‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 145 sur 168 · CHAPITRE VI 3il · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI 3il

une vingtaine d'années, avaient inconsciemment de plus en plus envenimée. L'obstruction, pratiquée tour à tour par les uns et les autres avec la même brutalité, y provoqua la suppression du fonctionnement régulier de la vie constitutionnelle, expressément exigé pour celui des organes du dualisme. En voulant sauvegarder le principe du constitutionnalisme, on n'y pouvait appliquer que le paragraphe 14 de la Constitution autrichienne, restituant au souverain, au moins temporairement, tous les pouvoirs dont il s'était dessaisi bénévolement par l'octroi de la Constitution.

En face de cet état de choses déplorable, la situation du gouvernement hongrois était d'autant plus délicate, que, tout en voulant rester sur le terrain du droit strict, c'est-à-dire sur celui de la légitime défense des intérêts de la Hongrie, il avait l'air ou de profiter du désarroi de l'Autriche — selon le dire des journaux de Vienne — ou de laisser échapper une occasion unique pour avantager les Hongrois, — selon les reproches de l'opposition du Parlement de Budapest. D'après l'opinion du baron Bânffy, le rôle de son cabinet consistait au contraire exclusivement dans l'élimination des dispositions défavorables pour l'agriculture, le commerce et l'industrie hongrois du compromis précédent, dont l'application fournissait à cet égard des données irrécusables à quiconque s'occupe d'économie politique. Ce fut dans cette intention qu'on décida l'établissement d'un tarif douanier plus avantageux pour l'agriculture hongroise; que l'on exigea des chemins de fer autrichiens le transport à bon compte des denrées hongroises ou au moins la promesse de ne pas favoriser sous ce rapport les produits des autres États ; que l'on convmt de la création des postes d'attachés d'agriculture auprès des missions diplomatiques de r Autriche-Hongrie. Au point de vue financier, il était avant tout nécessaire que dans l'administration de la Banque austro-hongroise la parité de la Hongrie et de l'Autriche ne restât pas seulement un théorème. Dorénavant, la moitié de son Conseil d'administration se composera de citoyens hongrois et ses séances auront lieu alternativement à Vienne et à Budapest. Quant à la reprise du payement en

espèces, tant souhaitée par les hommes d'État hongrois, elle s'approche d'une manière sérieuse vers sa réalisation par suite de la restitution d'une somme de 62, 400,000 francs, eftectuée à la Banque par l'Autriche. Il a été également convenu qu en fait d'impôts sur la bière et le sucre, la perception ne profitera plus aux pays d'origine, mais aux pays où on les consomme. De ce chef, il résultera pour la Hongrie une économie annuelle de cinq à six millions de francs, que jusque-là, pendant trente ans, elle avait versés au gouvernement autrichien!

Pour obtenir des succès semblables, le baron Bânffy crut son absolue liberté d'action indispensable ; aussi soUicita-t-il du souverain, au moment des vacances parlementaires, exceptionnellement l'ajournement de la législature, afin que, sur la demande de vingt députés, on ne fût pas forcé de convoquer la Chambre des députés inopinément et d'y discuter des questions encore en suspens entre les deux gouvernements d'une façon inopportune. Mesure préventive, qui déplaisait d'autant plus à l'opposition qu'elle tut cause d'un incident parlementaire, concernant le droit de parler des députés, qui en aggrava le caractère soupçonneux (le 28 juin 1898). De là la hâte avec laquelle M. Horânszky, le président du " parti national » , publia son étude sur la quote-part dès les premiers jours du mois de juillet. En démontrant que, selon lui, il n'y avait aucune raison pour augmenter celle de la Hongrie dans les pourparlers qui devaient avoir lieu a cet égard entre les deux Parlements, ou faute du fonctionnement de l'un d'eux — comme c'était le cas — enlre les deux gouvernements, il condamnait d avance l'attitude du cabinet du baron Bânlfy et le rendait suspect devant l'opinion publique. Et comme on eut vent de la possibilité du renouvellement du compromis provisoire, — institué pour un atj en 1898, toujours à cause de la situation anticonstitutionnelle persistante de l'Autriche, — le même parti déclara un mois plus tard que l'opposition ne consentirait à aucun prix à ce renouvellement, que le président du Conseil avait trouvé lui-même jadis inadmissible.

En tenant compte de cette animosité exacerbée des adversaires du baron Bànlly, on comprendra aisément la vcliémence

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