LA HONGRIE MODER?^E
époque territoire turc encore, sm- Tordre du commandant en chef des troupes d'occupation autrichiennes. On ramena le prisonnier en Transylvanie, à Nagy-Szeben, et comme on fut obligé de le relâcher sur les réclamations de l'ambassadeur anglais de Vienne, on se paya au moins la petite satisfaction de ne lui rendre la liberté qu'après lui avoir communiqué solennellement sa condamnation à mort. A Smyrne, ce fut le capitaine Ingraham, commandant d'un vaisseau de guerre des États-Unis de l'Amérique du Nord, qui empêcha l'arrestation illégale par le consulat autrichien du réfugié hongrois Kosta, devenu sujet américain.
Pendant l'année 1853, on introduisit en Hongrie et en Transylvanie le Code civil autrichien, abrogeant ainsi toutes les dispositions spéciales du droit hongrois consignées dans le « Triparti tum '» de Verboeczy, et on fit paraître des rescrits transformant en définitif le caractère provisoire de l'absolutisme.
Deux événements considérables marquèrent en outre le cours de cette année : l'attentat dirigé contre la vie de François-Joseph par le tailleur hongrois Libényi (le 18 février) et la découverte de l'endroit où le ministre président hongrois Bartholomé de Szemere avait caché la couronne de saint Etienne avec ses accessoires en 18 49. Heureusement le premier n'eut aucune suite, une boucle de cravate ayant empêché la pénétration du couteau régicide. L'auteur de ce forfait odieux fut arrêté sur le lieu du crime par le comte O'Donnel, aide de camp de l'empereur, mais l'instruction ne j)ut constater que la démence de Libényi, qui agit tout h fait individuellement, bien entendu sous le coup d'une exaltation j>atriotique maladive. Son acte fut généralement réprouvé en Hongrie, où l'on explique facilement les emportements de la passion, mais où l'on a en horreur le guet-apens, l'assassinat prémédité. Ce fut en souvenir de la guérison d'ailleurs assez prompte de l'empereur que l'on fit construire à Vienne 1' « Église du Vœu >» , pour les frais de laquelle les souscriptions affluèrent de tous les pays de la Monarchie, la Hongrie y comprise.
Ouant à la découverte de la cachette de la couronne de
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saint Etienne, elle eut lieu le 8 septembre à Orsova, tluus la proximité de la frontière roumaine, à un kilomètre du Danube, par le commandant Tite Karger. La rentrée de ce symbole de la rovauté constitutionnelle dans le pouvoir des Habsbourg provoqua une commotion considérable aussi bien à la cour qu'en Hongrie. Sur l'ordre de François-Joseph, on la porta à Vienne et on déploya pour sa réception une pompe inusitée. Ensuite elle lut transportée à Bude. C'était incontestablement un égard pour les Hongrois, qui les toucha beaucoup et leur donna une lueur d'espoir.
Au point de vue hongrois, l'année 1854 eut une importance capitale. On peut même affirmer a posteriori que le mariage de l'empereur avec la princesse Elisabeth de Bavière a le caractère providentiel aussi, puisqu'il a eu lieu en quelque sorte contre la volonté des parents, d'après laquelle il aurait fallu que ce fut la sœur ainée de cette idéale beauté qui devînt impératrice. Or François-Joseph lui préféra spontanément celle à qui revient incontestablement une part immense dans l'œuvre de réconciliation grâce à laquelle on voit cesser aujourd hui des malentendus séculaires entre les Habsbourg et la Hongrie. Le mariage produisit d'ailleurs des effets immédiats très heureux également, ainsi que plus tard les naissances des archiduduchesses Sophie, Giselle et de l'archiduc Rodolphe, puisque l'empereur donna libre cours à sa clémence en ces occasions en graciant successivement presque tous les condamnés politiques hongrois, ou en faisant restituer les biens confisqués à leurs propriétaires.
Après avoir érigé la langue allemande en langue d'Etat, le gouvernement absolutiste lui ouvrit aussi les portes des écoles de tout ordre et de toute espèce afin qu'elle y devienne graduellement la langue exclusive de l'enseignement. Les ordonnances préparées par le comte de Thun et parues au mois de janvier 1855, livrèrent par ce moyen la science pieds et poings liés au pangermanisme, rendant ainsi toutes les études odieuses pour la jeunesse hongroise. C'était attaquer le génie de la nation lui-même et fermer les portes des carrières libérales à la classe moyenne du pays, la petite noblesse, dont la situation
matérielle était déjà si gravement compromise par l'abolition du servage et l'introduction des impôts, au payement desquels elle n'était pas habituée.
Ce fut cependant elle encore qui constitua, à la mort de Michel Voeroesmarty, du plus grand poète de la Hongrie, survenue au mois de novembre de cette même année, un capital pour sa veuve et ses enfants mineurs, pupilles de François Deâk, qui prit naturellement l'initiative de cette souscription nationale. Depuis 1819 elle fournit aux Hongrois la première occasion pour se compter et pour affirmer leur volonté, malgré le mauvais vouloir de la police impériale, qui ne permit en souvenir du grand défunt qu'un service religieux par ville.
Cette manifestation spontanée de la solidarité nationale vint très à propos pour donner du courage aux pusillanimes, qui, fatigués par les difficultés de la lutte pour la vie et ne voyant pas arriver la solution heureuse promise par les partisans de la résistance passive, déployaient de jour en jour moins d'énergie pour repousser les offres d'un gouvernement antinational désireux de les faire entrer dans les fonctions publiques. Aussi faut-il considérer comme un secours inespéré pour le bien de la cause hongroise l'attitude de plus en plus hostile de Napoléon ni à l'égard de l'Autriche. Elle fut constatée d'abord au Congrès de Paris en 1856, où l'envoyé de cette dernière, le comte Buol, ministre des affaires étrangères, se trouva dans Tisolement le plus complet, étant également suspecté et mal vu par la Russie et les puissances alliées. Isolement sans retard signalé à la Hongrie par les réfugiés et dont la nouvelle secrète se propagea avec la rapidité d'un éclair au sein de toutes les couches de la population, en l'excitant à persévérer dans sa ligne de conduite, adoptée par Deâk.
Cependant les conservateurs ne se crurent pas encore battus et saisirent l'occasion du voyage que le couple impérial fit en Hongrie en 1857, pour tenter un dernier effort en vue du rétablissement de la Constitution nobiliaire de 184.7. On rédigea une pétition dans ce sens et on la fit signer par le haut clergé et l'aristocratie, ainsi que par quelques notables.