CHAPITRE VII
la source du droit est indirectement, même aujourd'hui, la volonté du souverain, il est admis que les membres de la famille régnante ne peuvent se marier qu'avec des personnes de rang équivalent ; avec d'autres, leur mariage ne les lie qu'au point de vue moral et sans avoir de conséquences politicjues, puisque leurs femmes et enfants n'appartiennent pas à la famille impériale et royale. La Constitution hongroise ne connaît pas ces subtilités, et considère que l'épouse d'un roi apostolique ne peut être qu'une reine, et l'enfant issu de leur union qu'un héritier du trône.
En face de l'abîme qui sépare ces deux interprétations et pour tarir d'avance la source inépuisable des difficultés qui pourraient plus tard facilement jaillir de leur application simultanée dans les deux moitiés de la Monarchie, au plus grand détriment de la tranquillité intérieure, M. de Széll jugea indispensable l'intervention du Parlement hongrois dans le règlement définitif de la question. C'était à la fois une marque de déférence à l'adresse du constitutionnalisme et un trait de philosophie politique mettant le salut de l'État pour toujours à l'abri des orages du cœur humain. Aussi 1 opposition lui semblait-elle reprocher la rapidité avec laquelle les dispositifs de son projet de loi, énergiquement soutenu par Didier Szilâgyi, essayaient de rendre irrévocables les déclarations solennelles et désintéressées de l'archiduc François-Ferdinand, renonçant aux droits qui revenaient à l'épouse selon son choix et à ses enfants. La manière de procéder du président du Conseil hongrois, exposée dans deux discours des plus réussis, finit cependant par lui procurer un triomphe à la Chambre des députés et à être imitée par M. de Kœrber, le président du Conseil autrichien, quelques mois plus tard.
Malgré le nombre restreint des sujets austro-hongrois résidant en Chine et l'insignifiance des échanges commerciaux entre la Monarchie des Habsbourg et l'Empire du Milieu, le comte Goluchovski, ministre des affaires étrangères, n'avait pas cru admissible que lAutriche-Hongrie pût se soustraire à ses devoirs de grande puissance, en manquant au rendez-vous que les grandes nations principales s'étaient donné àl'embou-
chure du Peï-Ho, en voulant aller au secours de leurs légations de Pékin, assiégées par les Boxers. Si la poignée d'hommes qui, par sa bravoure, y a fait beaucoup d'honneur au nom austro-hongrois, suffit largement pour sauvegarder les intérêts moraux des États des couronnes autrichienne et hongroise, le " settlement » de Tien-Tsin, acheté dernièrement à beaux deniers comptants, constitue, en ce qui concerne la Monarchie, l'unique mainmise sur le territoire chinois.
Estimant que l'on doit considérer l'an mil, au cours duquel la couronne royale fut envoyée à saint Etienne — premier roi de Hongrie — par le pape Sylvestre II, comme la date de la transformation du pays en État constitué, le cardinal prince primat d'Esztergom (Gran ou Strigonie) célébra le neuf centième anniversaire de la victoire du christianisme chez les Hongrois le jour de l'Assomption de 1900. François-Joseph s'y fit représenter par l'archiduc Frédéric, et M. de Széll s'y rendit aussi, non seulement pour démontrer une fois de plus qu'il savaitallier son libéralisme à toute épreuve à la religiosité, mais encore pour donner à comprendre au clergé catholique que, restant sur le terrain du patriotisme, il pourrait toujours escompter d'avance la déférence bienveillante du gouvernement.
Le 24 septembre suivant, Budapest reçut la visite de Muzafer-ed-Din, le schah de Perse, hôte de François-Joseph depuis son entrée sur le territoire de la Monarchie. Si les habitants de la capitale de la Hongrie le reçurent particulièrement enthousiasmés, ce fut moins en souvenir de son père Nassr-ed-Din, dont les mémoires contiennent des pages très élogieuses sur Budapest, où il était allé en 1873, qu'à cause des relations antiques, sinon de la parenté lointaine des Hongrois avec certaines races de la Perse, qu'attestent plusieurs mots provenant de la mythologie du mazdéisme d'origine iranienne, et conservés encore aujourd'hui intacts dans la langue hongroise. Et ce sentiment de consanguinité était si vivement éprouvé par Muzafer-ed-Din lui-même, qu'avant de retourner dans ses Etats, il fit un nouveau séjour dans la capitale hongroise, — naturellement cette fois incognito.
Pendant l'automne de 1900 parut le projet, depuis de