‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 143 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

les lois de 1848, c'est-à-dire le 1 1 avril, se prêtait le mieux à une manifestation conforme aux tendances actuelles. Grâce à cette habile élimination des souvenirs irritants, soit pour la couronne, soit pour la nation, le cinquantenaire de 18 48 se passa sans compromettre la dignité du gouvernement ou froisser les susceptibilités de l'opinion publique.

Tout autre était l'attitude du baron Bânffy en face de la rapprezenianza (le Conseil municipal) de Fiume. Par suite d'une interprétation fantaisiste de la loi concernant l'administration de cet unique port maritime de la Hongrie, où il est dit qu'on le consulterait avant l'application des lois sanctionnées, celleci se crut autorisée à se mettre sur un pied d'égalité avec le Parlement de Budapest, où la ville envoie d'ailleurs son député, et à se montrer récalcitrante à l'égard de certaines dispositions légales du ministère. Comprenant qu'il ne s'agissait là que des manœuvres d une majorité fortuite, composée de conseillers municipaux croates ou italiens intransigeants, également désireux de voir s'éterniser les malentendus entre la Hongrie et une ville qu'ils voudraient en détacher et annexer soit à la Croatie, soit au royaume d'Italie, sans se laisser intimider par leurs protestations, le baron Bânffv procéda incontinent à la dissolution de l'assemblée antipatriotique, après avoir muni le gouverneur, dans l'espèce le comte Ladislas Szàpâry, des pouvoirs administratifs les plus étendus.

Par suite de la diversité d'origine des éléments ethniques qui constituent sa population, il y a en Hongrie une quantité considérable de noms patronymiques ayant le caractère étranger. Aussi y entreprit-on spontanément à cet égard une campagne de magyarisation dans la bourgeoisie, dès le milieu du dix-neuvième siècle. Ce fut ainsi que l'historien de la littérature hongroise François Schedel devint Toldi, que le poète Alexandre Petrovics et le peintre Michel Liebl changèrent leurs noms en Petœfi ou en Munkâcsy, les rendant sous cette forme familiers au monde civilisé tout entier par leurs chefsd'œuvre. Propager cette tendance au sein de la classe ouvrière à l'occasion du Millénaire fut une grande préoccupation pour le ministère d'alors. Sans faire attention aux réclamations des

journaux chauvins de l'Allemagne, le baron Bânffy rétablit dans plusieurs communes saxonnes de la Transylvanie les noms hongrois, dont on les appelait avant l'arrivée des colons allemands (à la fin du treizième siècle) , et que ceux-ci traduisirent avec le temps insensiblement dans leur langue maternelle.

Ce lut avec la même énergie qu'il arrêta les progrès du socialisme agraire qui commençait à sévir dans la Basse-Hongrie au moment de son entrée en lonctions, prenant tour à tour la forme de soulèvements sanglants, de grèvesde moissonneurs, et produisant des crises agricoles dangereuses. Pour y remédier efficacement, le cabinet du baron Bànffy ne se contenta pas d'expédients palliatifs; il présenta au Parlement un projet de loi concernant le règlement des rapports entre patrons et ouvriers agricoles. Bien qu'il ne soit appliqué que depuis peu, ce projet, devenu loi conformément à toutes les exigences du parlementarisme, produit déjà les plus heureux effets et semble ingénieusement unir la rigidité légale à l'humanité la plus indulgente. Au surplus, on peut mettre à l'actif du baron Bânffy les encouragements qu'il accorda au développement du principe des syndicats, que les abus et les malversations de quelques exploiteurs intrigants avaient complètement discrédité. On doit à sa sollicitude également une loi pour le règlement des exploitations forestières, ainsi que des mesures prises en vue de la replantation des vignes dévastées par le phylloxéra, de l'élevage et de la vente la plus avantageuse possible de la race chevaline. Des lois concernant le soulagement des honvéds âgés et infirmes, ainsi que celui des malades indigents, indiquent d'autre part l'étendue considérable et le caractère humanitaire de l'activité du cabinet du baron Bânffy, pendant la durée duquel eut lieu à Genève, le 10 septembre 1898, l'horrible forfait qui mit fin aux jours de l'impéralrice-reine Elisabeth.

Celle que les Hongrois appelaient dans un élan d'adoration familiale leur « Douce mère » , est une des figures les plus

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