‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 153 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les conditions satisfaisantes au point de vue de la politique intérieure, dans lesquelles on ferma le 1 6 mai 1899 la deuxième session de la législature de 1896, — comme on pouvait le voir si orageuse, — étaient fortement contre-balancées par la situation critique dont la solution incombait au cabinet de M. de Széll, au sujet du compromis économique avec l'Autriche. Il s'agissait de mettre d'accord les stipulations arrêtées entre le gounement autrichien et le ministère du baron BânFfy, avec celles contenues dans le pacte de paix conclu entre M. de Széll et les délégués de l'opposition, cités plus haut. D'abord, au commencement du mois de mai il y eut échange de communications entre les deux ministères autrichien et hongrois. Ensuite le comte de Thun et les ministres Kaizl et Dipauli se rendirent à Budapest (le 8 mai), voyage suivi du départ pour Vienne de M. de Széll et de ses collègues les plus intéressés dans la question (le 23 mai). Mais ces pourparlers n'aboutirent pas, comme n'a pas abouti le Conseil tenu sous la présidence de François- Joseph non plus (le 25 mai), parce que le pacte de paix exigeait le maintien de la formule de M. de Széll, tandis que les ministres autrichiens se cramponnaient à la rédaction moins intransigeante du baron Bânffy. Pour leur démontrer l'impossibilité où se trouvait le président du Conseil de leur céder, il fit finalement à la Chambre des députés de Budapest la déclaration suivante : qu'il ne voulait plus accepter un nouvel ajournement de la solution définitive, ni consentir à des changements à l'égard de ses promesses consignées dans le pacte de paix, mais qu'il était prêta renoncer au pouvoir s'ilne réussissait pas à faire prévaloir son point de vue. Cette franchise lui valut les acclamations de tout le Parlement, comme elle le rendit invincible aussi en face du ministère autrichien. Ce fut donc le triomphe le plus complet qu'il put annoncer le 14 juin à la

Chambre des députés hongroise. Le résultat n'altérait rien quant à l'esprit lui-même des stipulations du pacte, et les quelques modifications apportées, concernant quelques détails, furent lai'gement compensées parles avantages généraux, toujours dus à la Hongrie, mais jamais concédés. Il laut ranger au nombre de ceux-ci l'arrangement d'après lequel il y a simultanéité dans l'expiration du compromis et des traités de commerce internationaux de la Monarchie, ainsi que dans la possibilité défaire cesser le privilège de la Banque austro-hongroise à la même époque, — en 1907, — mesures préventives qui facilitent singulièrement la séparation économique des deux pays en cas de non-réussite du compromis prochain. M. de Széll présenta à la Chambre ce jour-là aussi le nouveau projet concernant le règlement des relations commerciales et douanières, que le Parlement ne tarda pas à ratifier à une grande majorité, tout en élisant entre temps une Commission en vue du renouvellement du compromis financier avec la Croatie.

On se tromperait radicalement si on croyait que dans ces négociations, ce soit uniquement le côté économique qui préoccupe les contractants autrichiens. L'àpreté avec laquelle ils combattent généralement les propositions de la Hongrie, provient de lirritation qu'ils éprouvent inconsciemment en subissant malgré eux l'ascendant politique indéniable des hommes d'État hongrois de la trempe d'un M. de Tisza ou de M. de Széll, ascendant qu'ils doivent taxer d'humiliation, qu'ils voudraient faire oublier par leur hégémonie économique, industrielle et financière, étant convaincus de leur supériorité à cet égard. Or, les questions purement matérielles ne pouvant jamais avoir le pas sur les questions morales, par la force des choses, ce sont encore les Hongrois qui ont également raison dans ces contestations, se tenant toujours sur le terrain du droit strict, du libéralisme éclairé et du progrès incessant. De là cette largeur d horizon intellectuel, ce caractère de bienveillance patriarcale, cette tendance continue vers la perfection, indispensables au détenteur temporaire du pouvoir en Hongrie : de là la nécessité qui le contraint à se tenir sur une hauteur spéculative élevée, presque théorique, afin qu'au

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