‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 29 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

En attendant, on profita des mesures libérales, empruntées par le diplôme d'octobre à la Constitution hongroise, pour reprendre haleine après onze années d'absolutisme. On ressuscita l'organisation départementale traditionnelle, exclusivement basée sur l'électivité des fonctionnaires, organisation incompatible avec le système parlementaire, mais très précieuse pour la noblesse terrienne, qui y peut le plus avantageusement dépenser son activité politique, tout en s'occupant de l'exploitation de ses propriétés (I). C'était, d'ailleurs, une occasion unique toute trouvée pour flétrir ceux, parmi les Hongrois, (|ui n avaient pas craint de servir l'Etat du temps de Bach : on les élimina impitoyablement de toute liste de candidats, en les considérant comme « décédés » , tandis que l'on y fit figurer, à titre de conseillers départementaux honoraires, tantôt Napoléon III, Victor-Emmanuel, le prince Napoléon, tantôt Cavour, Garibaldi et même aussi les noms des émigrés hongrois. C'était donner libre cours aux récriminations au sein des Conseils départementaux au sujet des illégalités commises; c'était permettre de demander publiquement la restitution intégrale de la Constitution. On profita de la cessation des rigueurs de la police pour ouvrir des souscriptions en vue de la construction d'un palais de l'Académie hongroise des sciences, ou de l'érection d'une statue de Széchenyi. Après avoir été longtemps contenu, le génie hongrois se manifesta vigoureusement dans toutes les branches de l'art et grand fut le nombre des journaux politiques et littéraires, des ouvrages scientifiques ou d'imagination parus alors. Et de quelque ordre qu'elles fussent, ces productions affirmaient hautement la noble et mâle résolution de l'élément magyar de se maintenir àla tête des nationalités du royaume, comme c'était son droit et son devoir.

A peine éclose, cette floraison inattendue excita violemment

(1) Le comitat (département) hongrois est constitué d'après les principes du self goventemenl. Les fonctionnaires y sont élus par une sorte de Conseil général, composé des notabilités du département. Ils sont indépendants du pouvoir central, et autrefois ils avaient le droit de ne pas obéir aux ordres du gouvernement, s'ils les jugeaient illé-jaux.

la jalousie des ennemis de la cause hongroise. Ils recoururent encore une fois à l'agitation des nationalités, dont l'hostilité à l'égard des Hongrois ne pouvait profiter qu'au centralisme. On vit donc se renouveler les protestations de dévouement des Roumains et des Saxons de la Transylvanie pour « l'Empire d'Autriche " et la Constitution autrichienne fraîchement octroyée, dont ils réclamèrent la prompte introduction dans leur « grand-duché » par l'aversion déjà expliquée contre son union avec la Hongrie, légalement proclamée en 1848.

D'autre part, la police impériale fit à l'étranger tous ses efforts pour contre-balancer la propagande de plus en plus active des exilés hongrois. Ce fut ainsi qu'elle put s'assurer de la présence à Dresde du comte Ladislas Teleki, membre de la « Direction nationale " . En vertu des conventions existantes entre les pays faisant partie de la Confédération germanique, l'extradition à l'Autriche du voyageur imprudent s'imposa au gouvernement saxon, malgré les répugnances du baron Beust, qui, désireux de jouer un jour ou l'autre un rôle éclatant dans une Allemagne unifiée et libérale, n'avait nulle envie de se mêler à une affaire aussi compromettante. Mais, devant l'insistance du cabinet de Vienne, il fallut céder et on livra Teleki aux autorités autrichiennes. A vrai dire, ce ne fut pas à elles que le prisonnier eut à rendre compte de ses faits et gestes. A peine arrivé à Vienne, on le mit inopinément en présence de François-Joseph lui-même. Ayant foi dans la noblesse du caractère hongrois, le souverain voulut se montrer généreux envers cet ennemi acharné de sa personne et de sa maison. Il lui déclara donc qu'il lui ferait rendre la liberté, s'il consentait à s'abstenir de toute activité politique, n Même sur le terrain légal? 1) fit le comte. « Pour le moment, même sur celui-là aussi, 1» répondit l'empereur. Ayant scellé de sa parole d'honneur sa promesse de se conformer au désir du souverain, Teleki recouvra immédiatement la liberté.

Cet événement, que plusieurs membres de l'émigration hongroise taxèrent de comédie préparée d'avance, embrouilla singuhèrement la situation. Il fournit au parti intransigeant un chef précieux — le comte Telel<i fut élu député par accla-

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