‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 147 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OU au moins le projet de loi sur le douzième provisoire, présenté le 14 octobre; mais l'opposition ne voulait rien savoir ni de l'un ni de l'autre avant le renversement du cabinet du baron Bânffy. Devant son obstination, la grande majorité du « parti libéral » se rangea de l'avis de M. de Tisza, qui, pour parer aux éventualités, lui proposa la signature d'un projet de loi donnant l'autorisation au gouvernement de gérer les affaires du pays depuis le 1" janvier 1899 dans les mêmes conditions où il les eût gérées en ayant obtenu l'indemnité. La forme insolite de ce projet effaroucha un grand nombre de députés libéraux. Tout en condamnant sévèrement les agissements de l'opposition, maintenant désireuse d'accuser le cabinet devant la couronne, d'entreprises anticonstitutionnelles, ils croyaient plus opportun pour le bien public l'éloignement du pouvoir de la personnalité du baron Bânffy, que la continuation d'une lutte désastreuse pour tout le monde. De là la démission de M. de Josipovich, ministre de Croatie, remplacé par M. Ervine de Cseh, un des membres les plus sympathiques du « parti libéral » , d'où se retirent successivement plusieurs anciens ministres, tels que le comte Albin Csâky, M. Charles Hieronymi, avec un groupe de personnalités en vue; de là l'abandon du fauteuil présidentiel à la Chambre par Didier Szilâgyi , président, MM. Louis de Lâng et Charles de Kardos, vice-présidents.

Et cependant le baron Bânffy ne voulut pas encore passer sous les fourches caudines de l'opposition, ni profiter des dispositions de la loi Tisza. En proposant le dédoublement des séances, il espéra arriver à l'épuisement de la discussion sur l'indemnité et éviter une situation ex le.v, inconnue jusqu'alors dans les annales du parlementarisme hongrois.

N'ayant pu faire accepter cette proposition, il usa de son influence auprès du souverain pour en obtenir une courte prorogation de la Chambre — du 9 au 17 décembre — qu'il comptait employer en vue de la pacification des esprits. Cette bienveillance évidente de François-Joseph affola d'autant plus l'opposition — et notamment le « parti national » — que le grand public ne paraissait pas partager son aversion à l'égard

du président du Conseil. On l'avait déjà nommé citoyen honoraire de la capitale (le 12 novembre) ; maintenant c'était dans la circonscription électorale même du comte Apponyi — dans la ville de Jâszberény — qu'on préparait pour lui cette distinction civique ! Aussi un manifeste commun de toutes les fractions de l'opposition ne tarda-t-il pas à paraître, pendant que le baron Bànffy se trouvait à Vienne pour y exposer la situation à la couronne; manifeste où elles se défendaient de l'accusation d'être la cause de la crise parlementaire. Plus grave était l'accroissement du nombre des dissidents quittant journellement le » parti libéral " . Il était encore cependant assez fort pour pouvoir procéder à lélection des nouveaux présidents de la Chambre avec quelques chances de succès. Mais cette élection ne put quand même avoir lieu. En attendant, ce fut M. Joseph Madarâsz, un survivant républicain des catastrophes de 1849, qui présida les séances en sa quaHté de président d'âge, à vrai dire accomplissant avec la plus scrupuleuse ponctualité les actes monarchistes inhérents à cette fonction, — comme par exemple la transmission au souverain des lélicitations de la Chambre pour le jour de l'an.

Dès le début de la discussion au sujet de l'élection du président, il y eut alors une déclaration très symptomatique. Ce fut le comte Albin Gsâky qui la fit, en concluant à la nécessité du départ du baron Bànffy, — opinion soutenue le lendemain par M. Charles Hieronymi aussi. Dans une lettre adressée à ses électeurs, Didier Szilàgyi l'effleura de son côté, toutefois sans l'indiquer ouvertement. Entraîné par les flots des passions qui submergeaient alors la Chambre, M. Horànszky démasqua finalement les dernières batteries de l'opposition, quand le 23 décembre il fit l'historique des pourparlers qui avaient eu lieu entre le comte Apponyi, le baron Bànffy et lui, avant la proclamation de la « trêve de Dieu » du Millénaire. Ce fut sur le même ton passionné que le j)résident du Conseil — encore absent de Budapest — le démentit dans une lettre rendue publique. La suite ne put naturellement en être qu une provocation en duel de la part cie M. liorànszky. Seulement, comme ses témoins, le comte Etienne Kàrolyi et M. Nicolas

Page 1