CHAPITRE PREMIER
l'extérieur, qui ne pouvait se faire sentir d'ailleurs réellement que dans les États catholiques de la Confédération {jermanique, le relâchement des relations avec la Russie l'a complètement annihilé.
Il a pris naissance à la suite de l'attitude flottante de l'Autriche pendant la {juerre d'Orient de 1853 à 1856, que l'empereur Nicolas P' a qualillée de plus noire injjratitudc, sans se rendre compte qu'en voulant étendre son protectorat sur tous les chrétiens orthodoxes de l'Empire turc, il a menacé indirectement l'Autriche aussi, à l'égard de la population orthodoxe de laquelle il pouvait s'arroger un jour les mêmes prétentions. Raison incontestablement suffisante pour expliquer la neutralité du cabinet de Vienne et pour affirmer même qu'il a été non seulement à l'abri de tout reproche dans cette circonstance, mais qu'il a agi sciemment contre ses propres intérêts quand, en voulant protéger la Russie du côté des Principautés danubiennes, il les a fait occuper par ses armées. Ce fut un acte désintéressé et inspiré par la reconnaissance, car il greva considérablement le budget déjà si mal équilibré de la Monarchie et il aliéna complètement les sympathies des puissances occidentales au profit du royaume de Sardaigne qui, devenu leur allié, eut là une occasion unique pour mériter leur bienveillance en vue de la réalisation de ses rêves : l'unité italienne.
Et le bénéfice que la cause hongroise en tirait n'était pas moindre. Car quelles que fussent l'aversion de Napoléon III contre les éléments révolutionnaires, parmi lesquels figuraient les Hongrois aussi depuis la proclamation de la déchéance de la maison des Habsbourg, quelle qu'ait été l'affection traditionnelle de l'Angleterre pour cette dernière, par le canal de l'armée turque, remplie d'officiers hongrois, il s'infiltrait dans l'opinion publique de l'Occident un courant favorable à la Hongrie que les maladresses du gouvernement autrichien ne purent qu'augmenter. On doit ranger dans cette catégorie l'arrestation inqualifiable du futur général Etienne Tûrr, l'universellement estimé patriote hongrois, alors agent de l'intendance militaire anglaise; elle eut lieu à Bucarest, à cette