‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 158 sur 168 · CHAPITRE VII 33T · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII 33T

longues années en élaboration, d'un Code civil liongrois. En attirant sur lui la curiosité d'un public compétent avec prière de communiquer à son ministère les critiques éventuelles suggérées par la lecture, c'est une œuvre parfaite, digne de la réputation des légistes hongrois, qu'espère obtenir M.Alexandre Plosz, le ministre de la justice. Avant l'expiration du délai de cette consultation publique originale, il s'occupe déjà aussi, d'autre part, du remaniement radical de la procédure judiciaire, toujours en consultant consciencieusement les avis des illustrations de la magistrature et du barreau.

Au Parlement, de plus en plus assagi par l'influence ù la fois pacificatrice et stimulante au travail de M. de Széll, on vota en 1900 une loi présentée par M. Darânyi, réglant la situation des ouvriers agricoles à l'égard des patrons, et en 1901 une autre, présentée par M. de Széll, comme ministre de lintérieur, concernant la création de plusieurs maisons de refuge pour les enfants assistés n'ayant pas atteint l'âge de sept ans.

Quelques mois plus tard on accueillit avec joie le corollaire de cette mesure profondément humanitaire, c'est-à-dire la loi qui s'occupe de la subsistance et de l'éducation de ces enfants si dignes d'intérêt, ayant déjà dépassé I âge de sept ans, et devant cette nouvelle preuve de la sollicitude philanthropique de M. de Széll, les applaudissements ne partirent pas seulement de la Hongrie, mais aussi de 1 Autriche, où — d'après les données statistiques — il y en a jjar an une cinquantaine de mille, originaires des pays de la couronne de saint Etienne, qui tout en coûtant énormément d'argent à leurs commuDCs d'extraction, n'en causent pas moins beaucoup de soucis à une foule d'administrations communales autrichiennes.

Avoir imprimé ainsi au caractère de son gouvernement le trait de la Force pondérée et bienfaisante, eût largement suffi

à rambition de plus d'un homme d'État célèbre. Pour M. de Széll, l'exécuteur respectueux des intentions de François Deàk, ce n'était qu'un acheminement vers le but principal de ses constantes préoccupations : faire de la Hongrie le prototype des pays parlementaires, en y entourant les élections législatives de toutes les garanties qui peuvent en assurer la pureté et la sincérité. Si la loi concernant l'intervention des tribunaux en matière de litiges électoraux, était à cet égard déjà un progrès considérable sur la manière de procéder antérieurement en usage, le président du Conseil crut qu'après avoir élevé des obstacles sérieux contre les abus dont les candidats pouvaient se rendre coupables par la corruption des électeurs, — ne savait-on pas pertinemment qu'il y avait des élections ayant coûté des sommes considérables, — il restait à épurer encore le corps des députés lui-même, par l'élimination de tous ceux qui, par suite de leur position dans les entreprises financières, industrielles et commerciales, et par suite des relations d'affaires éventuelles de ces entreprises avec les administrations de l'État, ne fournissaient pas assez de gages de leur indépendance en face du gouvernement.

A vrai dire, une loi définissant les cas d'incompatibilité entre le mandat législatif et certaines situations n'était pas une nouveauté pour la Hongrie. Celle de 1875 avait eu le mérite d'être créée du vivant et sur les instigations de Deâk, et de porter conséquemment les traces de ses inspirations indirectes. Mais le développement économique et social du pays ayant pris depuis des allures vertigineuses, elle est devenue aujourd'hui tout à fait insuffisante, et a permis à la jalousie et à la malveillance de traîner devant les populations la vie privée de tous ceux, parmi les députés, à qui leurs capacités assurent une légitime influence dans les régions de la haute finance, de la grande industrie et du commerce en gros. Aussi, comme les personnalités de celte nature sont forcément pour le maintien de ce qui existe et se groupent instinctivement autour du gouvernement, les écarter de la députation ne pouvait être jusqu'ici que l'intérêt de l'opposition. Opinion tellement ancrée dans la conscience publique qu'il y a à peine un

Page 1