‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 31 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du patriotisme. En tout cas, sa mort simplifia considérablement les difficultés en calmant les ardeurs des plus exaltés.

Mais quelle que fût la douleur qui étreignit le cœur de la Hongrie devant la tombe d'un de ses fils les plus dévoués, il fallait que Ton pensât avant tout à la défense de sa Constitution, <jue Schmerling avait traitée quelques jours auparavant au " Reichsrath > de quantité négligeable encore. A la séance du 13 mai 1861 de la Chambre hongroise, François Deâk se leva donc pour soumettre publiquement à ses collègues son opinion au sujet du diplôme d'octobre et des lettres patentes de février.

« Ce sont de tristes temps, des années malheureuses que nous venons de traverser. Notre nation s est trouvée tout à fait au bord du gouffre de la disparition définitive. Mais la divine Providence, en nous frappant d'une part de cruelles souffrances, de l'autre nous gratifia aussi de forces suffisantes pour ne pas nous décourager et pour nous faire aimer plus chaleureusement la patrie en danger. Dieu veuille que les jours terribles des épreuves nous aient été profitables, et qu'après avoir été unis dans la peine, nous le soyons également dans la réalisation de nos vœux!

«» Etant ses représentants, c'est dans nos mains que la nation a déposé son sort; c'est à notre honneur, à notre bon sens qu'elle a confié la préparation de son avenir. Notre tâche est immense, notre position des plus difficiles, car la situation, où nous nous trouvons, est tout à fait exceptionnelle. Il v eut, dans notre existence constitutionnelle, d'autres époques aussi, pendant lesquelles le souverain et la nation ne furent pas du même avis au sujet de plus d'une question constitutionnelle importante; il y eut des moments où 1 on vit ces dissentiments se transformer en collisions déplorables. Cependant, le souverain et la nation se retrouvèrent toujours sur le même terrain, celui de la Constitution hongroise, reconnue légale par tous les deux; ce fut aux mêmes lois que les deux parties en présence en appelèrent, et ce n'était pas la validité des lois, mais leur interprétation, qui fournissait le sujet des discussions. Or, actuellement, c'est au contraire ce terrain réciproquement reconnu qui nous manque; ce n'est plus le sens de certaines

questions constitutionnelles, de certaines lois, qui soulève des controverses, mais l'essence même de notre Constitution, la validité de nos lois fondamentales. On veutaccorder une Constitution à nous autres aussi, non pas celle que l'on nous a ravie avec violence, mais une toute différente, nouvelle, qui nous est étrangère, un fragment de cette Constitution générale que Ton a préparée pour toute la Monarchie. Or, nous ne tenons qu'à une Constitution venant de nos ancêtres, qui n'a jamais été un don, mais à laquelle des conventions ont servi de base et dont le développement se lie intimement à l'existence de la nation; — la Constitution que, dans son temps, nous avons adaptée nous-mêmes aux exigences de chaque époque comme nous la comptons y adapter nous-mêmes aussi dans l'avenir; — la Constitution aux principes fondamentaux de laquelle de longs siècles ont donné leur consécration. Nous avons de notre côté le droit et les lois ainsi que l'inviolabilité des traités, et en face de nous la force matérielle.

Il Au milieu de toutes ces difficultés et de ces périls, ce sont deux choses dont nous avons avant tout besoin : la fermeté et la circonspection. Céder là où l'acquiescement est un suicide, hasarder là où courir le risque n'est pas indispensable, seraient autant de crimes de lèse-nation.

« La Chambre étant constituée, il faut maintenant que nous nous occupions de la première manifestation solennelle de nos sentiments, et que nous en décidions le contenu et la forme. Trois questions se posent ici devant nous : que devonsnous dire, comment devons-nous exposer ce que nous avons à dire et quelle forme devons-nous donner au résultat de nos délibérations? Ces trois questions étant intimement liées, je veux vous exposer mon humble avis sur toutes les trois. »

Après cet exorde, Deàk lut son projet pour la réponse au discours du trône : travail d'une sobriété et d'une logique saisissante, dont la sévérité est à tout instant interrompue par l'explosion de ses émotions patriotiques; plaidoirie d'une argumentation géniale et irréfutable en faveur de la plus sainte des causes : les droits de la patrie. Les citations historiques s'y mêlent aux déductions du juriste, démontrant à l'envi

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