EPILOGUE
rieux, pour couper le slavisme en deux tronçons, pour barrer le chemin au bvzantinisme d'abord, et ensuite à leur consanguin, 1 envahisseur turc, pour y devenir le levain du libéralisme dans le voisinage du courant réactionnaire hispanoautrichien et à la portée de l'autocratie moscovite, dont ils parviennent même à détruire l'intime et redoutable union!
De résultats aussi considérables ils ne pouvaient conclure évidemment — avec une infime graine de la superstition nationale — qu'à leur prédestination, que la croyance secrète en un u Dieu hongrois » spécial, dans l'antiquité fabuleuse de leur origine, ne devait que confirmer. De là le trait optimiste qui prédomine dans leur caractère; de là leur tolérance et leur longanimité, frisant la nonchalance et l'insouciance, à cause desquelles ils servaient si souvent de cible aux saillies mordantes des beaux esprits viennois.
Au fond, leur indifférence n'a jamais été qu'apparente. En réalité, ils veillaient d'autant plus jalousement sur le sort des éléments constitutifs de leur existence nationale, qu'ils se sentaient peu nombreux, et qu'ils savaient ne pouvoir demander aide et protection à personne. Aussi, tout en courant plus d'une fois au-devant de désastres certains, avec des élans héroïques légendaires, ne méprisaient-ils jamais la valeur des négociations diplomatiques, sans oublier cependant que leur efficacité dépendait de la somme de franchise avec laquelle elles sont conduites, et on veut les faire aboutir. Manière de voir partagée de tout temps par leurs hommes d'État les plus fameux, y compris M. de Széll, toujours enclins aux transactions nécessaires et avantageuses pour le pavs.
Maintenant, c'est vers la défense de lintégrité de la Monarchie et le maintien du dualisme que convergent les énergies de la politique hongroise, bien que l'on ne soit pas encore à la veille de cette soi-disant désagrégation imminente du patrimoine des Habsbourg, que des financiers retors, jouant à la baisse des fonds austro-hongrois, font pronostiquer avec plus de solennité que de sérieux. Mais il n'en reste pas moins vrai qu'il faudra laisser écouler un long laps de temps avant que l'Autriche, politiquement ankylosée par les régimes absolu-
listes précédents, puisse paisiblement jouir des bienfaits des institutions libérales. Vu leurs vertus fécondantes et l'influence que l'exemple de leur fonctionnement régulier en Hongrie doit exercer forcément sur les membres les plus violents eux-mêmes des partis les moins recommandablés du Reichsrath, il Faut espérer que finalement on y comprendra dans tous les camps à quelles déchéances on s'exposerait en déchirant follement les conventions bilatérales de la Pragmatique sanction.
Ce n'est donc pas seulement par sa situation géographique que la Hongrie est appelée à relier ensemble les provinces autrichiennes, sous tous les rapports si éloignées les unes des autres, mais moralement aussi, et plus encore peut-être, en raison de sa stabilité constitutionnelle et de l'atmosphère vivifiante de son libéralisme.
Gonséquemment, désirer aujourd'hui la conservation de la monarchie des Habsbourg, — et ceux qui ne voudraient pas voir l'Allemagne s'accroitre de treize millions d'habitants et parvenir jusqu'à l'Adriatique doivent être du nombre, — c'est souhaiter avant tout la prospérité et la puissance de la Hongrie.
L'auteur de cette étude a démontré qu'elle les mérite réellement. Que Dieu lui permette d'en être digne toujours!
Le présent volume devait se terminer ici. Mais il est impossible de ne pas y ajouter encore, pour 1 édification du lecteur, le texte du discours du trône, prononcé par François-Joseph le 28 octobre dernier, à l'ouverture de la législature nouvellement élue, et inspiré évidemment par le président du Conseil, M. Goloman de Széll. Car, si c'est une manifestation très importante de la politique hongroise, dont elle révèle beaucoup mieux l'élévation que les commentaires les plus étudiés, on y trouve en même temps tout le programme gouvernemental que la Hongrie entière approuve avec enthousiasme, et dont l'exécution scrupuleuse est largement assurée, tant par Ja bonne volonté de chacun des facteurs constitutionnels, que