L'ÈRE DE M. DE SZÉLL
Ce fut d'abord en vue du règlement des affaires communes qui avaient été complètement négligées au milieu de la double tourmente parlementaire autrichienne et hongroise, et qui, servant de liens indissolubles entre les deux parties de la Monarchie, tiennent particulièrement au cœur du souverain, que celui-ci s'adressa à M. de Széll, à l'interprète le plus autorisé des traditions de la politique de François Deàk. La formule proposée à cet égard par l'homme d'État hongrois, et après avoir reçu l'approbation de François-Joseph, était ainsi conçue :
" Comme on n'a pas été en mesure de conclure un compromis douanier et commercial entre les pays de la couronne hongroise et ceux représentés au « Reichsrath » , conformément aux dispositions du paragraphe 6 1 de l'article XII de la loi de 1867, — en raison du paragraphe 58 du même article de la même loi, qui admet que par suite de leur séparation légale des autres pays du souverain, les pays de la couronne hongroise puissent librement s'organiser sous la protection de leur gouvernement et de leur législation propres, et régler leurs affaires commerciales en instituant des barrières douanières,
— ces mêmes pays de la couronne hongroise se trouvent dans les conditions voulues pour se considérer comme un territoire douanier indépendant.
« Et comme on a soumis au surplus aux Parlements des deux pays de la Monarchie, et dans les délais fixés par le paragraphe 38 de l'article premier de la loi de 1898, des projets de loi concernant la prolongation des privilèges de la Banque austro-hongroise, ainsi que les affaires qui s'y rattachent, — mais comme les projets n'ont pas abouti, — concernant toutes ses affaires, ainsi que relativement aux relations douanières et commerciales, — à ces dernières notamment en raison du paragraphe 68 de l'article XII de la loi de 1867, d'après lequel « la Hongrie se réserve son droit légitime de disposer d'elle-même en toute indépendance et ses droits restant entiers aussi à cet égard », — on s'est décidé pour les dispositions suivantes : ... «
M. de Széll ayant été depuis de longues années consulté par la couronne, à l'époque des crises ministérielles, son intervention aussi active à ce moment ne surprit personne. On lui attribua si peu d'importance au point de vue de la solution de l'imbroglio ministériel, qu'on ne le nomma même pas parmi les successeurs éventuels du baron Bânffy, qui ne pouvaient être, selon l'opinion publique, que soit M. de Lukâcs, soit le baron Fejérvâry. Les succès financiers du premier, et la situation personnelle du second, camarade d'enfance du souverain, rendaient les combinaisons incontestablement vraisemblables. Aux yeux de François-Joseph, elles ne remplissaient pas cependant tout à fait les exigences de la situation, à cause de la participation très active de l'un et de l'autre à la lutte à peine interrompue. Le souverain comprit que, dans l'espèce, c'était avant tout un esprit très pondéré, légèrement sceptique à l'égard des hommes et néanmoins inébranlablement attaché au libéralisme constitutionnel, plutôt philosophique que pratique, dont la Hongrie avait besoin au lendemain de la sanction des lois politico-ecclésiastiques. La crise ayant été principalement psychologique, il fallait un homme politique d'une nature concentrée, spéculative aussi, pour l'apaiser définitive-