‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 22 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce fut ainsi que pensa aussi l'émigration hongroise dès le commencement des complications. Pour diriger son action, Kossuth forma une " Direction nationale » dans laquelle il fit entrer le comte Ladislas Teieki et le général Klapka. Comme président de cette " Direction » , il eut une entrevue avec Napoléon III, et le comte Cavour, le fondateur de l'unité italienne, lui fit préparer une réception splendide en Italie. Espérer plus des chefs de deux gouvernements monarchiques était impossible. S'ils ont admis l'organisation d'un mouvement insurrectionnel dans les pays de la couronne de saint Etienne, ils ne l'ont fait que sous la condition qu'en cas de réussite, la Hongrie n'adopterait pas la forme républicaine. Kossuth comprit cette stipulation, dictée par la prudence la plus élémentaire, comme un avertissement indirect; il offrit donc la couronne de la Hongrie au prince Napoléon de son propre mouvement, sans avoir le mandat pour le faire, sans avoir consulté la nation. Cette offre, d'une légèreté des plus regrettables, reçut la réponse méritée : le prince la déclina avec beaucoup de tact, en faisant clairement ressortir que dans sou refus le dédain n'entrait pour rien. D'autre part, si l'organisation d une " Légion hongroise » réussit pleinement en Italie, sa raison d'être devint complètement problématique par suite de l'interruption subite des opérations militaires et de la conclusion du traité de paix de Villafranca.

Quoique en lui-même aussi décevant pour les Italiens obligés de s'arrêter sur le seuil de Venise, que pour les Hongrois inutilement excités, ce traité exerça une telle impression sur François-Joseph, en lui démontrant l'inanité du sysième gouvernemental appliqué par ses ministres, qu'il peut être considéré comme l'événement ayant clos l'époque de l'absolutisme. Si celui-ci se prolonge encore quelques mois, ce n'est que l'épuisement de son mouvement acquis, ce n'est que l'effet des derniers efforts de ses créateurs et créatures pour le maintenir envers et contre tous, malgré la volonté du souverain, malgré les aspirations libérales des populations de la Monarchie.

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