CHAPITRE II
coup d'effet en temps ordinaire, elles en firent encore moins Tannée de Texpédition de Garibaldi, de la conquête fantastique du royaume de Naples par les « Mille " . On savait tellement en Hongrie les desseins de la « Direction nationale » , les subsides que lui avait promis le comte de Gavour, que le peuple leur donna une tournure poétique et les mit en vers et en musique. (Naturelletnent en omettant Taccueil plus que froid que le prince Couza fit aux émissaires de Kossuth, désireux de faire des Principautés danubiennes une place d'armes et la base de leurs opérations contre la Transylvanie. On doit atti'ibuer cette attitude hostile du protégé de Napoléon III à l'influence du daco-roumanisme, dont il était un des plus fervents apôtres. En cette qualité, il considérait la Transylvanie comme le centre du territoire que devait occuper la future Daco-Roumanie, et qu'il n'avait conséquemment nulle envie de voir tomber dans le pouvoir des Hongrois.)
Il est donc très facile de comprendre que l'on ait porté en Hongrie très peu d'attention à l'évolution qui se fit, vers le constitutionnalisme, dans les sphères gouvernementales de Vienne. Cependant elle était assez significative, car dans les lettres patentes datées du 5 mars 18G0, on pouvait découvrir les germes du système représentatif. L'empereur y renforça le •' Reichsratlî » , qui n'avait jusque-là que les attributions d'un Conseil d Etat, en ajoutant à ses membres ordinaires des membres à vie nommés par la couronne et des délégués nommés pour six ans par les représentations provinciales. En attendant l'organisation régulière de ce Corps législatif embryonnaire, l'empereur nommerait trente membres. D'après les dispositions de ces lettres patentes, on aurait confié à ce " Reichsrath renforcé >) la confection du budget de l'Empire, les projets de loi concernant toute la Monarchie, ainsi que la revision des motions présentées par les Diètes provinciales, sans lui accorder un atome d'initiative (1).
Dans l'esprit de l'empereur, au sein d'une Assemblée semblable, la place des conservateurs hongrois était tout indiquée.
(1} Beksics, g., IFerencz-JâzscfésKora. Cf. p. 549 et paxsim.
Il en nomma donc une dizaine membres du « Reichsrath renforcé », mais il y en eut plusieurs qui n'acceptèrent pas la nomination, et ceux qui n'avaient pas osé la refuser se crurent obligés de déclarer, dès la première séance, qu'ils ne parlaient qu'en leur propre nom et nullement au nom de la nation hongroise. Des énonciations pareilles ne pouvaient pas plaire à la cour, ni les sorties hautaines et violentes du comte Jean Barkoczy, mais elles assurèrent dans l'Assemblée elle-même à « Messeigneurs les Hongrois » une telle prépondérance, vu la timidité et l'inexpérience parlementaire des membres autrichiens, que les discussions finirent presque toujours selon leurs vœux.
Et, ce qui fut plus important encore, l'empereur lut attentivement leurs discours , et l'accent relativement mâle de leur langage le disposa derechef en faveur de la cause hongroise. Aussi s'adressa-t-il, dès le mois de septembre 1860, après la clôture des séances du « Reichsrath renforcé » , aux Apponyi, Széchen, Sennyey, Majlâth, etc., pour les consulter au sujet des moyens à employer en vue de la pacification de la Hongrie. Malheureusement leurs opinions ne représentaient pas plus celle de la Hongrie qu'ils n'avaient représenté celle-ci tout à l'heure, selon leurs propres aveux. Leur séjour prolongé à Vienne ne leur permit pas de s'apercevoir de l'évolution accomplie par les Hongrois depuis 1848 et -i9, et ils crurent que les partis d'alors subsistaient encore, divisant le pays en « Schwarzgelb » (en jaunes et noirs, couleurs habsbourgeoises) et en « Kossuthiens » . Or, pour satisfaire les aspirations égoïstes et mesquines de ceux-là, l'autonomie provinciale, leur abandonnant l'hégémonie dans l'administration, pouvait suffire. C'est pourquoi on conseilla à François-Joseph de faire ses concessions à ce point de vue, tout en réservant pour une institution parlementaire centrale le droit de discuter les affaires concernant la Monarchie tout entière. C'était, aux yeux des conservateurs hongrois, non seulement la mise en pratique des dispositions de la Pragmatique sanction, telle qu'ils la comprenaient, mais aussi une mesure protégeant la race magyare, qu'ils jugeaient insuffisante pour pouvoir lutter contre les nationalités qui