‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 146 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avec laquelle l'opposition commenta la note officielle communiquée aux journaux de Vienne, annonçant qu'à la suite des entrevues de Vienne, d'Ischl, où résidait à ce moment le souverain, et de Budapest, il y avait accord écrit entre les deux {gouvernements, aussi bien au sujet du contenu qu au sujet de la forme du compromis; que le comte de Thun, le président du Conseil autrichien, était prêt à recommencer un nouvel essai avec le fonctionnement régulier du u Reichsralh » . Pour terminer, la note ajoutait que, vu la situation précaire du Parlement autrichien, il fallait prévoir aussi le cas où il devenait impossible d'aboutir à une conclusion, telle que l'article XII de la loi de 18G7 l'exigeait. «Or l'accord put se faire entre les deux gouvernements à l'égard de toutes les éventualités. »

L'effet que le vague de cette dernière phrase produisit fut désastreux, car on ne connaissait ni les conditions de l'accord, ni les éventualités visées. C'était permettre à l'opposition de l'interpréter à sa façon et d'en tirer des arguments sensationnels contre la politique du baron Banfly. Selon le « parti national » , cette explication " n'avait rien de sérieux » , et le comte Apponyi émit l'avis que rendre compte publiquement de ses intentions était une obligation inéluctable pour le gouvernement. Au surplus, les diverses fractions de l'opposition convinrent de leur action commune dès avant la réouverture de la session, — le « parti du peuple » , évideipment avec l'arrière-pensée delà révision des lois politico-ecclésiastiques, après la chute du cabinet Bânffy et la désagrégation du Il parti libéral. » Pour celui-ci, il s'agissait au contraire de la sauvegarde du droit de la majorité, toujours fidèle à son chef librement choisi, le président du Conseil, et convaincue de manquer à tous ses devoirs en se laissant terroriser par la minorité. Quant au baron BânflS, il se sentait invincible à cause du crédit dont il jouissait auprès de la couronne, et qu'il sut si généreusement faire fructifier au profit de la cause hongroise.

La coexistence des trois courants, aussi disparates qu'impérieux, engendrés par le principe religieux, le libéralisme et le loyalisme, devait fatalement provoquer des chocs terribles au

sein de la Chambre des députés. Et les incidents du dehors n'étaient pas de nature à diminuer leur rudesse. Le 1 0 octobre, c'est la Commission autrichienne de la quote-part qui annonce à la Commission hongroise que, selon ses calculs, la quotepart de la Hongrie ne peut pas être inférieure à 38 pour 100. Prétention que M. de Széll, comme président de la Commission hongroise, taxa d'inadmissible. Le 25 du même mois, il y eut une séance à huis clos au sujet de la soi-disant pression morale exercée par le baron Bânffy sur un sous-préfet lors des dernières élections.

Le 17 novembre commença l'attaque des «indépendants», à cause d'un entrefilet du Journal de V armée, organe du ministre de la guerre commun, dans lequel il fut dit qu'en transportant le monument du général Hentzi dans la cour d'une école de cadets, on donnait un exemple à suivre aux élèves. La rédaction de cette nouvelle n'étant pas des plus heureuses, selon l'opinion du baron Fejervâry, le ministre de la défense nationale lui-même, les orateurs de l'opposition eurent beau jeu pour appuyer sur le côté peu constitutionnel de renonciation du ministre de la guerre commun, car ce fut en combattant contre la Constitution hongroise que le général Hentzi trouva la mort pendant la défense de la forteresse de Bude, assiégée par l'armée constitutionnelle des honvéds (le 21 mai 1849). Par suite d'interruptions mal comprises, la discussion s'envenima alors à tel point que dans la séance de nuit du 21 novembre, aucun orateur ne put prononcer la moindre parole. Dès ce moment l'agitation gagna la population de la capitale, occasionnant des conflits entre la police et les députés de l'opposition (affaire Rakovszky), des duels entre ces derniers et les membres du gouvernement (duel de Perczel- Hollo) .

Si ces incidents étaient déplorables en eux-mêmes, car ils déconsidéraient le parlementarisme, leur but secret méritait la condamnation de tous les libéraux, puisqu'ils tendaient à la suspension détournée du fonctionnement régulier de la législature. Il aurait fallu discuter le budget de 1809, présenté à la Chambre des députés par M. de Lukâcs dès le 9 septembre.

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