CHAPITRE VII
présidents des différentes Sociétés artistiques, des artistes élus par leurs confrères, et des connaisseurs, nommés par le ministre. Et à côté de cette création si favorable à l'épanouissement ultérieur du génie artistique de la Hongrie, M. Wlassics travaille aussi sans répit à la multiplication des écoles primaires, entretenues aux frais de l'État, destinées à combattre 1 ignorance et à répandre les sentiments patriotiques dans les milieux les plus arriérés ou les plus exposés aux agissements de l'irrédentisme militant.
Mais les encouragements accordés et les efforts tentés en fait d'art et d'instruction ne satisferaient pas l'esprit synthétique de M. de Széll, s'ils n'étaient pas complétés par des succès parallèlement remportés sur le terrain des intérêts matériels. De là cette activité fiévreuse dans les ministères des finances, de l'agriculture et du commerce, spécialement chargés de leur protection.
Grâce à la confiance illimitée qu'inspire universellement la présence de M. de Lukécs à la tète du premier, les capitaux étrangers commencent à affluer abondamment sur le marché monétaire hongrois. Depuis le mois de juin passé, les institutions de crédit parisiennes les plus sérieuses — telles que la << Société générale » et la « Banque de Paris et des Pays-Bas 3) — y sont devenues elles-mêmes des clients permanents, en participant à l'élévation du capital de la « Banque hypothécaire hongroise » et à son émission d'obligations communales. Aussi assista-t-on enfin, le 1" septembre 1901, à la suppression partielle du cours forcé et à l'apparition des monnaies d'or aux guichets de la Banque austro-hongroise, les dernières coupures en papier émises par l'État ayant été retirées de la circulation. Résultat joyeusement salué par les populations de la Monarchie tout entière, mais qu'on doit surtout à la création du dualisme et aux mesures financières proposées par M. Wekerle, c'est-à-dire indirectement et directement au génie hongrois.
Pour se montrer équitables envers la province en général et les régions les plus éloignées les unes des autres et les plus dissemblables en particulier, MM. Darânyi et de Hegediis
contribuèrent puissamment cet été à l'organisation de plusieurs expositions départementales agricoles et industrielles, — notamment à Temesvâr, Màko, Kecskemét et Marmaros- Sziget, — soit dans la Basse-Hongrie, soit aux pieds des Garpathes orientales. C'étaient autant de stimulants pour l'esprit d'initiative de ces contrées, qui ne connaissaient pas bien encore leurs forces et leurs faiblesses réelles, et à qui la réu nion systématique semblable de leurs produits va définitivement ouvrir les yeux à cet égard. D'ailleurs, pour atteindre ce même but, dernièrement on fit paraître en outre un ouvrage aussi, sous le haut patronage de M. le Ministre du commerce, dans les vingt volumes duquel on décrit tous les établissements industriels de la Hongrie au point de vue de leur importance productive, de leur personnel et de leur chiffre d'affaires.
Si une telle enquête démontre clairement à elle seule le caractère profondément consciencieux du gouvernement de M. de Széll, la circulaire que M. le Ministre de l'agriculture adressa à la veille des moissons aux grands propriétaires terriens, fournit une preuve irrécusable de sa sollicitude paternelle à l'égard des ouvriers agricoles, ainsi que de ses tendances hautement pacificatrices en face des questions sociales à Tordre du jour. Car il y est chaudement recommandé de ne pas laisser tomber en désuétude les fêtes qui eurent jadis lieu le jour de la rentrée aux granges des dernières gerbes. C'est une occasion en quelque sorte unique pour rapprocher les propriétaires et les ouvriers dans la satisfaction générale, et pour atténuer ainsi les sentiments hostiles que pourrait faire naître dans le cœur de ceux-ci la vue de la profusion des dons de la nature chez les premiers.
Ce fut donc au milieu du bruit rassurant des échos de ces fêtes champêtres, et conséquemment d'une façon d'autant plus impressionnante, que la Hongrie apprit la mort subite de Didier Szilâgyi, survenue le 30 juillet. Le libéralisme perdit en lui un de ses champions les plus capables et les plus dévoués, à qui l'on doit incontestablement en grande partie le triomphe des lois politico-ecclésiastiques, et grâce à l'attitude énergique de qui on avait pu sortir de l'impasse où