CHAPITRE VII
ment. Cette qualité rare entre toutes, qui pouvait la mieux posséder que l'élève de François Deâk, le solitaire et cependant toujours serviable M. de Széll? Pour le sonder à ce point de vue, François-Joseph le fit appeler seul auprès de lui, le 4 février. Mais s'il est sorti de ce suprême entretien en emportant la confiance absolue du souverain, son honneur l'obligeait d'offrir une dernière chance de salut au président du Conseil pour lui faciliter — en sa qualité de médiateur — son maintien au pouvoir. Afin que les pourparlers de pacification n'aient à subir aucun empêchement, on suspendit les séances de la Chambre pendant huit jours (8 février). Ils s'écoulèrent sans apporter de changement à la situation, l'animosité contre le baron Bânffy ayant atteint cette irréductibilité qui exclut toute transaction. Les travaux purement théoriques d'une Commission composée de quatre membres et s'occupant de la revision des règlements de la Chambre et de l'intervention des tribunaux dans les litiges électoraux, ne purent aboutir eux-mêmes à aucun résultat. Alors le président du Conseil et le médiateur se présentèrent une dernière fois devant François-Joseph pour plaider la cause de la dissolution de la Chambre — seul moyen pour le maintien du cabinet Bânffv — ou du rétablissement du fonctionnement régulier du parlementarisme, préconisé par M. de Széll. ISe voulant pas prolonger l'effervescence des passions politiques, le souverain se rangea de l'avis de ce dernier, malgré les sympathies qui l'attiraient vers le premier. Ce fut vers le 17 février que le baron Bânffy fit connaître au « parti libéral >• son intention de démissionner. Celui-ci en prit connaissance et lui exprima tous ses remerciements par la bouche de MM. de Rado et de Coloman de Tisza, pour son dévouement à la cause du libéralisme. Deux jours après la démission du cabinet, on apprit la nouvelle, déjà impatiemment attendue, du départ de M. de Széll pour Vienne, où François-Joseph le chargea de la formation du ministère et de la pacification des partis (le 20 février). Un mouvement de satisfaction générale accueillit le nouveau président du Conseil à son retour à Budapest, mouvement assez puissant pour aplanir, comme par enchantement, toutes
les difficultés de la situation. Aussi M. de Széll put-il annoncer dès le 23 février au " parti libéral " que le ministère était constitué et qu'il venait de signer, en sa qualité de président du Conseil futur, le pacte de paix avec les délégués de l'opposition. Ce document contenait les stipulations que voici :
K Les partis de l'opposition, tout en maintenant leurs principes respectifs, déclarent ne plus vouloir empêcher, après la formation du nouveau cabinet, ni l'élection du président de la Chambre, ni le vote de l'indemnité, des deux lois concernant le contingent, du compromis provisoire avec l'Autriche, du compromis avec la Croatie.
<i La discussion du budget doit se terminer, autant qu'il est possible, avant l'expiration du délai accordé au gouvernement pour l'indemnité.
« Il faut que la présentation du projet de loi concernant l'intervention des tribunaux en matière de litiges électoraux, passe conjointement avec la revision des règlements de la Chambre.
« C'est le texte accepté par les délégués des partis de l'opposition qui doit figurer dans le compromis définitif, conclu en vue des relations douanières et commerciales.
« Dans les affaires d'incompatibilité, en fait de chemins de fer vicinaux ou d'autres choses, dans les questions concernant les départements ou les communes, ou les pensions, etc., le président du Conseil fera à la Chambre des députés une déclaration rassurante, »
Ce procès-verbal était complété par l'adjonction des projets de loi concernant l'intervention des tribunaux en matière de litiges électoraux, la revision des règlements de la Chambre et le texte formulé par M. de Széll, ayant trait au compromis douanier et commercial définitif avec l'Autriche. Toutes ces mesures reçurent l'approbation royale deux jours après. De là, les seize rescrits de François-Joseph, publiés le 27 février dans le journal officiel. Le premier contenait l'acceptation de la démission du baron Bânffy, en lui conférant, en même temps, le grand cordon de l'ordre de Saint-Étienne, c'est-à-dire la plus haute distinction en Autriche-Hongrie. M. Ladislas de