‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 155 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

" D'autre part, il faut accumuler des forces en veillant avec sollicitude aux intérêts de la nation, il faut s'occuper de toute chose et de tout le monde avec amour. En se comportant ainsi, on décuplera les forces de l'État liongrois. Quant à celui-ci, il n'a pas besoin de procéder par intimidation, il n'a besoin que d'autorité. Ayant de l'autorité et n'effarouchant personne, il attend de la part de ceux chez qui c'est nécessaire, du respect, de la reconnaissance et de la soumission. C'est ainsi qu'il doit concentrer ses forces, s'affermir et se développer, afin qu il devienne une forteresse inexpugnable, afin qu'il puisse offrir un abri confortable même à ceux qui ne parlent pas le hongrois, dont la langue maternelle est tout autre, et à qui on ne doit pas reprocher d'aimer cette dernière, pour en faire des heureux, des satisfaits désireux de rester sous sa tutelle !

« Il faut les attacher par leurs propres intérêts. Ce ne sont pas des forces centrifuges, mais des forces centripètes, qu'il faut créer et cultiver, forces ayant la vertu d'attirer et d'attacher tous ceux qui sont enfants de cette patrie, malgré la différence de leur langage!

» Je pense que si c'est de la politique hongroise, c'est celle du bon sens aussi et, en tout cas, c'est celle que je suis et que je suivrai toujours! »

Comme il y eut de longs débats à ce sujet, M. de Széll les termina en conjurant la 'Chambre des députés de ne plus s'occuper de la question des nationalités et en déclarant que, s'il sait serrer les mains avec affection, au besoin il sait les broyer aussi, sans accepter cependant la devise : timoretamor. Il rappela aussi que les principes qu'il défendait ne manquèrent jamais de protagonistes en Hongrie. Les plus grandes figures de l'époque légendaire de 1860 à 1870 le furent et, notamment, Didier Szihigyi, président de la Chambre au moment des fêtes millénaires. « Si les Saxons de la Transylvanie brûlent de se jeter dans les bras de l'Allemagne, ajouta-t-il finalement, cette embrassade ne peut avoir lieu qu'avec la permission de la Hongrie. Quant aux Daco-Roumains, nous leur apprendrons qu ils n'ont rien à chercher ici avec leurs théo-

ries. Car cette Monarchie et ce pays sont assez forts pour défendre, contre les aspirations biscornues et enfantines, ce qu'ils ont su conserver pendant mille ans! "

Grâce à des déclarations semblables, aussi conciliantes que fermes, M. de Széll sut complètement rassurer les nationalités, tout en sauvegardant les droits imprescriptibles de la Hongrie. Son plus grand succès remporté à cet égard, est le rétablissement du fonctionnement normal de la Constitution à Fiume. Après avoir boudé pendant trois ans, les habitants de la ville adriatique, très impressionnés par la visite faite à leur port par une escadre anglaise, commandée par lord Beresford (juillet 1900), comprirent que leur attitude frondeuse n'arrêtait ni l'activité bienfaisante du gouvernemeut hongrois, ni même leur prospérité croissante, due à l'importance que donne à Fiume l'écoulement des produits de la Hongrie, en raison duquel elle devient la rivale redoutée de Trieste et de Venise. Pour renouer les relations anciennes, ils allèrent donc frapper au cabinet de M. de Széll, qui écouta complaisamment leurs doléances et leur permit la convocation des électeurs, en vuede Télection d'une nouvelle rappresentanza (Conseil municipal), sans abandonner cependant une seule parcelle des droits constitutionnels de la Hongrie. Les élections eurent lieu le 24 janvier 1901, et, parmi les 56 membres élus, ce furent les partisans de la solution légale qui obtinrent la majorité.

Comme on célébrait, pendant l'année 1899, en Hongrie, le cinquantenaire des dates les plus marquantes, et, par conséquent, les plus attristantes aussi de la guerre constitutionnelle de 1849, le gouvernement ne pouvait pas rester indifférent en face de ces manifestations patriotiques spontanées. M. de Széll les jugea tellement motivées et naturelles, qu'il fit tous ses efforts pour en rehausser l'éclat. Ce fut ainsi qu il proposa à la Chambre des députés de se faire représenter par son président lui-même, à la solennité d'Arad, consacrée à la mémoire de treize généraux hongrois, qu'on y avait exécutés le 6 octobre 1849; proposition qui dépassa celle des «indépendants" qui ne demandaient que l'envoi d'une couronne que de cette

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