CHAPITRE VI
de Szemere, ne voulaient pas; signer le procès-verbal tel que le baron Fejérvary et M. Kdinond Gajâry, les seconds du baron Bânffv. le comprenaient, il v eut d'abord deux duels entre eux quatre, précédant de quelques jours celui de leurs clients. Heureusement aucune de ces rencontres neut d'issue fatale!
Dans la dernière séance constitutionnelle de l'année 1898, M. Arpâd Szentivânvi, du « parti national » , annonça solennellement 1 ère de l'obstruction. Elle dura pendant plus d'un mois, empêchant toute discussion soit au sujet du budget, soit relativement à l'indemnité. Pour ne pas arrêter la marche du mécanisme gouvernemental, François-Joseph prolongea pour un an et par un décret le maintien de la quote-part, et M. de Lukécs, le ministre des finances, régla administrativement les payements à eftectuer par les caisses de l'Etat. C'était évidemment une situation intenable à la longue; la faire cesser devenait un besoin impérieux pour tout le monde. Le souverain en exprima le désir dans un conseil tenu à Vienne le 8 janvier, où il fut décidé qu'on entamerait des négociations avec l'opposition. Ce furent les trois chefs des dissidents, les comtes Jules Andrâssv, Albin Csâky et Didier Szilâgyi que le baron Banffy pria de servir d'intermédiaires entre le gouvernement et ses adversaires. Ceux-ci se réunirent le 10 janvier pour élire une Commission de pacification, composée de douze membres, parmi lesquels M. François Kossuth, président, le comte Apponyi, MM. Horânszky, Szentivânyi, Polonyi, etc. Cette Commission n'eut pas besoin de longs discours pour arrêter ses conditions : la première et la plus importante était l'éloignement immédiat du pouvoir du baron Bânffy. Celles du ministère ne furent connues que le 17 janvier, car le président du Conseil les soumit d'abord au souverain.
Après leur publication, on s'aperçut de la distance énorme qui séparait les deux propositions les unes des autres !
Maintenant on vit sortir de son attitude passive la Chambre des magnats elle-même. Sur la proposition de plusieurs de ses membres, on la convoqua pour le 18 janvier. Le cardinal prince primat Vaszary y exprima ses regrets au sujet de la
situation précaire du pays et pria instamment le président du Conseil de communiquer ses intentions à la haute Assemblée. Après la réponse très constitutionnelle de ce dernier, le comte Emeric Széchenyi présenta quand même un projet d'adresse au roi, lui demandant sa puissante intervention en faveur de la pacification. Ce projet, que le baron Bânffy qualifia de superflu, puisque les pourparlers en vue de l'entente étaient déjà engagés, n'obtint pas la majorité, et fort de ce nouveau succès, le président du Conseil semblait derechef ressaisir les rênes du gouvernement, quand une invitation, adressée par François-Joseph à M. Coloman de Széll à se rendre à Vienne pour y exposer devant la couronne son avis sur la situation, en changea brusquement la tournure. C'était remettre sur le premier plan une individualité politique de capacités extraordinaires, mais qui depuis son départ du ministère de M. de Tisza en 1878, semblait complètement renoncer à toute idée de retour au pouvoir, tandis qu'il ne faisait qu'accroître son savoir, que mûrir son expérience des hommes et des affaires, pour en faire profiter son pays à un moment où il en aurait réellement besoin! Pensée secrète des plus honorables que le souverain devina, comme il sentit que M. de Széll était seul capable de vaincre les difficultés pendantes.