir aux deux nouvelles victoires remportées par la cause hongroise au mois de mai 1897. Quelques jours après l'inauguration d'un monument, dû au sculpteur M. Jean Fadrus, et érigé à Pozsony (Presbourg) à la mémoire de Marie-Thérèse, — car c'était dans cette ville qu'avait eu lieu le 1 1 septembre 1741 la scène historique où les membres de la Diète avaient poussé le cri célèbre : Moriamur pro rege nostro Maria Theresia! — François-Joseph prit la résolution de rendre hommage aussi à un de ses ancêtres de la famille des Arpâd, en ordonnant la construction à ses frais d'un monument funéraire pour les restes mortels du roi Bêla III, ayant régné de 1173 à 1196, et de sa femme Anne d'Antioche, fille de Renaud de Chastillon et petite-fille par sa mère de Bohémond II, roi d'Antioche, — monument destiné à servir de sarcophage définitif pour les ossements du couple royal et à augmenter encore la vénération que les Hongrois témoignent pour l'église du Couronnement de Bude, où il fut