‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 144 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

extraordinaires de l'Histoire, non pas seulement à cause de la similitude de ses douleurs inextinguibles qu'elle semblait fuir dans ses courses incessantes à travers le monde, avec celle de la Mère du Christ, particularité déjà profondément touchante cependant, mais surtout à cause de sa passion pour la justice qui prédominait son être et sous l'action impérieuse de laquelle elle entreprit l'reuvre de la délivrance de la Hongrie. OEuvre peut-être plus méritoire que celle de Jeanne d'Arc, — Française combattant pour la France, — tandis que pour Elisabeth de Bavière il ne s'agissait que d'un droit abstrait en quelque sorte, puisqu'elle connaissait à peine le pays qu'elle allait protéger, et la jeune vierge de Doraremy avait peut-être moins de difficultés pour se frayer un passage jusqu'à son roi. à travers la cour voluptueuse de Chinon, que n'avait l'impératrice d'Autriche au '< llofbourg " de Vienne pour arriver jusqu'au cœur de son époux, que la calomnie indisposait à toute minute depuis des années et systématiquement contre les Hongrois.

L'une, simple fille du peuple, défendant les droits de son souverain, et l'autre, issue d'une des plus illustres familles de l'Europe, se constituant l'avocate d'un peuple, elles servent toutes deux de suprême exemple dans l'exercice de cette solidarité humaine qui doit relier les couches sociales les plus éloignées les unes des autres, sous l'égide de la Justice et de la Charité. Qui sait, si en passant par Rouen pour se rendre à Sassetot, où elle voulait séjourner pendant la belle saison, la souveraine n'a pas fait ce rapprochement entre leurs destinées, avec le secret pressentiment de sa mort tragique, due à l'infamie de la stupidité brute, comme celle de Jeanne d'Arc était le résultat du crime de l'hypocrisie traîtresse !

Et l'influence bienfaisante de lauguste victime du lâche assassin ne cessa pas avec sa disparition : pareille au bouquet de fleurs qu'on vient d'emporter, mais dont l'odeur suave embaume longtemps encore l'endroit où il brillait par l'éclat de ses couleurs, — Timpératrice-reine Elisabeth répandit le bonheur en Hongrie même après sa mort. Pour l'emplacement du monument que les populations de la Hongrie veulent élever à la mémoire bénie de leur protectrice inoubliable au

moyen d'une souscription publique, François-Joseph choisit, sur la proposition du baron Bànffy, celui du fameux monument du général Hentzi, à cause duquel on avait tant parlé et écrit, qui avait coûté au comte Szâpàry sa présidence du Conseil et auquel on pouvait cette fois-ci en donner un autre, sans froisser l'amour-propre de 1 armée commune, si dévouée aux souverains et si chevaleresque envers les femmes. Il fut donc décide qu'il serait transporté au milieu de la cour d'une école militaire.

Outre l'exaltation en marbre et en bronze de la « Douce mère » de la Hongrie, on s'occupe encore à Budapest de la construction d'une chapelle de F « Adoration perpétuelle >- , consacrée aussi à son souvenir, que François-Joseph rendit impérissable déjà de son côté par la création de V ordre d'Elisabeth, destiné à la récompense de l'activité et des vertus féminines, comme le Parlement également par la création d'une loi, attestant devant la postérité la plus reculée, l'affection si profonde et si inaltérable pour la nation hongroise de l'éternellement regrettée défunte !

Le renouvellement décennal de l'arrangement financier et économique avec l'Autriche formait le problème le plus difficile à résoudre pour le cabinet du baron Bânffy. Car aux complications ordinaires produites parla conclusion du compromis, dans lequel tant d'intérêts diamétralement opposés se trouvaient aux prises et qui avaient rendu l'accord, déjà du temps de M. de Tisza, très laborieux, s'ajouta pas surcroît la situation intérieure inextricable de l'Autriche, encore à ce moment-là le théâtre d'une crise parlementaire des plus intenses, par suite de l'animosité aiguë de l'élément allemand et slave, amplifiée par les ravages de l'antisémitisme, — et que les inhabiletés des ministres qui se sont succédé à Vienne depuis

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