‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 156 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

façon M. de Perczel déposa personnellement au pied du monument élevé en souvenir des victimes.

Mais, quelque vivace que soit ce dernier dans le coeur de tout bon Hongrois, il n'appartient pas moins à un passé déjà à jamais évanoui devant les résultats magnifiques produits par la réconciliation de la maison régnante avec la Hongrie et du compromis de celle-ci avec l'Autriche. Ils firent l'étonnement des visiteurs accourus des cinq parties du monde, de r exposition universelle de Paris de 1900, où ce (ut la première tois que la Hongrie figura au milieu des peuples de l'univers, d'une façon tout à fait indépendante. lieprésentée dans tous les groupes, — celui des coloniesexcepté, — elle captiva l'attenlion des hommes compétents et des connaisseurs, à juste titre, par le caractère élevé du plan d'après lequel on avait organisé chaque section, non pas en vue de profits matériels, mais pour donner une idée exacte de la richesse naturelle du pavs, ainsi que de l'activité artistique, industrielle et agricole de ses habitants. Quant au pavillon hongrois, résumant ingénieusement à l'extérieur l'histoire de l'architecture en Hongrie, il rappelait les événements les plus saillants des annales hongroises, an moyen d'une quantité d'objets d'art de valeur intrinsèque et archéologique inestimable. Aussi attirait-il une foule de curieux, sans discontinuité, dans ses salles, aménagées avec goût et niéthode, dont l'enfilade conduisait au hall consacré à la glorification des hussards [Husz signifie, en hongrois, vingt : de là huszar^ soldat fourni et équipé par vingt familles) , — ces prototypes hongrois de la cavalerie légère, — introduits dans toutes les armées de quelque importance. Si le mérite de la réussite de l'exposition hongroise, ayant obtenu 1,276 récom[)enses, dont plus de 140 grands prix, revient principalement à MM. Darânyi et de Hegedus, ministres de Tagricnlture et du commerce, qui en ont toujours plaidé la cause, devant le Parlement, avec la plus infatigable sollicitude, il est nécessaire d ajouter qu'ils étaient très heureusement inspirés aussi, en confiant les postes de commissaire général et de commissaire adjoint à deux personnalités du savoir et de l'expérience de M. liéla de Lnkâcs, l'ancien ministre du commerce, et de

M. Edmond de Miklôs, membre des plus distingués de la Chambre des députés (1).

Le court séjour que Maurus Jokai, le célèbre romancier de la Hongrie, fit à Paris, pour visiter l'Exposition, ayant également présenté ses hommages à M. Emile Loiibet, président de la République, fournit aux littérateurs français les plus illustres plus d'une occasion quand même pour lui témoigner leur vénération admirative aussi bien à cause de ses qualités d'écrivain incomparable, qu'à cause de sa participation aux événements de 1848; tandis que l'éloquence parlementaire hongroise remporta de son côté un très beau succès aussi au Congrès interparlementaire, réuni au palais du Luxembourg sous la présidence de M. Fallières, président du Sénat, où en recommandant l'organisation de la presse de chaque pays en vue de la propagation des idées pacifiques, et, au cas échéant, de l'éclaircissement des malentendus internationaux, le comte Albert Apponyi tint longuement son auditoire, recruté parmi les membres les plus éminents des divers Parlements du monde, sous le charme de sa parole (le 31 juillet 1900).

Entre temps — le 1" juillet — eutlieuà Reichstadt le mariage morganatique de l'archiduc François-Ferdinand, neveu et, depuis la mort de son père, l'archiduc Charles-Louis, héritier présomptif de François-Joseph, avec la comtesse Sophie de Chotek, devenue princesse de Hohenberg et Altesse Sérénissime. Cet acte, inspiré par l'affection mutuelle la plus invincible des époux, ne put s'accomplir sans la régularisation de leur union au point de vue du dualisme. Car, selon les lois spéciales régissant les faits et gestes de la famille des Habsbourg (Hausgesetze) , évidemment valables en Autriche, où

(1) On doit attribuer le suicide surprenant du commissaire général hongrois, universellement estimé, au surmenage moral et physique inhérent à une position qui exificrait des efforts considérables même de la part d'une personne connaissant parfaitement Paris et le monde parisien, très au courant de ses us et coutumes, et qui devait fatalement exacerber une nature contemplative orientale, prenant trop à cœur sa responsabilité envers son gouvernement et les exposants. Pour mettre sa mémoire à l'abri de tout soupçon pouvant entacher son honorabilité, il fut enterré aux frais du gouvernement, avec les honneurs dus à sa qualité d'ancien ministre et de conseiller intime effectif.

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