‹ La Hongrie moderne de 1849 à 1901; étude historiqueChapitre 34 sur 168 · CHAPITRE II 5T · texte numérisé non relu

CHAPITRE II 5T

Deâk lui-même, au point de vue de quelques déductions historiques. On le discuta ensuite à la Chambre des magnats, qui l'accepta également. Quand il s'agit de l'expédition elle-même, les « résolutionnistes » soulevèrent une difficulté : ils exigèrent que, dans le titre, on n'employât pas le mot « roi » , puisque le souverain n'était pas couronné. Deâk y consentit pour éviter de nouveaux retards, et l'adresse porta en tête une simple inscription de " Sire » (Felsèges Ur). A Vienne, où le contenu du document n'était un mystère pour personne, on saisit ce prétexte aussi bien à la cour qu'au Reichsrath pour accuser les Hongrois de manque de respect. Sur le conseil de Schmerling, l'empereur n'accorda pas d'audience aux présidents des deux Chambres hongroises; cependant le rescrit par lequel on expliqua ce refus fut assez modéré (sur la proposition du chancelier de Transylvanie, le baron François Kemény) (I), — pour ne pas envenimer la question. Ne voulant pas paraître moins conciliante, la Diète se conforma sans difficulté et immédiatement au désir de François-Joseph.

A cette occasion, il y eut, de la part de Kossuth, une tentative pour peser sur les déterminations du parti résolutionniste. Il aurait voulu que l'on ne cédât pas et que l'on précipitât la rupture entre le souverain et la Diète, car il sentait grandir l'influence de Deâk et augmenter les chances d'une solution pacifique effectuée sans son concours. Néanmoins ses efforts restèrent infructueux, non seulement parce que, selon le proverbe, les absents ont tort, mais aussi parce que l'on commençait à s'apercevoir que si les gouvernements étrangers ne se servaient de lui que comme d'un auxiliaire d'occasion, il n'avait pas non plus une idée bien arrêtée au sujet de l'avenir d'une Hongrie même victorieuse, devenue indépendante. Son échec l'irrita beaucoup et il est très probable que ses entreprises ultérieures, plus ou moins correctes, eurent surtout pour mobile inconscient le désir de le réparerpromptement et ostensiblement.

D'autre part, Schmerling se trouva très embarrassé aussi.

(1) Urmossy Lajos, Tizenhét év Erdély turténeiébol. Vol. I, pa{>e 303.

Gonstitutionnellement, il était impossible de faire une objection à un document qui est la quintessence même du constitutionnalisme. Il ne voulut pas accepter les projets de réponse des conservateurs hongrois, formulés d'abord par le comte Dessewffy, ensuite par le comte Széchen. Le sien, qu'il rédigea lui-même, évolua sur le terrain de l'opportunité, en se basant sur les conflits survenus en 1848, et en prétendant qu'ils surgiraient de nouveau, si on voulait rétablir la dernière transformation de la Constitution hongroise. Pour terminer son factum, il mit dans la bouche de l'empereur la phrase suivante : « Nous daignons donc faire savoir aux magnats et aux représentants de la Diète que Nous ne reconnaissons, comme Nous ne reconnaîtrons non plus dans l'avenir, aucune disposition des lois de 1848 qui seront en désaccord avec les garanties indispensables auxintérêts de Notre Empire et notamment avec Notre diplôme du 20 octobre 1860 et avec Nos lettres patentes du 26 février dernier. « En même temps, le baron Vay et le comte Széchen furent relevés de leurs fonctions et on les remplaça par les comtes Antoine Forgâch et Maurice Esterhâzy. Et pour se donner bonne contenance, on fit faire des interpellations au «Reichsrath » , au cours desquelles le docteur Miihlfeld ne craignit pas d'émettre une théorie sur la caducité de la Constitution hongroise, à la suite de la proclamation de la déchéance des Habsbourg. Car les Hongrois n'avaient plus aucun autre droit, en dehors de celui que la grâce du souverain leur avait accordé, — affirma-t-il au milieu des applaudissement frénétiques des caudataires de Schmerling.

Ce fut une longue clameur de douloureux dépit que provoqua en Hongrie la lecture de la réponse impériale, à laquelle les événements cités ajoutèrent un commentaire plus désolant encore. Les « résolutionnistes » considérèrent l'échec de l'adresse comme une victoire de leur politique et ils y puisèrent des forces nouvelles pour tenter un dernier et décisif effort • contre le prétendu modérantisme de Deâk. Mais c'était enfoncer des portes ouvertes, car cette fois l'indignation semblait lui avoir donné une commotion électrique qui le transforma d'apathique en enfiévré, de contemplateur en homme d'action.

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