CHAPITRE II
que la Pragmatique sanction n'a nullement porté atteinte à l'indépendance politique absolue de la Hongrie, recoonue tour à tour par Marie-Thérèse, Léopold II, François 1" et Ferdinand V. Elle est une convention bilatérale dont la Hongrie a librement accepté les stipulations, en échange de la promesse qu'elle sera toujours gouvernée d'après ses propres lois. Vouloir retirer à sa Diète le droit de voter les im[)ôts et le contingent militaire est donc une illégalité. Il ne convient pas non plus aux Hongrois de s'immiscer dans les affaires des pays héréditaires, de même qu'ils ne reconnaissent pas le droit à ceux-ci d'exercer la moindre influence sur les leurs. C'est en qualité de nation indépendante, ayant affaire à une autre nation indépendante, qu'ils veulent se mettre en contact avec les populations des pays héréditaires, pourvues également de Constitution.
C'est ensuite de la restitution indispensable de la Transylvanie, de la Croatie, des Confins militaires et de Fiume à la mère-patrie dont le projet parle. L'auteur y trouve une occasion propice pour rassurer les nationalités sur les intentions des Hongrois et déclare hautement que, sans la convocation des représentants des pays mentionnés à la Diète hongroise, il ne peut pas y être question de couronnement.
Pour énumérer les griefs de la nation au sujet des mesures fiscales employées par le gouvernement, il y a un long alinéa dans le projet; trois autres se rapportent à l'abrogation illégale des lois constitutionnellement prorogées. Au suivant, Deâk indique les modifications que les Hongrois voudraient apporter à certaines dispositions de leurs lois dans le sens libéral et dont la réalisation leur est interdite par suite de l'impossibilité où ils se trouvent de les réaliser constitutionnellement.
L'acte d'abdication de Ferdinand V, communiqué à la Diète, constitue une nouvelle illégalité, car le souverain n'y figure que comme empereur d'Autriche (dans cette qualité il est Ferdinand 1"). Deâk déclare donc qu'il est indispensable d'en obtenir un document spécial pour la Diète hongroise, ainsi qu'un acte de renonciation au trône de larchiduc François- Charles, frère de Ferdinand et père de François-Joseph. Il
serait indispensable de proclamer une amnistie générale pour tous les condamnés et exilés hongrois et de leur restituer leur fortune confisquée.
(i Le but final d'un règne ne peut pas être l'accroissement du pouvoir. On ne doit considérer celui-ci que comme un moyen, tandis que le bonheur des populations est le point à viser. Si, convaincu jadis de l'efficacité du pouvoir personnel pour rendre ses peuples heureux, le souverain est d'avis aujourd'hui, après douze ans d'expérience, qu'obtenir par ce moyen le résultat désiré est impossible et que, partant de là, il lui faut suivre dorénavant le chemin du constitutionnalisme ; s'il est maintenant fermement résolu d'y persévérer avec obstination; s'il souhaite que les racines à moitié arrachées de la foi et de la confiance puissent faire pousser des branches nouvelles, il ne pourra que prendre en considération tout ceci. Le roi de Hongrie ne devient roi de Hongrie légitime qu'après son couronnement; or ce couronnement doit avoir lieu dans des conditions arrêtées par la loi, auxquelles, préalablement, il est indispensable de se conformer. Tels sont le maintien de notre indépendance constitutionnelle, l'intégrité territoriale et politique du pays, le complément de la représentation nationale, le rétablissement complet de nos lois fondamentales, la réinstallation de notre gouvernement parlementaire et de notre ministère responsable et la suppression de tous les effets encore existants produits par le système absolutiste, — conditions préalables qu'il faudrait remplir d'abord, avant de pouvoir entamer les pourparlers et conclure un accord. »
Ayant soumis ainsi son projet à la Chambre, Deâk déclara que la Diète ne pouvait s'adresser qu'à celui qui l'avait convoquée, c'est-à-dire à François-Joseph, qui est seul dans les conditions voulues pour remettre les affaires dans l'ordre constitutionnel. Or, en s'adressant à lui, il est impossible de ne pas employer la forme d'une « adresse » , car il est de la plus haute importance que le souverain soit informé des vœux de la nation. Donc, il écarta l'idée même d'une « résolution » ou d'un « manifeste » .
« C'est mon humble avis, ajouta-t-il en terminant; ce sont